L’année 2025 marque un tournant majeur dans l’action de l’Organisation internationale pour les migrations en Tunisie. Jamais auparavant le programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration n’avait atteint un tel niveau d’activité dans le pays. Près de neuf mille migrants ont pu bénéficier d’un retour organisé vers leurs pays d’origine, dans des conditions respectant la sécurité, la dignité et le choix individuel.
À ce chiffre s’ajoute la prise en charge de demandeurs d’asile et de réfugiés réinstallés dans des pays tiers, confirmant l’élargissement du champ d’intervention de l’organisation.
Ce bilan intervient dans un contexte migratoire particulièrement complexe, marqué par une pression accrue sur les pays de transit, une multiplication des situations de vulnérabilité et une évolution rapide des profils migratoires. La Tunisie, à la fois pays d’accueil, de transit et parfois de retour, se trouve au cœur de ces dynamiques. L’action de l’OIM s’inscrit ainsi dans une logique de réponse pragmatique à des réalités humaines souvent difficiles, en privilégiant des solutions encadrées, volontaires et respectueuses des droits fondamentaux.
L’augmentation significative du nombre de bénéficiaires par rapport à l’année précédente témoigne non seulement de l’ampleur des besoins, mais aussi de la confiance accordée par les migrants à ce dispositif. Elle reflète également la capacité de l’OIM et de ses partenaires à adapter leurs mécanismes d’intervention à des situations de plus en plus diversifiées et parfois critiques.
Une approche centrée sur la personne et les situations de vulnérabilité
L’un des éléments clés de cette dynamique réside dans la nature même de l’accompagnement proposé. Le retour n’est pas envisagé comme une simple opération logistique, mais comme un processus global, préparé en amont et prolongé après l’arrivée dans le pays d’origine. Chaque migrant bénéficie d’un suivi individualisé, fondé sur l’identification précise de ses besoins, de son parcours et de ses contraintes personnelles. Cette approche s’est révélée particulièrement essentielle face à la hausse des cas de vulnérabilité observée en 2025. De plus en plus de bénéficiaires présentent des situations complexes, incluant des enfants non accompagnés, des personnes séparées de leur famille ou encore des victimes de réseaux de traite. Ces profils nécessitent une attention spécifique, une expertise adaptée et une coordination étroite avec les acteurs nationaux et internationaux de la protection.
L’accompagnement proposé vise également à favoriser une réintégration durable. L’assistance fournie ne se limite pas à un soutien ponctuel, mais permet aux migrants de retour de reconstruire un projet de vie viable. En tenant compte des capacités, des compétences et du contexte local, l’OIM encourage l’autonomisation des bénéficiaires et leur implication active dans les choix liés à leur réinsertion économique et sociale. Cette logique de responsabilisation constitue un levier essentiel pour réduire les risques de migration forcée ou de retours précaires.
Une coopération internationale au cœur de la gouvernance migratoire
Les résultats atteints en 2025 sont indissociables de la coopération étroite mise en place entre de multiples acteurs. Les opérations de retour ont concerné plusieurs dizaines de pays et mobilisé un dispositif logistique conséquent, combinant vols commerciaux et charters. Cette organisation complexe repose sur une coordination permanente entre les autorités tunisiennes, les représentations diplomatiques, les pays d’origine et les missions de l’OIM dans les différentes régions concernées.
Cette dimension partenariale illustre une approche de la migration fondée sur la responsabilité partagée. Comme l’a souligné Azzouz Samri, chef de mission de l’OIM en Tunisie, la collaboration entre institutions nationales et partenaires internationaux constitue un socle indispensable pour bâtir une gouvernance migratoire efficace et respectueuse des droits humains. Elle permet d’assurer la continuité de l’accompagnement, depuis la phase de préparation au départ jusqu’à la réintégration effective dans le pays d’origine. Le soutien financier et politique de plusieurs partenaires internationaux, dont l’Union européenne et plusieurs gouvernements européens, a joué un rôle déterminant dans la mise en œuvre de ce programme. Cet appui traduit la reconnaissance du caractère stratégique de l’aide au retour volontaire comme alternative humaine et structurée aux parcours migratoires irréguliers et dangereux.
Au-delà des chiffres, l’action menée en 2025 met en lumière une vision de la migration fondée sur le choix, la dignité et la durabilité. Elle rappelle que les réponses aux défis migratoires ne peuvent être uniquement sécuritaires ou ponctuelles, mais doivent s’inscrire dans des politiques globales, intégrant protection, accompagnement et coopération internationale. Dans un environnement régional et mondial en constante mutation, l’expérience de l’OIM en Tunisie constitue ainsi un repère important pour penser des solutions migratoires plus humaines et plus équilibrées.
Leila SELMI
