La transition vers des modes de transport moins polluants gagne progressivement du terrain à l’échelle internationale, et la Tunisie semble désormais accélérer le pas dans cette direction. L’annonce récente de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), relative au lancement d’un dispositif d’aide destiné aux chauffeurs de taxis individuels dans certaines municipalités, marque une avancée notable dans la transformation du paysage de la mobilité urbaine.
Cette initiative concerne, dans un premier temps, plusieurs zones pilotes : Bizerte, Sfax et l’île de Djerba, notamment les municipalités de Houmt Souk, Ajim et Midoun. L’objectif est clair : encourager l’intégration progressive de véhicules électriques dans le parc de taxis et amorcer une mutation qui s’impose aujourd’hui comme une tendance mondiale.
Partout dans le monde, les grandes villes repensent leurs systèmes de transport pour répondre à des enjeux environnementaux de plus en plus pressants. La réduction des émissions polluantes, la maîtrise de la consommation énergétique et l’amélioration de la qualité de l’air sont devenues des priorités incontournables. Dans ce contexte, l’électrification des flottes professionnelles apparaît comme l’un des leviers les plus efficaces pour accélérer le changement.
Pour la Tunisie, cette démarche représente une opportunité stratégique. Elle permet non seulement de s’inscrire dans un mouvement global, mais aussi d’anticiper les évolutions futures du secteur automobile. Les véhicules électriques, autrefois perçus comme une innovation lointaine, s’imposent désormais comme une réalité tangible dans de nombreux pays.
Un projet soutenu par des partenaires internationaux
Ce programme s’inscrit dans une coopération élargie impliquant plusieurs acteurs institutionnels et internationaux. Il bénéficie notamment de l’appui du Fonds pour l’environnement mondial et de la participation de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), aux côtés du ministère tunisien de l’Environnement et de l’ANME. Cette collaboration traduit l’intérêt croissant accordé aux projets favorisant la transition énergétique dans les pays en développement. Elle témoigne également d’une volonté d’accompagner les transformations structurelles nécessaires pour bâtir des modèles de transport plus durables.
Une incitation financière pour faciliter le passage à l’électrique
Le mécanisme mis en place prévoit un soutien financier destiné à alléger le coût d’acquisition des véhicules concernés. Pour de nombreux professionnels du transport, l’investissement initial demeure en effet l’un des principaux obstacles à l’adoption de technologies plus propres. En réduisant cette barrière, les autorités espèrent susciter l’adhésion des chauffeurs et démontrer, par l’exemple, la viabilité économique de ce type de mobilité. À terme, une telle initiative pourrait contribuer à moderniser un parc automobile souvent vieillissant, tout en offrant aux usagers un service plus confortable et plus respectueux de l’environnement.
Le programme s’adresse aux conducteurs titulaires d’une licence valide et exerçant dans les zones retenues. Certaines conditions liées à l’âge et à la capacité de financement ont été définies afin de garantir la solidité des dossiers et la réussite de cette phase pilote. Cette approche progressive n’est pas anodine. Elle permet d’évaluer les performances des véhicules dans des contextes variés : urbains, touristiques et périurbains, tout en identifiant les défis techniques ou logistiques susceptibles d’émerger. Les résultats de cette première expérience pourraient ainsi orienter de futures décisions d’élargissement à d’autres régions.
Un signal positif pour la transition énergétique
Au-delà du nombre limité de véhicules concernés dans l’immédiat, cette initiative envoie un message fort, celui d’une volonté d’engager le pays dans une trajectoire énergétique plus responsable. Elle montre également que la transition écologique ne relève plus uniquement du discours, mais commence à se traduire par des actions concrètes. Encourager les chauffeurs de taxis à adopter des véhicules électriques constitue, à cet égard, un choix pertinent. Ces professionnels parcourent quotidiennement de longues distances et représentent donc un levier important pour réduire l’empreinte carbone du secteur du transport.
Les défis à anticiper pour accompagner le changement
Si cette démarche est porteuse d’espoir, elle soulève également plusieurs questions. Le développement d’un réseau de bornes de recharge suffisant, la maintenance des véhicules ou encore la formation des conducteurs aux spécificités de ces technologies seront déterminants pour assurer le succès de l’opération. Par ailleurs, l’adhésion durable des professionnels dépendra de la rentabilité réelle de ces véhicules sur le long terme, notamment en matière de coûts d’exploitation et de consommation énergétique.
L’introduction progressive de taxis électriques peut être interprétée comme un point de départ plutôt qu’une finalité. Elle ouvre la voie à une réflexion plus large sur l’avenir du transport en Tunisie, à l’heure où les impératifs environnementaux redéfinissent les priorités des politiques publiques. En amorçant ce virage, le pays se positionne dans une dynamique d’adaptation aux transformations globales. Certes, le chemin vers une électrification à grande échelle reste encore long, mais chaque initiative de ce type contribue à préparer le terrain.
Dans un monde où les véhicules électriques deviennent progressivement la norme, cette orientation apparaît non seulement pertinente, mais nécessaire aussi. Elle traduit une prise de conscience croissante : la modernisation du transport passe désormais par des choix technologiques capables de concilier performance économique et responsabilité environnementale.
Leila SELMI
