N’en disconvenons pas ! Plus de 90% des habitants des appartements, aussi bien dans les quartiers populaires que huppés, qu’ils soient locataires ou propriétaires, n’entretiennent pas des liens étroits d’entraide et d’amitié, chacun semblant prendre soin de lui-même. Pourtant, il est essentiel de respecter les règles de copropriété ou de colocation, de faire preuve de tolérance et d’être courtois pour maintenir une bonne ambiance et éviter les conflits entre voisins.
Le bon voisinage repose donc sur le respect mutuel et la courtoisie entre voisins. La communication et l’acceptation des différences contribuent également à des relations harmonieuses. Le respect est fondamental pour établir un climat de confiance et de coopération.
De nos jours, on a l’air de s’approcher de plus en plus de l’adage «Chacun pour soi», cette expression qui décrit bien cette situation dans laquelle les gens ne s’entraident pas et chacun semble prendre soin de lui-même. Mais ce qui est pire, c’est qu’on se permet de se comparer, de se zieuter, de se guetter, de s’épier et chacun semble obsédé par cette idée de se voir tout le temps «espionné» par les voisins, curieux de savoir le moindre détail sur la vie des autres. La curiosité en tant que telle est une qualité, tant qu’elle permet de découvrir des choses utiles à notre formation ou à notre vie. Mais la curiosité devient un vilain défaut quand elle consiste à guetter, à espionner les autres pour le seul plaisir de dévoiler leurs secrets ou leurs affaires personnelles. Ce désir de tout savoir sur les autres jusqu’aux moindres détails fait partie de notre vie quotidienne et devient une manie, voire une maladie que certains appellent «espionnite» à l’instar des autres maladies qui se terminent par le suffixe «ite».
L’«espionnage» des voisins, ça devient une manie
Dans les escaliers, à l’ascenseur, au balcon, au parking, sur le palier et jusqu’à dans ta propre voiture, vous n’échapperez jamais à l’espionnage des voisins qui habitent le même immeuble que vous. C’est que les yeux se braquent sur tout ce qui bouge et les oreilles se dressent pour enregistrer les propos des autres. Un voisin est minutieusement toisé de bas en haut, bien étudié, bien analysé par d’autres voisins sans vergogne. Un couple récemment marié est décortiqué en profondeur, bien examiné par des voisines médisantes ; même une femme enceinte n’est pas épargnée, ses mois de grossesse sont calculés et même le sexe de l’embryon est déterminé par d’autres voisines amatrices d’espionnage.
Dans les immeubles, il y a toujours ces voisins curieux et indiscrets qui font passer tout le monde au peigne fin, soit à travers l’œil magique fixé aux portes, soit à partir du balcon, soit par derrière les rideaux, soit en appliquant l’oreille contre les cloisons des appartements, assez minces pour filtrer les discussions même les plus intimes des habitants. «Il y a toujours quelqu’un installé au balcon ou derrière le rideau en train de guetter les gens, nous a confié un jour un habitant, c’est peut-être une distraction pour eux, n’ayant pas d’autre occupation ; ils se mettent alors à épier les autres, mais ils ignorent peut-être qu’eux-mêmes sont guettés à leur tour !» Un autre colocataire dans un immeuble nous déclara un jour : «Epier les gens, ce n’est pas un phénomène nouveau. Ça existe depuis des siècles. Mais, quand on se sert de la technologie moderne pour épier ses voisins, ça devient plus grave ! Combien de fois j’ai surpris des enfants en train de filmer en cachette les allées et venues des voisins avec leur portable ! Alors, là, c’est le comble de l’espionnage !
C’est que ces voisins atteints d’«espionnite» n’ont pratiquement rien à faire, sinon s’occuper des autres : ils souhaitent découvrir tout sur la vie des autres, ce qu’ils font, ce qu’ils mangent, ce qu’ils pensent, ce qui va et ce qui ne va pas chez eux. Ils désirent connaître leurs projets d’avenir, leurs moments de joie ou de tristesse. Pour ce faire, ils ne se contentent pas de guetter de loin, mais osent aborder les gens et s’immiscent dans leurs affaires en simulant un motif quelconque afin d’arriver à leur but.
Manque de confiance et méfiance entre les voisins
L’espionnage des voisins existe partout dans le monde et depuis de longues dates, depuis que l’homme vit en communauté : dans les quartiers populaires, tous les gens se connaissent et personne n’ose cacher le moindre détail sur ses voisins, étant donné la contigüité des maisons et la vie dans la promiscuité. Avec l’apparition des grandes cités où les logements sont bâtis sous forme d’immeubles, le phénomène s’est exacerbé, du fait que ces agglomérations rassemblent des habitants venus d’horizons différents et ayant des habitudes variées, à tel point que les voisins d’un même immeuble ne communiquent pas assez ou peut-être jamais. C’est pourquoi il y a toujours, en ces lieux, une tendance à se découvrir les uns les autres. Parmi les habitants d’un même immeuble, il y a toujours cette vieille dame indiscrète ou ce monsieur trop curieux qui se met à fourrer le nez quelque part dans les affaires des autres, histoire de mieux les connaître même à distance. C’est peut-être le manque de communication et la méfiance entre les habitants du même immeuble qui ont créé chez certains le besoin de les épier, en usant de tous les moyens disponibles. Mais quand cette curiosité de tout savoir sur les autres devient provocante et nuisible, c’est-à-dire dépassant les limites de la discrétion et du bon voisinage, il s’agit alors d’un cas pathologique qu’il faut soigner.
Hechmi KHALLADI
