Par Mondher AFi
La visite de terrain effectuée par le Président Kaïs Saïed, le mardi 20 janvier 2026, dans plusieurs régions affectées par des précipitations exceptionnelles et des inondations sévères, ne saurait être appréhendée comme un simple déplacement à caractère protocolaire, ni réduite à une opération de communication politique circonstancielle. Elle s’inscrit, au contraire, dans une logique de gouvernance profonde, révélatrice d’une conception exigeante de l’État et de l’exercice de l’autorité publique, fondée sur la responsabilité directe, la présence effective et l’ancrage de la décision politique dans la réalité sociale concrète.
Dans un contexte international et national marqué par l’intensification des vulnérabilités climatiques et par la multiplication des risques systémiques affectant durablement les sociétés contemporaines, cette démarche acquiert une portée particulière. Elle traduit une vision de l’action publique qui refuse la distance technocratique et les médiations abstraites, et qui affirme que la légitimité du pouvoir politique se construit dans la confrontation lucide au réel, à ses contraintes structurelles et à ses conséquences humaines.
L’intervention directe du Président sur le terrain apparaît ainsi comme un acte politique d’une forte densité symbolique et institutionnelle. Elle incarne une autorité qui ne se limite pas à la gestion administrative des crises, mais qui se déploie à travers l’écoute, l’observation et l’évaluation concrète des situations vécues par les citoyens. Le terrain devient alors un espace central de production du sens politique, où se rencontrent responsabilité étatique, protection sociale et projection stratégique de l’État face aux défis climatiques et sociaux contemporains.
D’un point de vue sociologique approfondi, le déplacement du Président Kaïs Saïed vers les zones sinistrées réactive une dimension fondatrice, souvent marginalisée dans les pratiques contemporaines de gouvernance : le terrain comme lieu premier de vérification du réel et comme matrice de la décision politique légitime. Dans les sociétés contemporaines, caractérisées par la complexification croissante des appareils étatiques, l’action publique tend à s’organiser autour d’indicateurs chiffrés, de rapports d’expertise, de dispositifs statistiques et de chaînes administratives de plus en plus étendues. Si ces instruments sont indispensables à la rationalisation de la décision publique, ils comportent néanmoins un risque structurel majeur, celui d’une distanciation progressive entre le centre décisionnel et l’expérience vécue des citoyens.
Face à des événements extrêmes tels que les inondations, cette distance peut devenir particulièrement problématique. Les données techniques, aussi élaborées soient-elles, peinent à restituer la densité humaine des situations de crise : la peur, la perte, la désorganisation du quotidien, l’atteinte à la dignité et l’érosion du sentiment de sécurité. C’est précisément dans cet espace de tension entre rationalité administrative et réalité sociale que s’inscrit la démarche présidentielle, en réaffirmant que la connaissance politique ne saurait être exclusivement médiatisée par des dispositifs abstraits, mais doit aussi passer par l’observation directe et l’écoute des populations concernées.
Le terrain comme espace de production du sens politique
La présence du Président dans les villes et les quartiers touchés rompt avec la logique de surplomb technocratique. Elle réinscrit l’autorité politique au cœur de l’espace social concret, là où se manifestent avec acuité les inégalités territoriales, les fragilités structurelles des infrastructures et les vulnérabilités humaines accumulées au fil du temps. Le terrain apparaît alors non comme un simple décor de la décision publique, mais comme un espace d’intelligibilité, où les problèmes se donnent à voir dans leur complexité, où les responsabilités se clarifient et où les priorités s’hiérarchisent à partir du vécu réel des citoyens.
Ce retour au terrain ne relève en rien d’une mise en scène symbolique dépourvue de substance. Il constitue, au contraire, une véritable méthode de gouvernement, fondée sur la confrontation directe au réel. En observant, en interrogeant et en écoutant, le Président adopte une posture méthodologique qui confère à la décision politique une assise empirique solide. Cette démarche permet de dépasser les lectures fragmentées ou sectorielles des crises pour en saisir la dimension systémique, en articulant facteurs climatiques, choix d’aménagement, capacités institutionnelles et réalités sociales.
Dans cette perspective, la visite présidentielle fonctionne comme un dispositif de reconnaissance sociale. Elle consacre la souffrance, l’inquiétude et les attentes des citoyens comme des faits politiques à part entière, et non comme de simples externalités de la gestion administrative. Être entendu au plus haut niveau de l’État devient ainsi un acte de reconnaissance symbolique fort, susceptible de restaurer le lien de confiance entre les gouvernés et les institutions. Cette reconnaissance ne se limite pas à une compassion circonstancielle, mais s’inscrit dans une conception plus large de la dignité citoyenne, centrale dans la vision de l’État portée par le Président Kaïs Saïed.
Ainsi, la démarche présidentielle révèle une compréhension fine des enjeux contemporains de la gouvernance : dans un monde traversé par des crises complexes et interconnectées, l’autorité politique ne peut se contenter de gouverner à distance. Elle doit se rendre présente là où les tensions s’expriment, non pour se substituer aux institutions, mais pour en réaffirmer la finalité, en recentrant l’action publique sur sa mission essentielle : protéger les citoyens, reconnaître leur réalité et inscrire la décision politique dans une rationalité à la fois humaine, sociale et profondément responsable.
Une proximité politique exigeante : l’autorité comme responsabilité incarnée
La démarche du Président Kaïs Saïed se distingue nettement des formes contemporaines de proximité populiste, souvent fondées sur la spectacularisation de l’émotion, la recherche d’une adhésion immédiate ou la mise en scène d’une communion affective éphémère. La présence présidentielle sur le terrain ne relève ni de l’improvisation ni d’un calcul symbolique à court terme, elle procède d’une conception exigeante et structurée de l’autorité politique, dans laquelle la proximité est pensée comme une obligation institutionnelle inhérente à la charge de l’État.
La sociologie politique permet, à la suite de Pierre Rosanvallon, de distinguer une proximité instrumentalisée — destinée à produire de l’adhésion — d’une proximité de responsabilité, qui engage le pouvoir dans la durée. C’est cette seconde forme qui caractérise l’approche présidentielle. En se rendant auprès des populations touchées, le Président ne cherche ni à se substituer aux institutions techniques ni à court-circuiter les chaînes administratives, mais à en rappeler le sens, à en interroger l’efficacité et à en réaffirmer la finalité fondamentale : la protection des citoyens.
Cette posture renvoie à l’« éthique de la responsabilité » analysée par Max Weber, selon laquelle gouverner consiste moins à produire des effets de discours qu’à assumer les conséquences réelles des décisions et des non-décisions. L’autorité, dans cette perspective, ne se légitime ni par la distance hiérarchique ni par l’excès de parole, mais par l’engagement direct face aux situations critiques. La sobriété du geste, l’écoute attentive et l’absence de promesses irréalistes confèrent à cette proximité une crédibilité institutionnelle, à l’écart de toute logique de séduction politique.
Les aléas climatiques comme révélateurs des structures sociales et territoriales
Sur le plan analytique, la visite présidentielle invite à dépasser une lecture strictement événementielle des catastrophes climatiques pour les inscrire dans une compréhension structurelle. Les pluies exceptionnelles, les inondations et les pertes humaines et matérielles ne sont pas appréhendées comme des faits isolés, mais comme des révélateurs de vulnérabilités profondément enracinées : fragilité des infrastructures, déséquilibres territoriaux persistants, héritages de choix d’urbanisation anciens et insuffisances chroniques en matière de prévention.
Cette approche rejoint les analyses d’Ulrich Beck sur la « société du risque », selon lesquelles les catastrophes contemporaines sont de moins en moins naturelles et de plus en plus socialement produites. En se rendant sur place, le Président inscrit ces événements dans une lecture systémique, attentive aux chaînes de causalité reliant changement climatique global, modes de développement, gestion des ressources hydrauliques et capacités locales de réponse aux crises.
Il ne s’agit donc pas seulement de constater des dégâts visibles, mais de comprendre comment des décisions passées, parfois lointaines, ont contribué à exposer certains territoires et certaines populations à des risques accrus. Cette démarche traduit une gouvernance fondée sur la responsabilité structurelle, qui refuse de naturaliser les catastrophes et de les traiter comme des fatalités. Comme le rappelait Hannah Arendt, « comprendre ne signifie pas justifier, mais assumer la responsabilité d’un monde commun». La présence du Président sur le terrain s’inscrit précisément dans cette volonté de compréhension, condition préalable à toute action publique cohérente et durable.
L’humain au cœur de l’État protecteur : une légitimité fondée sur la reconnaissance
L’un des traits les plus significatifs de la démarche présidentielle réside dans la centralité accordée aux citoyens eux-mêmes : leurs récits, leurs pertes, leurs inquiétudes et leur sentiment de vulnérabilité. Cette attention portée à l’humain ne relève pas d’une compassion circonstancielle, mais d’une conception de l’État dans laquelle la dignité constitue un principe opératoire de l’action publique.
La sociologie des catastrophes montre que le sentiment d’abandon peut s’avérer aussi destructeur que les pertes matérielles. Dans ce contexte, la présence du Président agit comme un facteur de réassurance collective, non par des discours emphatiques, mais par la reconnaissance explicite des citoyens comme sujets de droits. Cette reconnaissance rejoint la pensée d’Axel Honneth, pour qui la reconnaissance institutionnelle constitue une condition essentielle de la cohésion sociale et de la confiance dans l’ordre politique.
Au-delà de cette dimension humaine, la visite présidentielle participe d’une redéfinition plus large du rôle de l’État face aux risques contemporains. Loin d’un État minimal ou désengagé, la vision portée par le Président Kaïs Saïed affirme la nécessité d’un État présent, stratège et protecteur, capable d’anticiper les crises, de coordonner les acteurs et d’assumer pleinement ses responsabilités. Cette conception rejoint les approches contemporaines de la sociologie du risque, selon lesquelles la légitimité politique se construit de plus en plus autour de la capacité à prévenir, gérer et réparer les dommages causés par des phénomènes globaux qui dépassent les individus.
La présence sur le terrain devient ainsi un moment central de la gouvernance du risque : elle transforme l’événement critique en levier de réajustement des politiques publiques, de renforcement de la prévention et de revalorisation du rôle des institutions. Comme l’écrivait Michel Foucault, le pouvoir moderne se définit aussi par sa capacité à «prendre soin de la vie». En ce sens, la démarche du Président Kaïs Saïed incarne une conception de la souveraineté non pas autoritaire, mais protectrice, fondée sur la responsabilité, la reconnaissance et la proximité réelle.
À travers cette approche, l’action présidentielle ne se limite pas à répondre à l’urgence, elle inscrit l’événement dans une réflexion de long terme sur la mission de l’État et sur les conditions contemporaines de la légitimité politique.
