Le jeûne lors du mois saint occupe une place centrale dans la vie religieuse de nombreux Tunisiens. Il représente un moment de foi, de discipline et de purification intérieure. Pourtant, au-delà de sa dimension spirituelle, il constitue également une épreuve physique pour l’organisme. S’abstenir de manger et de boire pendant de longues heures modifie l’équilibre du corps, ce qui peut devenir problématique pour certaines catégories de personnes.
À l’occasion du mois de Ramadan, le bureau de l’Organisation mondiale de la santé en Tunisie a lancé un appel de prévention destiné notamment aux personnes atteintes de diabète de type 2 souhaitant observer le jeûne. L’institution recommande fortement de consulter un médecin avant le début du mois afin d’adapter le traitement et d’éviter les complications. Cette recommandation dépasse toutefois le seul cadre du diabète : elle rappelle une réalité essentielle, à savoir que le jeûne n’est pas sans risque pour tous.
Le cas particulier du diabète
Le diabète fait partie des maladies les plus sensibles durant Ramadan. L’absence prolongée d’alimentation et d’hydratation peut provoquer des variations importantes du taux de sucre dans le sang. Selon les spécialistes, un patient diabétique doit impérativement ajuster ses doses d’insuline ou de médicaments, ainsi que leurs horaires de prise. Les autorités sanitaires soulignent que certaines situations nécessitent d’interrompre immédiatement le jeûne : une glycémie trop basse, une glycémie très élevée ou l’apparition de symptômes inhabituels comme vertiges, malaise, tremblements ou signes de déshydratation. Dans ces cas, continuer à jeûner peut exposer la personne à des complications graves.
L’OMS insiste également sur la surveillance régulière du taux de glycémie durant tout le mois. Le contrôle n’est pas une option mais une condition de sécurité. Le message est clair : le jeûne doit être adapté à l’état de santé, et non l’inverse.
D’autres malades également concernés
Si le diabète est souvent évoqué, il n’est pas le seul cas. De nombreuses pathologies rendent le jeûne risqué. Les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, d’insuffisance rénale, d’ulcères digestifs, d’hypertension sévère ou encore celles suivant des traitements médicamenteux réguliers doivent faire preuve d’une vigilance particulière. Certaines prises de médicaments nécessitent des horaires précis ou une hydratation régulière. Les modifier brutalement peut réduire l’efficacité du traitement ou aggraver la maladie. Chez les personnes âgées, le risque de déshydratation est également plus élevé, surtout lorsque les journées de jeûne restent longues. Dans ces situations, le danger ne vient pas du jeûne en lui-même, mais de son incompatibilité avec l’état de santé du patient.
Une question souvent sociale et psychologique
Malgré les recommandations médicales, beaucoup de malades choisissent de jeûner. La pression sociale et le sentiment religieux jouent un rôle important. Certaines personnes ressentent une culpabilité à l’idée de ne pas observer le jeûne, même lorsque leur état de santé l’exige. Or, les médecins rappellent qu’il ne s’agit pas d’une question de volonté mais de capacité physique. Le jeûne demande un organisme capable de supporter plusieurs heures sans apport hydrique ni énergétique. Lorsqu’un risque médical existe, persister peut entraîner des hospitalisations évitables. Le problème apparaît régulièrement dans les services d’urgence, où des patients consultent pour malaise, déshydratation sévère ou déséquilibre glycémique pendant Ramadan.
Le message des professionnels de santé est constant : protéger sa vie reste prioritaire. Le mois saint n’a jamais eu pour objectif de mettre les fidèles en danger. Au contraire, il repose sur un principe d’équilibre et de préservation du corps. Consulter son médecin avant de jeûner, adapter ses habitudes alimentaires à l’Iftar et au Shour, boire suffisamment durant la nuit et surveiller les signes de fatigue excessive sont des gestes simples mais essentiels. En cas de malaise, rompre le jeûne n’est pas un échec, mais une précaution nécessaire.
Un mois de spiritualité, pas de mise en danger
Le jeûne reste une pratique spirituelle profonde, mais elle suppose des conditions physiques compatibles. Les personnes malades disposent d’alternatives reconnues pour accomplir leur devoir religieux sans compromettre leur santé. Ainsi, le Ramadan doit être vécu comme un temps d’élévation et non comme une épreuve médicale. La foi ne se mesure pas à la souffrance ni au risque encouru. Elle repose aussi sur la responsabilité envers soi-même.
En définitive, le rappel des autorités sanitaires vise à instaurer une culture de prévention. Observer le jeûne est une démarche personnelle et spirituelle, mais elle doit s’accompagner de prudence. Car préserver sa santé, c’est aussi respecter le sens profond du mois saint : équilibre, sagesse et protection de la vie.
Leila SELMI
