Par Mondher AFI
Le 7 janvier 2026, au Palais de Carthage, le Président de la République, Kaïs Saïed, a reçu la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, ainsi que le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, dans le cadre d’une rencontre consacrée aux grandes orientations du Plan de développement 2026-2030. Ce rendez-vous institutionnel intervient à un moment charnière de la trajectoire nationale, où les choix à opérer engagent non seulement les équilibres économiques à venir, mais également la conception même du rôle de l’État et de sa relation avec la société.
Dans l’enceinte de Carthage, lieu chargé de mémoire et de continuité historique, la réflexion sur le développement prend une portée particulière. Elle s’inscrit dans un temps long, nourri par l’écoute des territoires, par l’expression directe des citoyens et par une volonté affirmée de traduire leurs attentes en orientations structurantes pour les années à venir. Le Plan de développement 2026-2030 apparaît, ainsi, comme l’aboutissement d’un processus fondé sur la consultation élargie et la centralité de l’intérêt général.
À travers cette rencontre, se dessine une ambition claire : inscrire l’action publique dans un horizon de responsabilité, de cohérence et de fidélité à la volonté populaire, en faisant du développement un projet national partagé, porté par l’État et ancré dans les aspirations profondes de la société tunisienne.
L’un des piliers structurants de la vision portée par le Président de la République Kaïs Saïed réside dans la primauté accordée à la méthode d’élaboration du Plan de développement 2026-2030. Le recours à près de 3 671 réunions tenues aux niveaux local, régional et interrégional ne relève ni d’un exercice de communication politique ni d’une consultation formelle destinée à légitimer a posteriori des choix préétablis. Il s’agit d’un choix politique réfléchi, fondé sur la conviction que le développement ne peut être durable ni légitime s’il est conçu en dehors des réalités vécues et des attentes exprimées par les citoyens.
Dans cette perspective, Kaïs Saïed opère une rupture claire avec les modèles de planification dominants, historiquement marqués par une confiscation technocratique de la décision publique, où les orientations stratégiques étaient élaborées par des cercles restreints, souvent déconnectés des territoires et des dynamiques sociales réelles. À l’inverse, la méthode adoptée repose sur une logique de construction ascendante, dans laquelle la parole citoyenne devient un matériau constitutif de la décision politique.
Pour le Président de la République, le modèle de développement ne saurait être assimilé à un produit d’ingénierie institutionnelle importée, ni à une compilation de prescriptions issues d’organismes internationaux. Il est conçu comme l’expression structurée et hiérarchisée d’attentes sociales clairement identifiées et largement partagées : la simplification des procédures administratives, la restauration de l’efficacité des services publics, la relance de l’emploi productif, l’accompagnement réel des porteurs de projets, la réhabilitation des infrastructures de base, la maîtrise de l’expansion urbaine et la sauvegarde de l’école publique en tant que pilier de l’égalité des chances.
Cette approche confère au Plan de développement 2026-2030 une légitimité politique substantielle, fondée non sur l’autorité de l’expertise abstraite, mais sur la reconnaissance de la souveraineté populaire. Le peuple cesse ainsi d’être perçu comme un simple bénéficiaire des politiques publiques, il en devient la source première, le référent et la finalité.
L’urbanisation anarchique : symptôme social et responsabilité structurelle de l’État
La place centrale accordée à la question du bâti anarchique dans la vision présidentielle révèle une lecture sociologique approfondie des transformations sociales contemporaines. Le phénomène n’est nullement appréhendé comme une déviance individuelle ou une transgression isolée des règles d’urbanisme, mais comme le résultat cumulatif de déséquilibres structurels persistants : pression démographique soutenue, désorganisation du marché foncier, insuffisance de l’offre légale de logements, lenteurs administratives chroniques et affaiblissement progressif des instruments de planification territoriale.
Dans la conception de Kaïs Saïed, l’environnement urbain ne se réduit pas à un cadre bâti, il constitue une extension directe de la dignité humaine et du droit à une vie décente. Dès lors, l’urbanisation anarchique ne saurait être interprétée uniquement comme une menace pour l’esthétique des villes ou pour la préservation des terres agricoles. Elle révèle une rupture plus profonde, celle du pacte implicite entre l’État et le citoyen, lorsque ce dernier se trouve contraint de contourner la norme juridique pour satisfaire un besoin fondamental, en l’occurrence le droit au logement.
Cette lecture implique une responsabilité directe de l’État, non pas seulement dans la répression des infractions, mais dans la prévention des causes structurelles qui les produisent. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’insistance présidentielle sur la nécessité de politiques d’aménagement claires, cohérentes et intégrées, articulant urbanisme, protection de l’environnement et justice foncière. La maîtrise de l’expansion urbaine ne peut être effective que si elle repose sur une planification anticipatrice, équitable et socialement acceptable.
La référence récurrente aux instruments juridiques existants en matière d’urbanisme et de protection environnementale s’inscrit dans la vision de Kaïs Saïed, dans une logique de cohérence institutionnelle. La norme juridique ne tire sa force ni de sa technicité ni de sa sévérité, mais de sa compréhension sociale, de son applicabilité concrète et de la crédibilité des institutions chargées de sa mise en œuvre. Une loi qui n’est ni comprise ni appliquée équitablement cesse d’être un outil de régulation pour devenir un facteur supplémentaire de désordre.
Ainsi, à travers la question de l’urbanisation anarchique, la vision présidentielle dépasse le cadre sectoriel pour interroger le rapport global entre l’État, le droit et la société. Elle pose un principe central : le développement véritable commence là où l’ordre juridique, la justice sociale et la dignité humaine convergent.
L’école publique : pilier stratégique de la souveraineté et de la justice sociale
L’école publique constitue, dans la vision présidentielle, bien plus qu’un simple secteur administratif, elle est le cœur de la justice sociale et un indicateur essentiel de la solidité de l’État et de sa capacité à garantir l’égalité des chances. L’absence d’infrastructures de base, eau potable, sanitaires, clôtures sécurisées, services de santé scolaire, n’est pas seulement un problème matériel, elle traduit un paradoxe structurel : proclamer l’égalité tout en tolérant des conditions dégradantes qui compromettent la dignité des élèves et leur accès à un savoir émancipateur. Une école privée de ces conditions fondamentales ne peut former que des citoyens inégalement préparés et contribue à reproduire les disparités territoriales et sociales que l’État prétend combattre.
La vision présidentielle place l’éducation au centre d’un projet national ambitieux, exigeant une mobilisation de compétences à la hauteur des enjeux. L’école doit devenir un espace d’excellence, animé par des responsables profondément investis dans la mission de transformer le système éducatif. Ces acteurs doivent combiner expertise technique, sens moral et engagement patriotique, afin que chaque décision et chaque initiative renforcent l’équité, la qualité de l’enseignement et la cohésion sociale. L’objectif n’est pas seulement matériel ou financier, il est éthique et stratégique.
La réforme éducative s’inscrit dans une logique de rupture avec les modèles traditionnels fondés sur la gestion restrictive et la dépendance aux contraintes financières. Elle appelle à repenser la gouvernance des établissements, à promouvoir l’autonomie responsable et à valoriser les initiatives locales, tout en intégrant l’école dans une vision globale de développement. La transformation du système éducatif devient ainsi un instrument de souveraineté nationale et de justice sociale, capable de générer des citoyens libres, compétents et engagés, en adéquation avec les besoins du pays et les aspirations profondes de la société.
Dans cette perspective, l’école publique est un indicateur stratégique : sa réussite ou son échec reflète directement la capacité de l’État à se réformer, à défendre l’égalité et à investir dans l’avenir du pays.
Responsabilité, travail et horizon national
L’un des piliers centraux de la vision portée par le Président de la République, Kaïs Saïed, repose sur une redéfinition profonde du sens et de la portée de la responsabilité publique. Dans cette approche, la réforme ne saurait être réduite à une simple modernisation des cadres juridiques ou à une accumulation de textes législatifs. Aussi élaborées et cohérentes soient-elles, les lois demeurent largement inefficaces si les acteurs chargés de leur mise en œuvre ne s’approprient pas l’esprit qui les fonde. La responsabilité publique est ainsi conçue avant tout comme une adhésion éthique, une conviction intime et une fidélité à une mission nationale, bien plus que comme un statut administratif ou une fonction institutionnelle.
Cette exigence revêt une importance particulière dans des secteurs stratégiques tels que l’éducation, l’urbanisme ou l’emploi. La réussite du projet national ne dépend pas uniquement de l’expertise technique ou de l’efficacité gestionnaire, mais de la capacité des responsables à comprendre la portée historique, sociale et humaine des politiques publiques qu’ils incarnent. Gouverner, dans cette vision, ne consiste pas à gérer des procédures ou à appliquer mécaniquement des règlements, mais à servir l’intérêt général avec intégrité, désintéressement et engagement moral. Une telle conception rompt avec la banalisation de la fonction publique assimilée à une simple carrière et réhabilite l’idée d’un État porté par des femmes et des hommes conscients de leur responsabilité éthique envers la société.
La question de l’emploi et du chômage s’inscrit pleinement dans cette logique de rupture. Le Président Kaïs Saïed rejette les approches réductrices qui traitent le chômage comme une donnée statistique ou une variable macroéconomique abstraite. Il est envisagé comme un phénomène social global, révélateur de déséquilibres économiques, mais aussi institutionnels et politiques. Lorsqu’il est réduit à un indicateur chiffré, le chômage affecte la dignité individuelle, fragilise la cohésion sociale et menace la stabilité collective.
C’est pourquoi la vision présidentielle met l’accent sur la valorisation du travail productif, le soutien concret aux initiatives locales et l’encouragement des projets ancrés dans les territoires. En rompant avec les logiques de rente et les mécanismes de dépendance improductive, cette approche vise à restaurer la dignité par le travail et à faire des ressources humaines locales le moteur central du développement. Le territoire devient alors un espace de création de valeur et de sens.
Ancrée dans une temporalité historique, cette vision élève le développement au rang de processus structurant, exigeant persévérance, cohérence et détermination politique. Il ne s’agit plus de simples projets, mais d’un engagement moral et national, articulé autour de la convergence entre la volonté citoyenne, un État pleinement responsable et des acteurs publics investis d’une éthique de service. Ainsi se forge une trajectoire de souveraineté, de justice sociale et de dignité collective, durable et irréversible.
