La cuisine, c’est tout un art en Tunisie. L’harmonie des couleurs y rivalise avec celle des parfums. Réputée pour son extrême richesse et son grand raffinement, elle est indéniablement l’une des meilleures cuisines du monde. La cuisine joue un rôle social très important. Les femmes se retrouvent pour préparer les repas de fête du Ras El Am, une occasion de perpétuer des traditions culinaires. Produits, terroir, culture, la Tunisie à travers ses régions propose de nombreuses spécialités culinaires. Chaque localité offre la possibilité de goûter à une importante variété de repas succulents et colorés.
A Nabeul, les préparatifs de cette fête ont débuté hier, avec ces étalages qui exposent une série de sucreries (bonbons en tous genres), variété de fruits secs et surtout poupées et chevaux en sucre aux couleurs vives qui attirent les gourmands qui hésitent entre les différents personnages de sucre moulés et colorés : animaux (coq, gazelle, lion), ou personnages (poupée, cavalier) ! En cette occasion, les familles achètent pour les enfants, et aussi pour les jeunes mariés, un assortiment de bonbons, fruits secs et de poupées. Ils seront mis dans un «methred» (plat creux à pied) avec au centre la statuette de sucre achetée. C›est une tradition purement nabeulienne. L’événement ne laisse personne indifférent.
On essaye d’anticiper les choses en achetant à avance notre poupée pour l›avoir à un prix raisonnable», confie Henda. Une virée du côté de l’avenue Farhat Hached nous dévoile cette ambition particulière. Les parents ne privent pas d’acheter le nécessaire à cette fête. Les prix sont en train d›atteindre des records inégalés, saignant un peu plus le portefeuille des foyers déjà affaibli par l’aïd Al Idha et les dépenses y afférentes. Les vendeurs de poupées, qui ne sont, dans la majorité des cas, que des intermédiaires et non les fabricants eux-mêmes, jouent aux spéculateurs. Là, les bonbons attendent preneurs ! Plus loin C›est la boutique des poupées. Il y a du choix, des couleurs !
L’expert en patrimoine Rached Khayati précise : « on ne peut pas déterminer l’origine exacte de ces figurines. Il y a des hypothèses. L’origine de ce rituel revient à une pratique païenne bien avant l’époque carthaginoise. La même tradition existe aussi chez les Siciliens qui fabriquent ce genre de poupées, le 1er novembre, pour la célébration de la fête des morts. Le jour des Défunts ou Festa dei Morti en Sicile est une journée particulière.
La tradition, unique dans la région de Palerme, veut que les enfants reçoivent des cadeaux des défunts dans la nuit du 1er au 2 novembre. Bien sûr, les garçons recevaient un tambour ou une tenue d’indien, les filles, elles recevaient une poupée en sucre. D’autres historiens attestent que c’est une tradition juive. Pour le moment, les hypothèses se multiplient et on ne dispose pas d’une vraie étude scientifique expliquant l’origine de ces figurines» Ce sucre est devenu un élément crucial de notre alimentation quotidienne. »
Le couscous au quadid, un plat traditionnel prisé
Généreuse et conviviale, la cuisine nabeulienne met un peu de soleil dans les assiettes, mais aussi sur les papilles. Le nouvel an de l’hégire se fête à Nabeul aujourd’hui avec le couscous doré et sucré, symbole de baraka et de bon augure. . Les ménagères en savent quelque chose, elles qui s’affairent devant leurs fourneaux conjuguant toutes les recettes afin de réussir au mieux le rendez-vous annuel devenu depuis fort longtemps le rituel des rencontres familiales.
La veille de Ras El Am, de nombreuses ménagères nabeuliennes qui ont reçu les recettes de ce plat de génération en génération, s’appliquent à préparer ce couscous avec de la viande séchée ou « quadid » de l’aïd et les andouillettes sèches et épicées (ousbène chayeh). Une recette sucré-salée qui mélange fruits secs croquants et viande. C’est un couscous de fête et de célébration. Un vrai délice donnant, pour le plaisir du palais, un goût succulent à ce plat. Pour donner à ce couscous un goût plus authentique, on l’assaisonne de beurre salé fondu aux raisins secs. Une fois préparé, ce met est dégusté dans un grand plat en présence de tous les parents et grands-parents, dans une ambiance conviviale. Ras El Am est un moment propice pour perpétuer les traditions culinaires propres à ce jour et qui sont respectueusement observées. Les recettes se transmettent de génération en génération et sont secrètement bien gardées.
Kamel BOUAOUINA
