Il paraît qu’il y a fête, avant-fête et après-fête chez nous. Si la loi donne droit à un repos le jour de fête, certains fonctionnaires se permettent de grignoter quelques heures de repos du jour qui précède et de celui qui suit le congé accordé par la loi, soit en quittant le lieu de travail la veille de la fête avant quelques heures de l’heure légale, soit en regagnant leur poste en retardant de quelques heures ou même d’un jour ou plus après la reprise du travail, une fois la fête terminée.
En effet, pour la fête de l’Aïd qu’on vient de célébrer, deux jours de congé sont accordés aux fonctionnaires, soit vendredi 20 et samedi 21 mars, sans compter le dimanche. La reprise du travail a été fixée pour le lundi 23 mars. Or, certains fonctionnaires ont quitté le lieu du travail la veille ou l’avant-veille de l’Aïd, sous prétexte qu’ils doivent prendre le train ou le car pour se rendre au «bled» avant l’encombrement provoqué dans le transport à chaque fête, et d’autres employés ne reviendront à leur lieu de travail que le mardi ou le mercredi et peut-être plus tard.
L’absence de ces fonctionnaires ou de ces employés pendant le(s) jour(s) précédant ou suivant la fête peut occasionner des problèmes aux citoyens qui se retrouvent ainsi dans l’embarras, ne pouvant pas accéder à un quelconque service administratif ou dans l’obligation de rater un rendez-vous important avec l’un des responsables qui se sont permis d’étendre leur congé. En principe, un fonctionnaire doit partir à l’heure fixée par l’administration à laquelle il appartient, sachant que la veille de la fête n’est pas encore la fête : quitter son travail sous prétexte de pouvoir rentrer un peu tôt au bled ou d’aller faire du shopping pour achever les préparatifs de la fête, ce n’est pas là une bonne excuse ! Il n’est pas rare de voir dans nos administrations publiques, juste à la veille ou au lendemain de l’Aïd, des bureaux ou des guichets vides pour la simple raison que certains fonctionnaires sont absents, quand bien même leur présence serait d’un grand intérêt pour les citoyens qui auraient besoin d’un service particulier, rapide ou urgent. Dans ce cas de figure, le citoyen est obligé de revenir plus tard pour être servi. Le congé accordé à l’occasion des fêtes (religieuses ou nationales) est devenu extensible chez certains fonctionnaires. Et dire que cette pratique illégale est fréquente surtout pendant le congé de l’Aïd qui peut s’étendre chez certains jusqu’à une semaine ou plus, quitte à présenter un certificat médical le jour de son retour.
Le 31 décembre dernier, la veille du jour de l’an, un citoyen, N. C., s’est présenté vers 15 h15 à un bureau des ponts et chaussées pour le renouvellement de son permis de conduire déjà périmé. Mais à sa grande surprise, tous les guichets étaient déjà fermés. Un agent de sécurité qui montait la garde l’informa sèchement que tous les agents étaient déjà partis. En effet, l’administration était déserte, tous les fonctionnaires étaient rentrés avant l’heure légale, qui pour aller chez le coiffeur, qui pour faire des courses, qui pour prendre la route vers l’hôtel où il allait passer le réveillon… Notre homme, qui croyait agir en bon citoyen en venant renouveler son permis de conduire, ne put qu’obtempérer à la dure réalité.
Des habitudes gênantes
Voici une autre mésaventure vécue par le citoyen A.T., au lendemain de la fête du Jour de l’An, quand il s’est présenté vers 9 heures au bureau d’un expert en automobiles pour effectuer un constat sur les dommages subis suite à un accident après avoir fixé un rendez-vous auparavant. Mais il trouva la secrétaire qui lui annonça que son patron n’était pas encore rentré de sa ville natale où il était allé fêter le jour de l’an et qu’il serait là incessamment ! Sans donner l’heure exacte… Notre citoyen s’est alors mis dans tous ses états, étant donné qu’il avait encore un autre rendez-vous très important avec son banquier et qu’il ne voulait pas rater. Mais il a dû enfin téléphoner à son banquier pour reporter l’entrevue.
Concernant toujours cette tendance à étendre la durée de la fête dans nos administrations, certains fonctionnaires s’accordent souvent une journée ou une demi-journée supplémentaire de repos, surtout quand le jour férié tombe un samedi ou un dimanche ; on risque de ne pas les voir le lundi dans leurs bureaux, s’étant octroyé encore un ou deux jours supplémentaires de repos ! Si le jour férié tombe un mardi, il est très fréquent de s’accorder un pont entre dimanche et mardi pour jouir d’un congé de trois jours de suite. Les usagers de l’administration se voient ainsi incapables d’être servis à temps parce que le responsable de leurs dossiers est encore en fête, quand bien même ces dossiers pourraient être très urgents. On doit donc revenir plus tard, à moins que ce jour ne soit pas encore chômé par ce responsable «consciencieux» ! Cet absentéisme illégal, remarqué à l’occasion des fêtes religieuses ou nationales, est de nature à compromettre gravement les intérêts des citoyens à qui un retard de paiement ou un dossier non remis à temps peut porter préjudice.
Non-respect des délais fixés
Par ailleurs, ces congés accordés à l’occasion des fêtes ont tendance à s’étendre outre mesure chez certains prestataires de services ou certains artisans de profession libérale, comme les maçons, les plombiers, les peintres, les électriciens, les menuisiers, bref tous ceux qui interviennent dans le domaine du bâtiment et qui constituent une «race» à part. Ils ne respectent jamais les délais fixés d’avance. Comme la plupart viennent de loin, ils doivent rentrer au bled à l’occasion des fêtes (essentiellement l’Aïd Esseghir et l’Aïd El kébir). On dirait qu’ils n’ont pas la notion du temps : un maçon ou un entrepreneur en bâtiment, pour ne prendre qu’un seul exemple, rentre en principe pour une semaine mais ne revient qu’après un mois et peut-être plus, peu importe s’il laisse derrière lui un chantier inachevé ou à peine commencé ! Le propriétaire est ainsi victime de ce retard qui peut engendrer des problèmes sérieux. Le délai accordé par le permis de construire pourrait ne pas être respecté, le non-achèvement d’une étape dans les travaux peut provoquer un retard dans le versement d’une deuxième ou troisième tranche du crédit accordé par la banque, la hausse des prix de certains matériaux de construction pourrait survenir à tout moment et d’autres problèmes peuvent surgir pendant le congé extensible que le maçon et ses ouvriers se sont accordé de plein gré sans jamais se soucier des conséquences de leur acte. Malheureusement, certains citoyens ignorent encore que le temps, c’est de l’argent et que temps de travail et temps de repos ne riment pas.
Hechmi KHALLADI
