Par Mondher AFI
Le projet de loi n°15 de l’année 2026 relatif à la «sécurité nationale éducative» ne saurait être appréhendé à travers une lecture superficielle qui le réduirait à un simple dispositif normatif à visée répressive. Une telle interprétation manquerait la profondeur historique et stratégique du moment. Ce texte s’inscrit en réalité dans une transformation plus large du regard porté sur l’institution scolaire et, plus profondément encore, sur la nature même de la souveraineté dans les sociétés contemporaines.
À travers cette initiative, se dessine une conception renouvelée de l’école : non plus seulement comme un service public chargé de transmettre des connaissances, mais comme un espace structurant relevant directement de la sécurité globale de la nation. Il ne s’agit pas d’un glissement sémantique, mais d’une reconfiguration conceptuelle. L’école devient un pilier stratégique, un lieu où se jouent la continuité historique du pays, la formation de la conscience collective et la capacité de l’État à se projeter dans l’avenir.
Cette approche correspond à la vision défendue par le Président Kaïs Saïed, qui inscrit l’éducation au cœur du projet national. Loin d’être un secteur parmi d’autres, l’école est pensée comme l’infrastructure invisible de la souveraineté. Comprendre cette perspective exige d’analyser les mutations contemporaines qui fragilisent les institutions éducatives, ainsi que les implications stratégiques d’une telle refondation.
Toute société repose sur un ensemble de mécanismes qui assurent sa reproduction dans le temps. Parmi ces mécanismes, l’éducation occupe une place centrale. Elle ne transmet pas uniquement des savoirs techniques, elle transmet des valeurs, des normes, des représentations et une certaine conception du monde. Elle façonne les catégories mentales par lesquelles les individus perçoivent la réalité et s’inscrivent dans une collectivité.
Une conception stratégique de l’éducation
Considérer l’école comme un enjeu de sécurité nationale revient à reconnaître que la souveraineté contemporaine dépasse la dimension territoriale et institutionnelle. La souveraineté ne consiste plus seulement à contrôler des frontières ou à exercer un pouvoir juridique, elle implique la capacité d’une nation à maîtriser la production, la transmission et l’orientation du savoir.
Dans cette perspective, l’école constitue un espace stratégique parce qu’elle forme les citoyens, les cadres, les décideurs et les élites qui assureront la continuité de l’État. Elle façonne la qualité du capital humain, mais aussi la solidité du capital symbolique et moral. Une école affaiblie engendre inévitablement un État fragilisé. À l’inverse, une école forte produit une société cohérente, capable d’innovation, de résilience et d’autonomie.
La vision du Président Kaïs Saïed repose sur cette compréhension structurelle. Elle affirme que la reconstruction de l’État passe nécessairement par la reconstruction de l’institution éducative. L’école n’est pas périphérique, elle est centrale. Elle constitue le socle sur lequel reposent la stabilité politique, la cohésion sociale et la compétitivité économique.
Les nouvelles menaces : une atteinte aux fondements de la continuité nationale
La nécessité d’introduire la notion de «sécurité nationale éducative» s’explique par la transformation profonde des menaces contemporaines. Celles-ci ne prennent plus uniquement la forme d’agressions extérieures ou de conflits ouverts.
Le milieu scolaire est devenu l’un des terrains privilégiés de ces vulnérabilités. La diffusion des stupéfiants aux abords des établissements, la montée des violences physiques et symboliques, les phénomènes de harcèlement, l’exploitation des mineurs via les réseaux numériques ou encore les tentatives de recrutement par des réseaux criminels constituent autant de signes d’une fragilisation préoccupante.
Ces phénomènes ne doivent pas être interprétés comme de simples déviations individuelles. Ils représentent des atteintes systémiques à la capacité de la société à assurer sa reproduction harmonieuse. En visant les élèves, c’est-à-dire la génération appelée à porter l’avenir du pays, ces menaces affectent le cœur même du processus de continuité nationale.
Au-delà des menaces physiques, l’école est confrontée à une transformation plus profonde, celle des modes de production et de circulation du savoir. L’accélération technologique et la généralisation du numérique ont profondément modifié l’environnement cognitif des élèves.
L’institution scolaire n’est plus le seul lieu légitime de transmission des connaissances. Les jeunes générations sont exposées à une multiplicité de sources d’information, souvent non hiérarchisées, parfois manipulatoires et fréquemment déconnectées des cadres pédagogiques traditionnels. Cette décentralisation cognitive fragilise l’autorité symbolique de l’école.
Dans ce contexte, la mission de l’institution éducative devient plus complexe. Elle ne peut plus se contenter de transmettre un savoir stabilisé. Elle doit apprendre à structurer la pensée critique, à hiérarchiser l’information et à développer la capacité de discernement.
La notion de «sécurité nationale éducative» prend ici une dimension nouvelle. Elle ne se limite pas à la protection physique des établissements, elle inclut la protection de la fonction intellectuelle de l’école. Protéger l’école signifie lui permettre de redevenir un espace de médiation critique, capable d’organiser le savoir et de former des esprits autonomes.
La vision du Président Kaïs Saïed s’inscrit dans cette logique. Elle affirme que la souveraineté contemporaine dépend largement de la maîtrise des ressources cognitives. Une nation qui perd le contrôle de ses processus éducatifs devient dépendante des modèles et des influences extérieures. La souveraineté éducative devient ainsi une condition de l’autonomie nationale.
Restaurer la légitimité de l’école
Il serait profondément réducteur de circonscrire la notion de «sécurité nationale éducative» à une simple logique de surveillance ou de contrôle, comme si elle se limitait à l’édification de dispositifs coercitifs destinés à encadrer les comportements des élèves. Une telle lecture étroite risquerait non seulement d’appauvrir le sens même de l’éducation, mais aussi d’affaiblir l’institution en transformant l’école en espace de contrainte plutôt qu’en espace de formation, de réflexion et de construction intellectuelle. La véritable approche, telle qu’elle est conceptualisée dans la vision stratégique du Président Kaïs Saïed, dépasse cette réduction. Elle s’inscrit dans une articulation subtile et méthodique entre protection et refondation institutionnelle. La sécurité ne constitue pas une fin en soi, mais représente la condition préalable indispensable à la restauration de la mission éducative dans sa pleine profondeur, celle de former des citoyens autonomes, responsables et capables de participer activement à la vie nationale.
Assurer la sécurité de l’école implique nécessairement de restaurer sa légitimité intellectuelle et morale. Cela suppose une revalorisation du rôle des enseignants, piliers de la transmission du savoir et de la culture civique, ainsi qu’une stabilisation cohérente des orientations pédagogiques, accompagnée d’une reconstruction de la confiance entre l’institution éducative et la société dans son ensemble. La force de l’école ne réside pas uniquement dans la mise en place de mesures de protection physique ou administrative, mais dans sa capacité à incarner une autorité symbolique légitime et reconnue, qui s’établit non par la coercition, mais par la qualité du processus d’enseignement, la cohérence et la clarté des programmes et la solidité du projet éducatif.
La vision présidentielle se distingue par cette compréhension holistique et prospective. Elle dépasse le traitement des symptômes pour s’attaquer aux causes structurelles de la fragilisation de l’école. Elle reconnaît que la crise éducative contemporaine n’est pas seulement une crise de sécurité ou de discipline, mais avant tout une crise de sens, où l’affaiblissement de l’autorité symbolique et la fragmentation des repères pédagogiques compromettent la continuité de la formation des générations futures et, par extension, la résilience et la souveraineté nationale.
L’éducation, pilier invisible de la souveraineté nationale et horizon stratégique de la Tunisie
Considérer l’éducation comme une simple politique publique sectorielle relève d’une lecture réductrice des enjeux contemporains. La notion de «sécurité nationale éducative» permet au contraire d’opérer un déplacement conceptuel majeur : elle affirme que l’éducation constitue l’infrastructure invisible de la puissance nationale, le socle cognitif sur lequel reposent la stabilité, la prospérité et l’autonomie d’un État. Cette infrastructure, bien qu’immatérielle, structure en profondeur les dynamiques sociales, économiques et politiques. Elle façonne les dispositions intellectuelles des citoyens, organise les conditions de production du savoir et détermine la capacité collective d’une société à interpréter le monde et à y agir avec discernement.
D’un point de vue sociologique, l’éducation représente le principal mécanisme de constitution du capital cognitif national. Elle ne transmet pas uniquement des contenus académiques, elle produit des cadres mentaux, des compétences critiques, des capacités d’innovation et des dispositions éthiques qui conditionnent la qualité de la vie publique. Elle forme les élites administratives, scientifiques et économiques, elle structure la culture civique et consolide le sentiment d’appartenance collective. En ce sens, elle agit comme une matrice de long terme qui oriente la trajectoire historique d’une nation.
Les expériences internationales démontrent que les États ayant assuré leur stabilité et leur rayonnement ont toujours placé l’éducation au cœur de leur stratégie. La puissance contemporaine ne se mesure plus seulement en termes de ressources naturelles ou de capacités militaires, mais en termes de maîtrise des savoirs, d’autonomie scientifique et de capacité d’innovation. Une nation qui dépend intellectuellement d’autres systèmes éducatifs ou scientifiques affaiblit progressivement sa souveraineté décisionnelle et son autonomie stratégique.
C’est dans cette perspective structurante que s’inscrit la vision du Président Kaïs Saïed. Sa lecture des enjeux éducatifs dépasse les approches conjoncturelles ou strictement techniques. Elle repose sur une compréhension globale du rôle central de l’école dans la reconstruction de l’État et dans la consolidation de la souveraineté nationale. En réinscrivant l’éducation au cœur du projet national, cette vision opère une rupture intellectuelle significative : elle affirme que la refondation institutionnelle de la Tunisie passe nécessairement par la consolidation de son infrastructure cognitive.
La profondeur de cette approche réside également dans sa temporalité. L’investissement éducatif ne produit pas d’effets spectaculaires immédiats, il agit dans la durée, en façonnant progressivement la qualité du capital humain et la cohérence institutionnelle. Il prépare les générations futures à affronter des environnements marqués par l’incertitude technologique, les mutations géopolitiques et les recompositions économiques. Cette perspective de long terme confère à la «sécurité nationale éducative» une dimension stratégique et prospective.
La sécurisation du système éducatif ne constitue nullement une fermeture intellectuelle, elle représente au contraire une condition structurelle de l’ouverture maîtrisée et du développement de l’autonomie cognitive. Une institution stabilisée assure la continuité de la transmission du savoir, préserve son autorité symbolique et forme des esprits critiques et responsables. Dans le contexte tunisien, cette vision, portée avec détermination par le Président Kaïs Saïed, renforce le capital cognitif national, favorise l’émergence d’élites éducatives éclairées et réinscrit l’école comme matrice centrale de souveraineté et de résilience nationale.
