Face à l’intensification des changements climatiques et à la multiplication des aléas naturels qui menacent la pérennité des cheptels et, par ricochet, la sécurité de l’être humain, la question de la sécurité alimentaire s’impose aujourd’hui comme l’un des défis majeurs de notre époque, en Tunisie comme à l’échelle mondiale.
C’est dans ce contexte que l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé l’année 2026 «Année internationale du pastoralisme et des pâturages».
S’inscrivant pleinement dans cette dynamique, la Tunisie a accueilli, le lundi 26 janvier 2026, la Conférence régionale pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, consacrée au lancement officiel de l’Année internationale du pastoralisme et des pâturages 2026.
À cette occasion, le chef de cabinet du ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Haykel Hachlef, a souligné que l’Année internationale du pastoralisme et des pâturages constitue «une reconnaissance explicite de l’importance stratégique des parcours naturels et du rôle central des éleveurs dans la réalisation de la sécurité alimentaire, la protection de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques».
Poursuivant son intervention, il a précisé que le pastoralisme ne saurait plus être perçu comme une activité traditionnelle marginale, mais bien comme un système intégré de production et de savoirs, capable d’apporter des réponses concrètes et durables aux défis environnementaux contemporains.
Résolution onusienne pour renforcer le rôle du pastoralisme dans la lutte contre la faim
Adoptée le 15 mars 2022, la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies souligne la nécessité de sensibiliser le grand public à la valeur économique, sociale et culturelle des systèmes pastoraux, tout en encourageant la consommation des produits issus de l’élevage, notamment à des fins alimentaires. Cette orientation vise à renforcer les efforts mondiaux de lutte contre la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition.
Dans le même esprit, la résolution souligne l’urgence de déployer, à grande échelle et dans les meilleurs délais, des actions concrètes en faveur de la durabilité des pâturages et du pastoralisme. Une telle accélération apparaît indispensable pour garantir une contribution effective à la réalisation des Objectifs de développement durable, alors que les parcours pastoraux font face, partout dans le monde, à des pressions croissantes appelant des réponses immédiates, coordonnées et durables.
«Les éleveurs pastoraux se consacrent à l’exploitation de leurs troupeaux, contribuent de manière significative à la sécurité alimentaire et sont les dépositaires d’un patrimoine culturel riche, ainsi que de savoirs locaux et autochtones, tout en jouant un rôle clé dans la préservation des écosystèmes à l’échelle mondiale», rappelle l’Organisation des Nations unies.
Le poids stratégique des parcours pastoraux
Cette vision globale trouve un écho particulier dans la réalité tunisienne, où les parcours pastoraux occupent une place stratégique, tant sur le plan économique que social.
Sur le plan national, les statistiques communiquées par le ministère de l’Agriculture indiquent que les parcours pastoraux couvrent une superficie d’environ 5,3 millions d’hectares. Ils contribuent à hauteur de 15 à 25% des besoins alimentaires du cheptel national et génèrent des retombées économiques estimées à 1 062 millions de dinars par an, soit 1,5% du produit intérieur brut (PIB) et près de 14% du PIB agricole. Toutefois, malgré cette contribution essentielle, ces ressources demeurent fragilisées par la surexploitation et par les effets croissants du changement climatique.
Dans cette optique, et lors de la Conférence régionale pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, Mohamed Naoufel Ben Haha, directeur général des forêts, a expliqué aux médias que l’objectif de cet événement était d’ouvrir un premier cercle de discussions, dont l’issue devrait permettre le lancement d’une initiative préparatoire à une feuille de route visant à valoriser et développer les parcours pastoraux.
Il a également souligné que les éleveurs constituent le socle du secteur, tandis que les parcours pastoraux représentent près d’un tiers de la superficie du territoire tunisien et contribuent à hauteur d’environ 25% de l’alimentation du cheptel national.
À l’échelle mondiale, les données présentées lors de la conférence révèlent que les parcours pastoraux couvrent près de 54% des terres émergées, constituent une source de subsistance pour environ 500 millions de personnes et abritent une biodiversité exceptionnelle. Néanmoins, ils figurent parmi les écosystèmes les plus vulnérables, confrontés à l’intensification des dérèglements climatiques, à la dégradation des terres et à la recrudescence des épisodes de sécheresse et d’inondations.
Un programme de soutien aux petits éleveurs de bovins
À ce sujet, il convient de rappeler que la Tunisie a récemment mis en place un dispositif exceptionnel de soutien aux petits éleveurs de bovins.
Le programme national de reconstitution et de préservation du cheptel bovin, officialisé par l’arrêté conjoint du 12 janvier 2026, prévoit un soutien financier et technique ciblé pour les petits éleveurs.
Il comprend une subvention exceptionnelle destinée à renforcer l’autofinancement des exploitations et à faciliter l’accès aux crédits bancaires pour l’acquisition de génisses pleines de race pure, produites localement ou importées conformément aux normes en vigueur. Le programme offre également un accompagnement à long terme pour l’élevage des génisses et des veaux femelles jusqu’à la première mise bas.
Cette initiative illustre concrètement l’engagement de la Tunisie à soutenir ses éleveurs et à valoriser ses parcours pastoraux, en parfaite cohérence avec les priorités mondiales fixées par l’Année internationale du pastoralisme et des pâturages 2026 (AIPP 2026), notamment en matière de durabilité, de sécurité alimentaire et de protection des écosystèmes.
Nouha MAINSI
