Les chiffres sont effrayants et appellent à agir vite pour inverser la tendance. Les Tunisiens, grands amateurs de sucreries, sont de plus en plus exposés aux maladies qui en résultent, notamment le diabète (1 et 2), et les statistiques donnent froid au dos et risquent d’empirer si on ne change pas de manière à consommer les sucres…
Selon de récentes statistiques, Un Tunisien sur cinq serait diabétique, pour ne pas dire plus. Avec un inquiétant changement des habitudes alimentaires, ces chiffres risquent même de grimper et de laisser cette pathologie, très pesante sur la santé et les activités quotidiennes du citoyen, gagner du terrain.
C’est que les Tunisiens «adorent» les sucreries et on a eu l’occasion de le constater lorsque la pénurie du sucre a créé des situations et des pratiques très particulières avec de longues files pour mettre la main sur un kilogramme de sucre, considéré, alors, comme une manne du ciel.
A ce propos, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soucieuse de contrecarrer la prolifération de la maladie du diabète à travers le monde, recommande une consommation maximale de 25 grammes de sucre par adulte. Qu’en est-il en Tunisie ? Les Tunisiens en mangent en moyenne, tenez-vous bien, 15 kilos par an, soit 40 grammes par jour alors que certains spécialistes insistent sur le fait que cette moyenne est déjà dépassée.
Ce taux élevé de consommation ne passe pas sans faire de dégâts et notre pays est parmi ceux qui comptent un grand nombre de malades atteints de diabète, faisant de cette maladie l’une des plus répandues dans nos contrées. D’ailleurs, en Afrique du Nord, seule l’Égypte a un taux de prévalence plus élevé que la Tunisie.
Les études disponibles n’indiquent pas les mêmes données sur le nombre de diabétiques dans le pays. Certaines sources mentionnent 10% de malades, tandis qu’une étude réalisée par l’Institut national de santé publique remontant à 2016 et publiée en 2020 indique plutôt 15%. D’autres analyses plus récentes et plus fiables parlent d’un taux proche de 20%. De nombreux patients ne seraient par ailleurs pas diagnostiqués, s’agissant d’une maladie silencieuse souvent diagnostiquée lors de contrôles routiniers de santé.
Dr Ibtissem Ben Nacef, professeure d’endocrinologie et de diabétologie à l’hôpital Charles-Nicolle et membre de la Société tunisienne d’endocrinologie et de diabète, va encore plus loin en matière de chiffres. Elle a mis en garde contre la hausse alarmante des maladies chroniques en Tunisie où le taux a atteint des proportions plus qu’inquiétantes. Selon elle, les chiffres sont devenus «effrayants» et placent le pays face à un véritable défi sanitaire, révélant qu’un Tunisien sur quatre est aujourd’hui atteint de diabète.
Dans tous les cas, la tendance est à la hausse. Le rapport de l’Institut national de santé publique souligne que la maladie a enregistré une augmentation préoccupante au cours des trois dernières décennies.
Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que la moitié des personnes concernées ignorait son état, faisant du diabète l’une des plus dangereuses des maladies dites silencieuses puisqu’elle évolue sans laisser apparaître des symptômes. Pourtant, le diabète constitue la première cause d’insuffisance rénale et de cécité et est associé à une augmentation de la mortalité précoce.
Une «autoroute» vers des maladies encore plus graves
Une autre spécialiste est intervenue, ces derniers jours, pour tirer encore plus la sonnette d’alarme. Il s’agit du Dr Jalila Elati, chef de service auprès de l’Institut national de nutrition et de technologie alimentaire, spécialisée dans la recherche sur le diabète et l’obésité. Et elle n’a pas mâché ses mots face à cette effrayante situation : «Les chiffres dont nous disposons sont hallucinants. Nous faisons partie des pays les plus touchés par les taux de surpoids et de sédentarité par rapport au nombre d’habitants, les deux principaux facteurs de risque, combinés à la malnutrition».
Toujours d’après l’Institut national de santé publique, à peine plus d’un malade sur deux serait diagnostiqué. Ainsi, même si 91,8% de ces patients étaient pris en charge, la proportion totale de diabétiques suivant un traitement ou un régime alimentaire particulier en Tunisie ne serait que de 49,4%.
La peur et l’inquiétude exprimées par ces spécialistes ne sont pas sans raison. Le diabète cause de nombreuses victimes en Tunisie. Cette pathologie, ainsi que les maladies cérébro-vasculaires, souvent dues aux complications liées au diabète, représentent les première et deuxième causes de mortalité rapportées par l’Institut national de la santé.
Selon les données de la Société tunisienne d’endocrinologie diabète et maladies métaboliques (Stediam), «plus de 41% des diabétiques entre 50 et 69 ans souffrent d’une maladie cardiovasculaire» nécessitant une prise en charge.
Que faire pour changer ces nouvelles habitudes de nutrition ? Un régime moins sucré en Tunisie se concentre sur l’élimination des sucres ajoutés et la réduction des féculents raffinés, en favorisant les produits locaux comme l’huile d’olive, les légumes frais, les protéines (poissons, volailles) et les fruits à faible indice glycémique. Or, avec la hausse vertigineuse des prix, ces produits peu sucrés ne sont pas à la portée de tout le monde et il est moins coûteux d’acheter des aliments à fort dosage en sucre puisqu’une importante frange de citoyens n’a pas les moyens de consommer quotidiennement les viandes, les poissons et les fruits conseillés.
Il s’agit, dès lors, d’un difficile équilibre sanitaire et financier à trouver, quoiqu’il ne soit pas à la portée de tout le monde, surtout si cette fièvre de prix des produits alimentaires continue à faire des ravages…
Kamel ZAIEM
