Des Tunisiens qui fument jusqu’à trois paquets de cigarettes par jour, ça existe bien sûr, sans ignorer pourtant les effets désastreux de cette habitude sur leur santé et leur budget. De même, les mordus de l’alcool qui, quotidiennement, consomment plusieurs litres de vin ou/et de bière au point de devenir alcooliques. Des milliers d’autres sont férus de jeux (Promosport, courses hippiques…). Le plus grave dans tout cela, c’est quand les trois vices sont cumulés par une seule personne, et les exemples ne manquent pas ; ce qui prouve combien ces mauvaises habitudes sont étroitement liées chez ceux qui en font des principes de vie.
Ces trois catégories de Tunisiens ont plusieurs points en commun : ils dépensent plus d’argent que prévu, ils éprouvent de la difficulté à réduire leurs habitudes ou à arrêter leur addiction. Ni les leçons de morale données ici et là, ni les campagnes sanitaires menées par les autorités compétentes, ni même les tragédies vécues au sein des familles à cause de la cigarette, de l’alcool ou de l’amour maladif des paris ne semblent inciter les victimes de ces fléaux à plus de lucidité et de sagesse dans leurs comportements. Notre objectif est loin d’être moral, nous aimerions tout simplement rappeler les conséquences graves sur la santé et sur la vie mentale, familiale et sociale des personnes tentées par cette trilogie fatale (alcool, tabac et jeu de hasard).
Tabagisme : un Tunisien sur 5 fume
La consommation de tabac cause des décès et des maladies précoces, entraîne des coûts élevés pour la santé et des pertes budgétaires. Plus de 13,200 Tunisiens meurent chaque année des suites de maladies liées au tabac, soit 20% de tous les décès du pays, selon des statistiques révélées en 2021 par la Santé publique. Selon des données chiffrées, un Tunisien sur 5 fume encore aujourd’hui… Comme l’alcool, le tabac connaît de temps en temps une hausse des prix, mais il semble que les grands fumeurs continuent à fumer au même rythme, quoique la majorité ait souvent un faible revenu. Imaginez que certains fumeurs peuvent consommer jusqu’à trois paquets par jour. Pour ces gens, une cigarette a peut-être plus de valeur que l’air qu’ils respirent ! Cette addiction coûte cher et ne peut que se faire aux dépens des dépenses des ménages : l’argent dépensé dans l’achat du tabac aurait dû couvrir les besoins essentiels, notamment en matière d’alimentation, d’habillement et d’éducation. Même les avertissements indiqués sur le paquet de cigarettes, comme «Fumer tue» n’ont aucun effet sur le comportement de ces grands fumeurs qui n’y accordent aucune importance. Le malheur est que la plupart des fumeurs ne peuvent pas sortir de cette dépendance, étant devenue une véritable addiction. Ajoutons à cela le fait que les grands fumeurs se trouvent parmi les familles pauvres, comme si la pauvreté incitait au tabagisme, comme si la dépendance à la nicotine était plus importante dans les milieux défavorisés.
Alcoolisme : 12,92 litres par an et par personne
La Tunisie occupe la 1ère place en tant que pays arabe et la 9e mondiale en termes de consommation d’alcool. Et ce, selon une étude publiée en 2020 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ainsi, la consommation d’alcool moyenne par personne en Tunisie est de 12.92 litres par an. La hausse des prix pratiquée de temps en temps sur les différentes boissons alcooliques ne semble pas inciter ces gens à réduire ou à arrêter leur consommation, bien que cela puisse mettre en péril leur porte-monnaie et leur santé. Bien au contraire, on remarque que la ruée vers l’alcool s’intensifie. Elle devient de plus en plus observable chez les adolescents âgés de 15 à 17 ans. Cette consommation juvénile se développera certainement avec l’âge. De même, cette consommation se féminise, formant ainsi un nouveau terreau de consommateurs parmi les femmes et les jeunes filles.
L’impact de la hausse des prix de l’alcool peut donc avoir des conséquences graves, surtout sur les personnes touchées par un alcoolisme chronique. Ces dernières peuvent être amenées à s’endetter pour se procurer leur dose quotidienne. Selon les estimations mondiales, il y a environ 600 mille consommateurs chroniques d’alcool en Tunisie. D’après Nabil Ben Salah de la Société Tunisienne d’Addictologie, «face à la hausse des prix, les consommateurs risquent de se tourner davantage vers des substances alternatives. Des accidents liés à la consommation d’alcool frelaté et d’eau de Cologne font régulièrement la une des médias».
Les jeux de hasard : plus de 500.000 parieurs en Tunisie
Les jeux de hasard ont également leurs amateurs en Tunisie. Paris sportifs en ligne, Promosport, course de chevaux constituent l’autre addiction de bon nombre de Tunisiens. Turfistes et parieurs se donnent rendez-vous dans certains cafés de la capitale, journal à la main, pour savoir s’ils ont gagné au doublé, au tiercé ou au quarté.
Ces jeux qui tentent les Tunisiens prennent la forme d’une addiction, passant des heures entières à suivre les nombreux événements sportifs qui se déroulent tout au long de l’année à travers le monde pour miser sur leurs favoris, dans l’espoir de gagner. Notons que ces jeux de hasard et ces paris sportifs sont autorisés depuis longtemps en Tunisie, comme les courses de chevaux ou encore le jeu dénommé Promosport, puisque les parieurs sont soumis à une retenue à la source de 25%, déduite de leurs gains, sachant que ce marché procure plus de 160 millions de dinars à l’Etat.
Mais aujourd’hui, vous pouvez jouer à plusieurs jeux de hasard en Tunisie grâce aux établissements étrangers proposant des paris en ligne. Le keno, la roulette, les jeux de table, le blackjack et divers autres loisirs sont disponibles sur internet pour le bonheur des Tunisiens, accros de ces jeux. On ne blâme pas les joueurs occasionnels qui le font par plaisir et par amour du défi, mais surtout ceux qui font de ces jeux leur pain quotidien, à telle enseigne qu’ils consacrent la plus grande partie de leur budget à ces jeux de hasard ; ils vivent constamment dans l’angoisse et sont toujours impatients de savoir s’ils seraient parmi les heureux gagnants. En effet, ces parieurs passent leur temps à tabler sur tel ou tel cheval de course et à spéculer sur diverses probabilités en remplissant un formulaire de Promosport ou d’un autre jeu de hasard sur internet. Il arrive que l’un d’eux gagne au jeu mais presque jamais, il ne tire réellement profit de cet argent.
A la longue, des troubles psychologiques et pathologiques se manifestent chez ces accros des jeux de hasard. Il n’est pas rare que des troubles émotionnels se développent (dépression, anxiété), pouvant aller jusqu’à des idées suicidaires. Les personnes férues de ces jeux empruntent fréquemment de l’argent pour jouer ou payer leurs dettes contractées au jeu. Et ce n’est pas un hasard si l’on entend parfois qu’un tel joueur a vendu sa voiture ou sa maison, suite à des pertes successives aux jeux.
Hechmi KHALLADI
