Les inondations dans les zones urbaines sont un rappel important de la vulnérabilité de nos villes et des défis complexes auxquels elles sont confrontées dans la gestion de leur croissance et de leur développement. Alors que l’urbanisation continue de s’accélérer dans le monde entier, les conséquences des inondations deviennent plus prononcées et constituent l’un des premiers risques naturels à Nabeul et Dar Chaâbane El Fehri.
Historiquement, des événements extrêmes ont mis à l’épreuve les populations, les activités et les biens sur le territoire. Aussi des solutions ont-elles été imaginées et mises en œuvre à différentes époques pour protéger les deux agglomérations. Le changement climatique à l’échelle mondiale exacerbe le problème par l’augmentation des précipitations, l’élévation du niveau de la mer et d’autres effets. Du fait de pluies torrentielles, de systèmes de drainage débordés et de systèmes de planification médiocres, ces deux villes sont confrontées aux conséquences d’inondations plus fréquentes, plus destructrices et de plus grande ampleur, qui touchent les populations, les infrastructures et l’environnement comme en témoignent celles de septembre 2018.
Pour protéger les concentrations croissantes de personnes et de biens dans les zones urbaines de Nabeul-Dar Chaâbane El Fehri, sujettes aux inondations, ces deux cités doivent améliorer la lutte contre les inondations en même temps que l’entretien et la restauration des vieilles infrastructures urbaines de protection existantes. Déterminer le type d’investissements nécessaires pour se protéger contre les inondations est un exercice crucial qui peut influer sur la mesure dans laquelle une ville résiste aux crues destructrices et les gère dans les années à venir. L’adoption par les villes d’une approche proactive et holistique d’atténuation des inondations urbaines et d’adaptation à celles‑ci doit être précédée d’une évaluation du risque d’inondation.
Cela signifie évaluer la probabilité et l’ampleur des inondations, ainsi que les conséquences et les impacts potentiels de tels événements. Les politiques de prévention du risque inondation menées depuis plusieurs années ont mis en évidence l’importance de réduire la vulnérabilité des territoires aux inondations. Cette réduction passe par des actions de planification sur la base de stratégies locales de gestion du risque d’inondation aboutissant à un programme d’actions de prévention des inondations. Elle passe également par des actions de développement de la résilience des territoires et doit s’appuyer sur une anticipation à la gestion de crise.
C’est dans ce cadre qu’une séance de travail s’est tenue au siège de la municipalité de Nabeul afin de finaliser l’étude cartographique des zones menacées par les inondations. Elle a réuni, en présentiel et à distance, les experts chargés de l’étude, financée par le Fonds de financement du déficit climatique des villes, ainsi que des représentants de la Banque européenne d’investissement (BEI), de l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ), des responsables municipaux, des représentants de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) dans la région de Nabeul, de l’Office national de l’assainissement (ONA) dans la région de Nabeul, de la Société nationale de distribution d’eau (SONEDE) dans la région de Nabeul, de la Direction régionale du développement agricole de Nabeul, du Département de la gestion des eaux urbaines, de la municipalité de Dar Chaâbane El Fehri et du cabinet de conseil Archi Plan. Au cours de la session, la méthodologie adoptée par le groupe de travail, tant sur le plan théorique que pratique, a été examinée, ainsi que son lien avec les recommandations de l’étude et son rôle dans la protection de ces zones. En combinant ces stratégies, il est possible de réduire les impacts des inondations, bien que la nature imprévisible des phénomènes météorologiques rende nécessaire une approche adaptable et évolutive dans la gestion des risques d’inondation.
C’est une feuille de route pour la réalisation d’une évaluation des risques d’inondation urbaine qui comprend des conseils pratiques pour un projet d’évaluation des risques d’inondation, couvrant les principales étapes de la modélisation de l’aléa et du risque, ainsi que l’évaluation des différentes possibilités d’intervention en matière d’infrastructures d’atténuation des inondations et la gestion du projet. Ce manuel contribuera à mieux faire comprendre le risque d’inondation en milieu urbain, qu’il rendra ces connaissances spécialisées plus accessibles à un public plus large et qu’il accompagnera le processus de construction de villes non seulement capables de résister aux inondations, mais aussi d’offrir un environnement sûr, inclusif et durable à tous leurs habitants.
La gestion du risque d’inondation
La gestion du risque d’inondation est un processus visant à réduire les impacts négatifs des inondations sur les populations, les infrastructures et l’environnement. Evaluer la vulnérabilité du territoire permet de mieux définir les actions à mener dans les différents temps de la gestion des risques, de la connaissance et l’information à la gestion de crise en passant par la prévision, l’urbanisme et les actions de réduction de vulnérabilité des enjeux.
Les municipalités de Nabeul et de Dar Chaâbane El Fehri confrontées à des inondations ont décidé de mettre en œuvre les mesures suivantes : la création d’un comité mixte entre les municipalités de Nabeul et de Dar Chaâbane El Fehri pour gérer les inondations et définir des stratégies d’action communes à moyen et long terme, l’application stricte des lois contre toute personne déversant délibérément des déchets sur les terrains vagues, dans les oueds et les retenues d’eau, l’intensification des programmes de sensibilisation de la population aux risques d’inondation, la réhabilitation et l’entretien régulier des barrages, la mise en œuvre d’une stratégie de développement durable pour les grandes étendues de terres, notamment par la réduction du travail du sol, en particulier sur les pentes abruptes, et la restauration de la végétation le long des retenues d’eau afin de limiter l’érosion des sols, l’adoption des solutions inspirées de la nature, comme la création de barrières de cactus près des barrages et des vallées, afin de réduire les risques d’inondation, le drainage des eaux pluviales en créant de larges canaux pour collecter l’eau entre les différentes vallées et la rejeter ensuite dans la mer.
Ceci, sans oublier qu’informer les populations sur les risques d’inondation, les mesures de prévention et les comportements à adopter en cas d’urgence est crucial pour réduire les pertes humaines et matérielles. A la fin de la séance, les différents commentaires des participants ont été recueillis et il a été convenu qu’une coordination entre toutes les parties prenantes était nécessaire pour mettre en œuvre les conclusions de l’étude.
Kamel BOUAOUINA
