Le nouveau sélectionneur de l’équipe de Tunisie, Sabri Lamouchi, a affiché ses ambitions et sa détermination, hier lors de sa conférence de presse de présentation au siège de la Fédération Tunisienne de Football (FTF). Le technicien franco-tunisien de 54 ans a assuré vouloir «rendre sa fierté au peuple tunisien» et fait de cette mission «le plus grand défi» de sa carrière, mais aussi d’«homme».
Entre introspection, fermeté et ambition mesurée, il a essayé de poser les premières pierres d’un mandat qu’il veut utile, digne et fédérateur.
D’emblée, Sabri Lamouchi a tenu à planter le décor à travers un message clair, teinté d’émotion, pour un retour aux sources qu’il vit comme une «quête de sens» après une carrière de joueur et d’entraîneur bâtie, en majorité, en Europe : «L’homme qui est en face de vous est immensément fier d’être là, de représenter la Tunisie, le pays de mes parents, donc mon pays».
Abordant l’essentiel de sa mission à la tête de l’équipe de Tunisie, notamment la principale échéance en ligne de mire des Aigles de Carthage, en l’occurrence la prochaine Coupe du monde, Sabri Lamouchi se veut réaliste mais combatif. «Je ne vais pas vous raconter qu’on va gagner la Coupe du monde. Mais je veux que nos adversaires souffrent pour nous battre», a-t-il déclaré. Sans renier le jeu de possession, il prône pragmatisme et adaptabilité. Son credo : «Une identité adaptative, des systèmes hybrides et une exigence défensive».
Quant à ses ambitions en sélection, Sabri Lamouchi a fixé un cap, sans tomber dans le triomphalisme. «Mon objectif sera de faire en sorte que mes joueurs soient fiers de leur travail après chaque match et notamment le dernier», a-t-il lancé, se disant prêt à assumer le plus grand défi de sa carrière. «Je ne suis pas ici pour travailler, je suis ici pour rêver. Et je ne suis pas un rêveur», a tenu à préciser le technicien franco-tunisien.
Tout en refusant de promettre un second tour, il affirme, néanmoins, être preneur si l’opportunité d’une 3e place qualificative s’offre à la Tunisie, étant donné que le mondial 2026 se jouera avec 48 équipes et que les meilleurs troisièmes se qualifieront pour le deuxième tour.
Evoquant son projet avec l’équipe de Tunisie, Sabri Lamouchi ne s’interdit pas de rêver d’un bail prolongé. «Si je suis encore là dans deux ans, cela voudra dire qu’on a construit quelque chose.
«Je n’irai supplier personne pour venir jouer pour la Tunisie»
«Le contrat n’est pas une obsession et le plus intéressant, c’est le projet», a-t-il dit, assurant vouloir redonner du respect, du soutien et de l’amour à la sélection nationale.
Interrogé sur l’épineux dossier des binationaux, sujet devenu récurrent, l’ancien milieu de terrain a tranché en affirmant qu’il «n’ira supplier personne pour venir jouer pour la Tunisie».
«Je prendrai des joueurs qui apportent une valeur ajoutée», explique-t-il, tout en défendant la double culture comme un atout et l’histoire de la Tunisie. Selon lui, le principe fondamental à défendre est celui de n’en faire qu’un, plutôt que de s’éterniser à parler de binational et de local.
Concernant la préparation en prévision du Mondial, le technicien a reconnu être conscient du temps compté et du calendrier délicat. Il a, également, reconnu découvrir une partie de l’effectif et du championnat local. «Je ne connais pas parfaitement le football tunisien, ce serait prétentieux de le dire», affirme-t-il.
Il devra, toutefois, composer avec certaines contraintes pour venir à bout de sa préparation, laquelle sera ponctuée de quatre matchs amicaux contre respectivement, Haïti le 28 mars à Toronto, le Canada le 31 du même mois à Toronto, l’Autriche le 1er juin à Vienne et enfin, la Belgique le 6 juin à Bruxelles.
Entre le rassemblement à Tunis et le départ pour Toronto, le nouveau sélectionneur ne supervisera que deux séances d’entraînement avant le premier match. Sa tâche sera fort compliquée avec des joueurs éparpillés un peu partout et des temps de jeu inégaux en club pour ces derniers.
La priorité, selon lui, est celle d’aller voir les joueurs, instaurer un lien humain avant le technique. «Il faut que j’aille me présenter à eux, parler aux hommes avant les joueurs».
Outre les points inhérents à sa mission de sélectionneur, Sabri Lamouchi s’est exprimé au sujet de l’épisode de 1993 sur lequel il était très attendu. Lamouchi avait été écarté de la sélection sans jamais avoir sa chance. «On a beaucoup parlé de 93, mais un seul homme était là, et c’est moi», a-t-il lancé, avant de livrer sa vérité, sans amertume apparente : «Je n’ai aucun besoin de me justifier, encore moins de m’excuser». Une manière de tourner la page pour écrire, assure-t-il, un nouveau chapitre «propre et sincère».
