Avec le soutien des programmes «Systèmes alimentaires animaux et aquatiques durables» et «Paysages multifonctionnels» du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA) et notre Office de l’élevage et des pâturages (OEP) collaborent pour reconstruire l’un des programmes pionniers de la région en matière d’élevage ovin et caprin.
Le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA) et notre Office de l’élevage et des pâturages (OEP) ont, récemment, élaboré une feuille de route commune visant à réformer notre programme d’élevage ovin et caprin, en place depuis les années 1970.
Selon l’équipe de recherche sur les petits ruminants de l’ICARDA, cette feuille de route met en avant plusieurs actions prioritaires, notamment la mise à jour des objectifs d’élevage afin de les aligner sur les objectifs actuels en matière de production et d’environnement, la simplification et l’externalisation des protocoles d’enregistrement des performances, l’optimisation du flux de données pour des évaluations génétiques plus rapides et plus précises, la réorganisation des voies de diffusion pour une génétique améliorée, l’intégration des considérations économiques, sociales et environnementales dans les stratégies d’élevage, l’élargissement des partenariats avec les organisations professionnelles et les communautés à la recherche de reproducteurs et de reproductrices de qualité, et la mise à l’essai d’approches alternatives en matière d’élevage.
Nécessité de mettre en place des projets
Afin d’accélérer ce changement, un atelier a été organisé. Celui-ci a souligné la nécessité de mettre en place des projets pilotes démontrant le potentiel des programmes d’élevage communautaires en complément des programmes conventionnels gérés par l’État. Les scientifiques de l’ICARDA et le personnel technique de l’OEP ont identifié des projets pilotes dans plusieurs zones géographiques et systèmes de production.
Parmi ces projets, on compte le mouton race noire de Thibar, génétiquement menacé, dans le Nord-Ouest, et les initiatives locales d’amélioration des chèvres le long du transect agrosylvopastoral du sud au nord, avec la production intensive de chèvres à l’Ariana, le pâturage dans les steppes à Kairouan, l’élevage de chèvres intégré dans les oasis à Tozeur et Kébili.
Selon l’équipe de recherche sur les petits ruminants, un programme d’élevage réussi repose sur deux axes interdépendants : faire progresser l’amélioration génétique et la diffuser efficacement.
Chez nous, et selon les spécialistes, si le premier axe rencontre certaines difficultés, le second s’est considérablement affaibli. Le nombre de béliers améliorés mis à la disposition des éleveurs ovins a fortement diminué et l’activité du laboratoire central de reproduction des petits ruminants, qui fournit des services d’insémination artificielle, est limitée.
Parmi les autres défis à relever, se trouvent les obstacles institutionnels, financiers et procéduraux, ainsi que la perte d’expertise technique au cours de la dernière décennie.
La reconstruction des capacités humaines aux niveaux central et régional de l’OEP est une priorité. Pour soutenir cette initiative, des experts en reproduction et physiologie des petits ruminants de l’ICARDA et des universités nationales ont animé le premier module de formation des formateurs, tenu les 5 et 6 novembre 2025, et axé sur la gestion intégrée de la reproduction dans les programmes d’élevage ovin et caprin. Ainsi, 19 techniciens (16 de l’OEP et 3 de la base de sélection des fermes les plus performantes du programme national) – y ont participé et ont bénéficié des conseils des experts de l’ICARDA et des universités nationales.
Programmes pilotes d’accouplement «best-to-best»
La formation a porté sur les liens entre les animaux génétiquement améliorés et les moyens de diffuser les améliorations génétiques dans la population, la physiologie reproductive de nos races, la gestion de la reproduction dans le cadre de l’accouplement naturel, la co-conception de protocoles adaptés à la communauté pour l’insémination artificielle à date fixe, et le diagnostic de gestation par échographie pour une meilleure gestion de la reproduction.
Les discussions plénières ont, également, porté sur la gestion de la santé animale, l’élevage des reproducteurs et des femelles candidates, et les stratégies visant à garantir que seuls les gènes supérieurs soient propagés.
L’équipe de recherche sur les petits ruminants rappelle qu’avant l’atelier, de mai à août 2025, l’ICARDA et l’OEP ont mis en œuvre des programmes pilotes d’accouplement «best-to-best» dans les communautés identifiées.
Ainsi, pour les moutons race Noire de Thibar, les 150 meilleures brebis, sélectionnées en fonction de leur prolificité et des performances de croissance de leur progéniture, ont été accouplées avec les meilleurs béliers à l’aide de sperme frais réfrigéré.
Dans les communautés caprines, 280 chèvres ont été synchronisées et inséminées avec du sperme congelé amélioré de race Boer (pour la production de viande) ou Alpine (double usage, viande et lait).
Ces programmes pilotes se veulent jeter les bases de la sélection de reproducteurs candidats au sein des troupeaux communautaires, permettant ainsi une diffusion plus large des améliorations génétiques à l’avenir.
Grâce à ces initiatives, l’ICARDA et l’OEP préparent le terrain pour la mise en place d’un système d’élevage ovin et caprin modernisé, durable et intégré à la communauté chez nous, afin de préserver la diversité génétique tout en améliorant la productivité et la valeur économique pour les éleveurs ovins et caprins.
Zouhour HARBAOUI
