La montée des eaux s’est intensifiée en raison des changements climatiques. Cette situation menace de plus en plus les zones basses dont le Grand-Tunis. En effet, les pluies soudaines et soutenues ont généré des crues torrentielles provoquant des inondations-éclairs avec des conséquences potentiellement dévastatrices. Les dernières intempéries ont eu des conséquences sur la hausse du niveau des lacs.
La situation est particulièrement préoccupante au Nord-Est, zone davantage touchée par les épisodes pluvieux. Les dernières pluies ont largement contribué à la montée de l’eau du Lac de Tunis de manière plus significative, notamment dans le quartier de la Mer Bleue, La Goulette et le vieux port de Tunis. La montée des eaux du Lac de Tunis est un phénomène complexe qui a des répercussions significatives sur les communautés riveraines. Hamdi Hached, expert en environnement, estime que le littoral tunisien risque d’être submergé au cours des prochaines décennies, si les tendances actuelles se confirment. Les scénarios scientifiques envisagent une élévation d’un mètre dans le cas modéré et jusqu’à trois mètres dans le scénario extrême. Ces projections pourraient entraîner l’engloutissement partiel du littoral et de la capitale et de plusieurs zones à forte densité urbaine : Raoued, Gammarth- Plage, El Mansoura, Kalaât El Andalous, Aousja, Zouarine (Bizerte), Borj Cedria, Hammam Chatt, ainsi que la banlieue sud de Tunis. Au-delà des infrastructures et des logements.
Des actions à mener pour réguler les eaux du Lac
Pour résoudre le problème de la montée récurrente des eaux du Lac de Tunis, plusieurs solutions peuvent être envisagées. La dernière réunion du travail au siège du gouvernorat de Tunis a porté sur la recherche de solutions efficaces pour remédier aux insuffisances constatées. Le gouverneur de Tunis, Imed Boukhris, a préconisé d'étudier la possibilité de draguer le bassin du vieux port de Tunis et la nécessité de construire des digues pour empêcher la montée des eaux lors des marées hautes et les inondations de la zone maritime de Tunis et ceci, après une étude technique en coordination avec toutes les parties prenantes concernées. Il a également été décidé de charger le service de gestion des eaux urbaines d'intervenir dans le quartier de la Mer Bleue afin de construire un canal de drainage des eaux pluviales dans la zone basse. La montée des eaux du lac entraîne plusieurs conséquences graves. Les inondations restent la principale cause des déplacements des populations. L’expert Hamdi Hached appelle à adopter un urbanisme résilient face à la montée des eaux, renforcer les infrastructures côtières, protéger et restaurer les zones humides comme barrières naturelles et accélérer la planification nationale d’adaptation au changement climatique.
Pour un concept de «ville éponge»
Ces projets visent non seulement à répondre aux besoins immédiats des populations touchées mais aussi à mettre en place des stratégies à long terme pour la gestion des ressources en eau et la prévention des catastrophes naturelles. Ils sont essentiels pour renforcer la résilience des communautés riveraines face aux impacts négatifs de la montée des eaux du lac. L’approche multisectorielle, multidisciplinaire, intégrée et coordonnée, ainsi que des efforts concertés sont indispensables pour réussir les projets d’adaptation et la résilience des communautés face aux inondations et à la montée d’eau. L’implication des communautés locales dans les projets d’adaptation autour du Lac de Tunis est aussi cruciale. Ces efforts de collaboration entre les partenaires au développement et les communautés locales sont essentiels pour créer des solutions durables et adaptées aux défis posés par les inondations et le changement climatique. D’ailleurs, la ville idéale, la ville de demain, qui sera en mesure de protéger ses habitants, ne s’oppose pas à l’eau, mais vivra avec, en l’incorporant. C’est le concept de «ville éponge» qui permet de rendre les villes plus résilientes face aux conséquences du réchauffement de la planète. Parc climatique, quartiers sur pilotis… plusieurs villes en Europe ont déjà développé des solutions face à la montée des eaux.
Kamel BOUAOUINA
