Par Slim BEN YOUSSEF
Il arrive des moments où un pays doit moins se raconter qu’il doit s’entraîner. S’échauffer, tester ses appuis, assouplir ses réflexes. La Tunisie est à cette heure-là. Le monde accélère, se recompose, invente ses urgences. Rester immobile serait une manière élégante de décrocher.
Ce dont nous avons besoin n’est pas d’un grand soir rhétorique, mais d’une gymnastique institutionnelle quotidienne : souple, disciplinée, intelligente. Des institutions capables de plier sans rompre, de décider sans s’ankyloser, d’agir sans s’excuser d’agir. Gouverner, aujourd’hui, relève moins de l’incantation que de l’exécution. La réforme devient alors un tempo.
Les pays qui réussissent leurs transitions — sociales, économiques, énergétiques, numériques — partagent un trait commun : des États mobiles. Des administrations qui savent raccourcir les délais et allonger l’horizon. Décider vite, corriger mieux : voilà une éthique moderne de l’action publique.
Cette souplesse suppose des lois nouvelles, audacieuses, parfois dérangeantes. Des ordonnances encadrées, temporaires, évaluables. L’urgence n’abolit pas le droit ; elle l’oblige à être vivant. Une règle qui ne s’adapte plus finit par gouverner contre l’intérêt général, et souvent contre elle-même.
Viennent ensuite les secteurs où cette agilité doit se traduire en gestes concrets. L’éducation, socle patient de la nation, où l’on forme des esprits et des lendemains. La santé et le transport, qui organisent la dignité et la mobilité quotidiennes. L’agriculture et la souveraineté alimentaire, où se jouent à la fois le pain, le paysage et l’indépendance.
Et l’énergie. Solaire, évidemment. Faire du solaire un projet national, populaire, stratégique. Des toits qui produisent autant qu’ils abritent. Une facture qui cesse d’être une pénitence pour devenir un pacte serein avec le climat et le futur. Produire de l’énergie comme on cultive un jardin : avec constance et fierté.
Le sport, aussi, forgeron discret des nations. Grands stades et terrains de quartier, exploits télévisés et sueur anonyme : c’est dans cet alliage que se fabrique le lien social. Le tourisme, enfin, appelé à quitter le rivage unique pour embrasser tout le pays : montagnes lentes, forêts anciennes, désert souverain. Un petit territoire au grand souffle, encore entravé par des routes timides et des politiques frileuses. Il reste aussi la culture, le patrimoine, les arts, la gastronomie : des lois audacieuses pour une économie du sens.
L’enjeu est simple, presque austère. Il nous faut des lois à la hauteur de nos capacités d’action, de nos ambitions. Un État qui avance est un État qui sait où il va. La prospérité commence souvent ainsi : par une décision bien prise, puis tenue.
