L’inflation poursuit son ralentissement en Tunisie. Selon les dernières données de l’Institut national de la statistique (INS), elle s’est établie à 5,1% en juillet 2026, contre 5,3% en juin et 5,5% en mai. Une évolution qui pourrait, à première vue, être perçue comme une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat. Pourtant, dans le quotidien des ménages, le sentiment d’une vie toujours plus chère reste bien présent. Courses alimentaires, viande, fruits, poisson, sorties ou hébergement : plusieurs dépenses continuent de peser lourdement sur les budgets. Ce décalage apparent entre les statistiques et le ressenti des consommateurs s’explique en réalité assez simplement : lorsque l’inflation ralentit, cela ne signifie pas que les prix baissent, mais qu’ils augmentent moins rapidement.
En juillet, les prix à la consommation ont d’ailleurs encore progressé de 0,2% par rapport au mois précédent. Sur un an, l’augmentation reste particulièrement sensible pour certains produits de consommation courante. Le ralentissement de l’inflation constitue donc un signal économique encourageant, mais il ne suffit pas encore à effacer plusieurs années de hausse des prix ni à redonner immédiatement aux ménages le pouvoir d’achat perdu.
Une inflation qui ralentit ne signifie pas que les prix baissent
C’est probablement l’une des principales sources de confusion lorsqu’un nouveau chiffre de l’inflation est annoncé. Une inflation à 5,1% ne signifie pas que les prix ont diminué de 5,1%, pas plus que le passage de 5,5% en mai à 5,1% en juillet ne traduit un retour aux niveaux de prix observés auparavant. Cela signifie simplement que le rythme général de progression des prix ralentit. Prenons un exemple simple. Lorsqu’un produit passe de 10 à 12 dinars après plusieurs hausses successives, le ralentissement de l’inflation ne le fait pas automatiquement revenir à 10 dinars. Son prix peut continuer à augmenter, mais plus lentement. Pour le consommateur, la différence est fondamentale : le niveau atteint reste élevé et le budget nécessaire pour acheter le même panier qu’il y a quelques années demeure supérieur.
Les chiffres de juillet illustrent parfaitement ce phénomène. L’indice général des prix a progressé de 0,2% en un mois. Dans le même temps, certaines catégories ont enregistré des mouvements plus marqués. Les prix des restaurants et hôtels ont ainsi augmenté de 1,4% en juillet, notamment sous l’effet d’une progression de 7,2% des services d’hébergement. Les groupes santé ainsi que loisirs et culture ont chacun enregistré une hausse mensuelle de 0,7%. À l’inverse, les prix du groupe alimentation et boissons ont diminué de 0,6% par rapport à juin, notamment grâce au recul des légumes, de la viande ovine, de la volaille et des œufs. Ce mouvement mensuel reste toutefois insuffisant pour effacer les augmentations accumulées sur une période plus longue.
L’alimentation continue de peser lourd
C’est sans doute dans le panier alimentaire que le décalage entre le taux général d’inflation et le ressenti des ménages apparaît le plus clairement. Sur un an, les prix du groupe «Alimentation et boissons» ont augmenté de 6,6% en juillet, soit davantage que l’inflation générale. Certes, cette progression ralentit puisqu’elle atteignait encore 7,1% en juin, mais certaines hausses restent particulièrement importantes. La viande ovine affiche ainsi une augmentation de 16,7% sur un an, les fruits frais de 13,8%, la viande bovine de 13,7%, la volaille de 12,5% et les poissons frais de 11,6%. Quelques produits évoluent dans le sens inverse : les huiles alimentaires enregistrent une baisse de 4,9% et les œufs de 3,8%. Mais dans la perception du coût de la vie, tous les produits n’ont pas le même poids. Une augmentation importante de produits achetés régulièrement est immédiatement visible. Le consommateur ne raisonne pas en moyenne statistique lorsqu’il remplit son panier : il constate ce qu’il doit débourser à la caisse. Une famille qui achète régulièrement viande, volaille, poisson et fruits peut donc ressentir une hausse du coût de son alimentation nettement supérieure au chiffre général de 5,1%. La distinction entre produits libres et produits encadrés renforce également ce contraste. En juillet, les prix des produits libres ont progressé de 6,2% sur un an, contre seulement 1,1% pour les produits encadrés. Pour les seuls produits alimentaires, l’écart est encore plus spectaculaire : les produits alimentaires libres ont augmenté de 7,4%, contre 0,2% pour ceux dont les prix sont encadrés.
Quand le ralentissement se fera-t-il sentir dans les portefeuilles ?
La question centrale n’est donc plus seulement de savoir si l’inflation baisse, mais à quel moment cette amélioration statistique pourra être réellement ressentie par les ménages. Le ralentissement observé depuis mai est positif : l’inflation est passée de 5,5% en mai à 5,3% en juin puis à 5,1% en juillet. L’inflation sous-jacente, calculée hors alimentation et énergie, s’est également légèrement repliée, passant de 4,9% en juin à 4,8% en juillet. Mais le pouvoir d’achat dépend d’une équation plus complexe. Il ne suffit pas que les prix progressent moins vite, encore faut-il que les revenus puissent suivre leur évolution. Après plusieurs années de renchérissement, les ménages ont déjà adapté leurs habitudes, réduit certaines dépenses, modifié leurs achats ou renoncé à certains produits devenus trop chers. Même lorsque l’inflation ralentit, ces arbitrages ne disparaissent pas du jour au lendemain.
La baisse du rythme de l’inflation constitue donc une évolution favorable pour l’économie tunisienne, mais elle ne doit pas être confondue avec une baisse généralisée des prix. Pour que l’amélioration soit véritablement perceptible dans le quotidien, il faudra que la modération des prix s’inscrive dans la durée et que l’évolution des revenus permette progressivement aux ménages de retrouver des marges de manœuvre. Le chiffre de 5,1% raconte ainsi une partie de la réalité économique tunisienne. Le panier du consommateur en raconte une autre. Les deux ne sont pas contradictoires : l’inflation ralentit bel et bien, mais les prix restent à des niveaux élevés. Et pour les ménages, c’est encore le montant payé à la caisse, bien davantage que le taux d’inflation annoncé, qui mesure chaque jour la réalité du pouvoir d’achat.
Leila SELMI
