Il semble que de plus en plus de jeunes Tunisiens préfèrent l’anglais au français. Selon une étude récente, deux tiers des jeunes estiment que l’anglais supplantera le français comme première langue étrangère dans les années à venir. Cela peut être attribué à une tendance mondiale vers l’anglais et à son utilisation accrue dans les domaines professionnels, technologiques et culturels.
La généralisation progressive de l’apprentissage de l’anglais dès l’école primaire a été décidée par le ministère de l’Education depuis plusieurs années, tout en conservant la place d’autres langues (l’arabe et le français). Certains élèves commencent à apprendre l’anglais, surtout dans les écoles privées, dès les classes préparatoires, à partir de l’âge de trois ans. Par ailleurs, une offre d’écoles privées trilingues se développe dans le Grand Tunis et d’autres villes du pays, des écoles privées anglaises ou américaines qui sont en concurrence avec celles d’un réseau français largement prédominant en Tunisie.
En effet, l’anglais gagne en popularité en Tunisie pour plusieurs raisons. D’abord, il y a le phénomène de la mondialisation qui a intensifié les échanges économiques, culturels et technologiques à travers le globe où l’anglais est devenu la langue de référence dans de nombreux domaines, y compris les affaires, la science et la technologie. Ensuite, de plus en plus, les écoles et les universités en Tunisie mettent l’accent sur l’enseignement de l’anglais, souvent comme première langue étrangère. Cela prépare les jeunes à un marché du travail de plus en plus compétitif. De même, de nombreuses entreprises, notamment celles qui opèrent au niveau international ou dans le secteur du tourisme, privilégient les candidats maîtrisant l’anglais. Cela incite les Tunisiens à apprendre la langue pour améliorer leurs perspectives professionnelles. Sans oublier l’impact des médias, des séries télévisées, du cinéma et de la musique anglophones qui contribuent à la popularité de l’anglais en Tunisie. Les jeunes sont souvent exposés à des contenus qui sont publiés majoritairement en anglais, surtout à travers les réseaux sociaux, ce qui les motive à apprendre la langue anglaise afin de pouvoir consulter des sites ou des plateformes de formation en ligne. Cette tendance révèle une volonté d’intégration à un monde globalisé, tout en préservant l’apprentissage d’autres langues étrangères. Le français disparaît peu à peu, l’anglais le remplace. On s’éloigne d’un vieux système pour aller vers une Tunisie plus moderne, plus ouverte sur le monde. Et c’est tant mieux !
Avis des jeunes
La Tunisie, considérée comme un pays francophone, a pourtant l’air de se diriger de plus en plus vers l’anglais. Le français disparaît peu à peu, l’anglais le remplace. « Nous utilisons beaucoup plus l’anglais que le français, nous a confié une étudiante, les cours sont dispensés en français, mais nous sommes souvent obligés de consulter des ouvrages de références en anglais ou de recourir à des sites anglophones sur Internet concernant notre spécialité ». Un autre élève de quatrième secondaire nous a déclaré : « Aujourd’hui, grâce à Internet, on échange des messages en anglais avec des amis à travers le monde. Même à la télévision, on regarde des films en anglais ; on écoute des chansons en anglais sur You Tube. Pour les jeunes, je crois que c’est la langue du futur ». Par ailleurs, pour certains jeunes, l’anglais est jugé plus facile et plus pratique que le français. « J’ai toujours eu de bonnes notes en anglais, nous a affirmé un élève du secondaire, alors qu’en français, je n’ai jamais eu la moyenne. J’apprécie beaucoup les cours d’anglais en classe, alors que je m’ennuie beaucoup pendant les séances de français ou d’arabe. » Ces propos sont d’ailleurs confirmés par les notes catastrophiques obtenues par les candidats au bac à l’épreuve de français, alors qu’en anglais, les notes sont nettement meilleures.
C’est ainsi qu’on assiste à un abandon progressif de la langue de Molière en faveur de celle de Shakespeare. Mais, il semble trop tôt pour dire que l’anglais a supplanté complètement le français chez nous, tant que ce dernier occupe encore une place importante dans l’économie, l’administration, les médias…
Hechmi KHALLADI
