Le trouble bipolaire est une maladie psychique chronique responsable de dérèglements de l’humeur avec le plus souvent une alternance d’états d’exaltation et de dépression. Favorisée par des facteurs biologiques et génétiques, cette maladie apparaît le plus souvent chez l’adulte jeune. La Tunisie a célébré hier la Journée mondiale des troubles bipolaires qui a été lancée en 2015 à l’initiative de l’ «International Bipolar Foundation», afin de porter une mobilisation internationale autour du trouble bipolaire.
Mieux soutenir les personnes concernées, informer le grand public et faire reculer la méconnaissance d’une maladie qui est une maladie comme les autres, tels sont les objectifs de cette manifestation médicale. Le trouble bipolaire fait partie des troubles de l’humeur. Mais cela veut dire quoi être bipolaire ? Comment distinguer ce trouble de la dépression ? Comment le traiter ? Comment vivre avec cette maladie psychique ?
Dr Riadh Bouzid, professeur en psychiatrie, souligne : «Le trouble bipolaire est un trouble psychiatrique qui se caractérise par des sautes d’humeur entre des épisodes maniaques et des épisodes dépressifs. Il débute le plus souvent précocement, parfois à l’adolescence mais le plus souvent, au début de la vie adulte (entre 15 et 25 ans le plus souvent). Cependant, il peut aussi apparaître chez des personnes de plus de 60 ans. Par ailleurs, hommes et femmes sont touchés dans les mêmes proportions. Toutefois, le trouble bipolaire débute plus souvent par un épisode dépressif chez les femmes et par un épisode maniaque chez les hommes. Il existe deux types de troubles bipolaires : le type 1, caractérisé par des phases de manie suivies de dépression, et le type 2, où les épisodes d’hypomanie présentent des symptômes maniaques moins intenses et moins durables (au moins quatre jours) associés à des phases dépressives. Les symptômes de la maladie peuvent varier selon le type de trouble bipolaire et la gravité de la maladie. Les symptômes les plus communs sont des changements soudains et marqués d’humeur ou d’énergie, une diminution de l’intérêt pour des activités quotidiennes et une incapacité à contrôler les pensées et les comportements. Les symptômes peuvent inclure une irritabilité excessive, une dépression profonde, des idées suicidaires, une agitation, une diminution de la concentration, une hypersomnie ou une insomnie, une perte d’appétit, des sautes d’humeur fréquentes et des sautes d’humeur soudaines».
Quelle prise en charge pour le trouble bipolaire?
L’origine de la maniaco-dépression est très certainement liée à la génétique. Il existe une forte prédisposition familiale qui se traduit par une vulnérabilité de l’humeur et une incapacité à réguler ses émotions. Cette prédisposition semble déterminée par un ensemble de gènes dont l’influence reste à éclaircir. Les facteurs environnementaux, tels que des traumatismes, des conflits familiaux, des événements stressants ou des perturbations sociales, peuvent également déclencher l’apparition de la maladie chez des individus prédisposés. Dr Bouzid insiste sur le dépistage précoce pour améliorer le pronostic. «En général, les personnes souffrant d’un trouble bipolaire consultent un médecin lorsqu’elles se trouvent dans une phase dépressive. Grâce à la psychiatrie de précision, qui combine données biologiques, cliniques et environnementales, il sera possible de mieux anticiper l’évolution de la maladie et d’adapter les traitements et le suivi à chaque personne. La collaboration entre le médecin traitant et le psychiatre est primordiale à chaque étape. Il est également conseillé d’associer les proches au moment du diagnostic comme lors du suivi, ainsi que les autres professionnels de santé en contact avec le patient», explique-t-il.
A propos de la prise en charge, Dr Bouzid précise que «le traitement des troubles bipolaires repose avant tout sur la prise de médicaments. Les thymorégulateurs sont les médicaments de référence dans le traitement de cette maladie. En parallèle des médicaments, une prise en charge psychothérapeutique est fortement recommandée. La psychothérapie cognitivo-comportementale (TCC) est l’une des approches les plus utilisées. Elle aide les personnes touchées à mieux comprendre leur maladie, à identifier les signes annonciateurs d’un épisode maniaque ou dépressif et à adopter des stratégies pour mieux gérer ces épisodes. Le soutien des proches est également essentiel dans le cadre de la gestion de la maladie, car ils jouent un rôle important dans l’accompagnement quotidien des personnes affectées par ce trouble. Tout, cependant, n’est pas toujours noir. La vie avec une personne bipolaire n’est pas forcément un accompagnement pénible. La plupart des personnes atteintes du trouble bipolaire vivent très bien grâce à un traitement équilibré et continu sur le long terme. La plupart du temps, elles peuvent mener une vie normale. L’objectif d’une prise en charge qui marche, c’est de mettre en place un traitement équilibré pour que le patient ait une vie normale. Dans l’histoire de la pathobiographie, on cite le plus souvent Nietzsche, Napoléon, Winston Churchill, Lincoln, Goethe, Hemingway, Robert Schumann et Van Gogh comme des bipolaires, mais vu les difficultés de diagnostic, il n’est pas possible d’être affirmatif, du moins pour nombre de ces personnalités».
Kamel BOUAOUINA
