La mauvaise orientation universitaire est un phénomène fréquent, mais souvent sous-estimé. De nombreux étudiants se retrouvent face à des choix qui ne correspondent pas à leurs véritables aspirations. Cette mauvaise orientation, résultant souvent d’une décision basée sur les résultats scolaires plutôt que sur les passions personnelles, affecte négativement le parcours éducatif et professionnel des jeunes.
Elle génère de la démotivation, qui peut se traduire par des échecs répétés, voire l’abandon des études. Plusieurs raisons peuvent motiver un projet de réorientation, parmi lesquelles la réaction à un refus d’admission au vœu préféré, la réévaluation du choix initial en raison d’une mauvaise appréciation du contenu d’une formation ou encore la volonté de rebondir après une situation proche de l’échec académique. La mauvaise orientation universitaire n’est pas un cas isolé. Elle touche un grand nombre d’étudiants chaque année. Cela est dû, en partie, au manque d’accompagnement et de conseils adaptés lors du processus d’orientation. Souvent, les choix sont faits sous pression, sans une véritable réflexion sur les intérêts et les compétences de l’étudiant.
Chaque année, plusieurs étudiants ratent leur vocation et regrettent leur choix d’orientation, et un grand nombre d’entre eux se retrouvent rapidement en situation d’insatisfaction ou de réorientation. Environ 30% des étudiants de cycle licence abandonnent leur cursus sans obtenir aucun diplôme, à cause, entre autres, d’une mauvaise orientation. Selon les experts, il y a aussi le manque d’informations sur les branches étudiées ou le diplôme choisi qui fait perdre la boussole aux jeunes bacheliers. C’est un réel problème qui préoccupe autant les étudiants que leurs familles. L’étudiant doit donc se poser les bonnes questions avant de se réorienter. C’est dans ce cadre que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique organise, au mois de mars 2026, les concours annuels de réorientation universitaire dans toutes les universités et la direction générale des études technologiques, à l’exception des filières médecine, médecine dentaire et pharmacie qui feront l’objet d’un concours de réorientation commun organisé par les universités concernées par ces filières, selon une publication du ministère. Les concours concernent tous les étudiants qui le souhaitent, titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme équivalent obtenu au cours des deux années précédant l’année du concours et orientés vers des établissements d’enseignement supérieur, avec la possibilité pour les intéressés de se présenter à une ou plusieurs filières, selon les quotas fixés par les universités et la direction générale des études technologiques, en coordination avec la direction générale des affaires estudiantines.
Des questions en suspens
Il est vrai que de nombreux étudiants changent de filière après 2 ou 3 ans d’études. Mais ont-ils posé les bonnes questions avant de se réorienter ? Quelles sont leurs motivations pour envisager une réorientation ? Quels sont leurs intérêts, leurs passions et leurs talents ? Quels sont leurs objectifs à long terme sur les plans professionnel et personnel ? Quels sont les domaines d’activité qui les intéressent et qui correspondent à leurs compétences ? Ont-ils besoin d’acquérir de nouvelles compétences ou de suivre une formation supplémentaire pour réussir dans leur nouvelle voie ? Doivent-ils parler à des professionnels ou à des personnes qui travaillent dans la filière qu’ils comptent choisir ?
Sont-ils prêts à accepter les éventuels sacrifices ou les défis associés à une réorientation ? En se posant toutes ces questions, l’étudiant pourra comprendre plusieurs aspects de son mal-être actuel et dresser un tableau des «pour et des contre» pour avoir une vision plus large de ce que pourrait donner l’avenir. Cette réorientation permet ainsi à l’étudiant d’éviter d’abandonner l’enseignement supérieur, augmentant en revanche de 50% ses chances d’obtenir un diplôme. Pour les étudiants qui expriment ou ressentent une forme de mal-être dans leur formation du supérieur actuelle, ça peut être une stratégie payante de refaire des vœux de réorientation et recommencer de zéro dans une formation qui leur conviendrait davantage. En s’orientant vers des études qui correspondent à ses passions, l’étudiant retrouve l’envie et la motivation d’apprendre. Orienter vers une voie porteuse favorise son insertion professionnelle vers des secteurs d’activité en adéquation avec ses aptitudes et le marché du travail. Penser à son avenir nécessite de faire des choix. Ce n’est pas simple dans un environnement en perpétuelle évolution.
Cette réorientation a certes un coût pour la société. En allongeant la durée des études, elle génère des dépenses supplémentaires, mais en améliorant l’avenir professionnel des jeunes, elle représente un gain pour la société près de trois fois supérieur.
Kamel BOUAOUINA
