Le tourisme parallèle ne cesse de s’amplifier en Tunisie et touche l’ensemble des activités et des flux touristiques qui s’exercent en marge des circuits officiels, régulés ou déclarés. Il s’agit souvent de prestations d’hébergement, de transport, de guidage ou de restauration non déclarées, échappant à la fiscalité et aux contrôles administratifs. Les intrus de la profession touristique s’adonnent souvent à des activités légalement du ressort des agences de voyages, sans avoir à supporter les frais, les obligations et les charges auxquelles elles sont soumises. Ils proposent de fausses offres ou voyages à des prix très attractifs, collectant des paiements auprès des victimes sans fournir aucun service réel, défiant toute concurrence.
Arnaque, escroquerie et marché parallèle. Tout est bon pour réaliser des profits. Le secteur est particulièrement menacé par la prolifération de certains «baznessa» improvisés qui offrent leurs services et se font payer par commissions ou simples pourboires. Ce sont des adultes âgés entre 35 et 55 ans, qui parlent difficilement certaines langues étrangères (parfois avec des phrases moitié arabe, moitié français ou anglais) et qui touchent des pourboires parfois exorbitants. Ces «clandestins» ne disposant d’aucune autorisation côtoient des touristes et leur proposent de faire un tour dans l’ancienne Médina ou autres lieux. Parfois, ces faux «guides» proposent même de faire des randonnées. Ainsi, ces «clandestins» font plonger le secteur dans une certaine anarchie relative à l’exercice de cette profession par certains intrus et sans le moindre contrôle. Leurs mauvaises pratiques nuisent non seulement à la profession de guide touristique mais aussi à l’image de marque de la destination. Ce fléau qui semble s’accroître au fil des années risque de nuire à l’image de notre tourisme malgré les contrôles d’inspection effectués par le ministère du Tourisme, notamment dans les boutiques de l’artisanat. Autre menace : les grands taxis touristiques qui opèrent en dehors des conventions conclues avec les agences de voyages ainsi que certaines sociétés de services non agréés pour assurer le transport ou encore les excursions pour les touristes locaux et étrangers. De par leur manque de professionnalisme et d’éthique du métier, ces intrus seraient à l’origine du faible taux de retour des touristes en Tunisie.
Remettre de l’ordre dans la maison
Face à la multiplication des cas de dépassements en tous genres, constatés au cours de la dernière période, ainsi que des réclamations de clients, la Fédération tunisienne des agences de voyages a vite réagi en appelant à ne pas avoir recours à des sociétés de services ni à des intermédiaires souvent illégaux n’ayant en aucune manière le droit d’organiser des excursions ni de vendre des séjours en Tunisie ou à l’étranger. Pour faire face à ce fléau, la FTAV a décidé de moraliser la profession et de remettre de l’ordre dans la maison en luttant contre ces intrus qui mettent en péril les intérêts des professionnels. La réunion présidée par Chahnaz Triki, présidente de la commission du tourisme intérieur de la FTAV, et Lotfi Brahmi, vice-président de la Fédération, et réunissant plusieurs représentants d’agences de voyages, a permis de passer en revue les principales préoccupations et difficultés rencontrées par les professionnels du tourisme intérieur. Des propositions et solutions concrètes ont été avancées, axées sur l’amélioration de la qualité des services et la satisfaction des attentes des touristes tunisiens, ainsi que sur la définition de stratégies communes pour le développement futur du tourisme intérieur. Les participants sont convenus de la nécessité de créer un comité mixte pour réorganiser le tourisme intérieur et lutter contre les intrus. Par ailleurs, certains participants ont préconisé la mise en place d’un mécanisme visant à mieux organiser et structurer le secteur, dans un souci de pérennité et de préservation des intérêts des clients.
Kamel BOUAOUINA
