Le tourisme tunisien évolue : les voyageurs cherchent l’authenticité, le slow tourisme, les circuits courts. Nos hébergements alternatifs (maisons d’hôtes, gîtes, campements, hôtels de charme, tables d’hôtes…) sont un vivier unique d’expériences locales (gastronomie, artisanat, patrimoine). Mais il manque un lien direct avec les agences réceptives pour co-créer les circuits de demain.
C’est dans ce cadre que la Fédération interprofessionnelle du tourisme tunisien a organisé une rencontre B to B, mardi 31 mars, réunissant les promoteurs du tourisme alternatif et les agences de voyages. L’objectif, comme l’a précisé Houssem Azouz, est de réseauter et se découvrir entre acteurs du tourisme durable, de présenter les nouvelles offres et expériences des maisons d’hôtes, d’identifier les besoins des agences, de co-construire des circuits thématiques régionaux et d’amorcer une stratégie collective «Tunisie expérientielle». Dans un contexte mondial marqué par les crises climatiques, sanitaires, économiques et géopolitiques, le tourisme se trouve à un tournant majeur. Acteur central du développement territorial, levier d’échanges culturels et moteur d’économies locales, il montre la nécessité urgente de construire des modèles responsables et durables. L’enjeu est de repenser les pratiques touristiques pour qu’elles préservent les ressources naturelles, favorisent la participation des communautés locales et mettent pleinement en valeur les patrimoines culturels matériels et immatériels et comme l’a souligné Amel Djaït, experte en tourisme alternatif, «nos circuits ont 30 ans, nos voyageurs ont changé. Et nous ? Nous avons la matière première (maisons d’hôtes, terroirs, savoir-faire). Ce qui bloque : coordination, packaging, innovation collective. C’est pourquoi nous devons restructurer l’offre alternative pour l’intégrer durablement dans les circuits de distribution traditionnels. La création d’un lieu authentique et convivial est une nécessité pour emmener le voyageur à la découverte de sensations nouvelles dans un cadre rassurant. Je suis profondément convaincue que voyager, ce n’est pas seulement voir, photographier et poster sur les réseaux». «Voyager est aussi une émotion. Justement, le slow tourisme remet au goût du jour la valeur émotionnelle de la découverte», explique-t-elle.
Le cahier des charges : outil de restructuration indispensable
La Tunisie ne manque pas d’atouts qui lui permettent de faire du tourisme alternatif un véritable moteur de développement régional et d’attirer une clientèle touristique férue de culture et tournée vers la nature et l’authenticité. Elle compte plus de 2.236 hébergements alternatifs. Mais seulement 124 ont été officiellement autorisés par l’ONTT. Cela expose la réticence de 61% des promoteurs qui restent dans l’informel en raison des entraves administratives. Il y a donc lieu d’organiser, soutenir, former, contrôler, digitaliser et réguler toute cette offre en raison de cette ambigüité juridique, la multiplicité des vis-à-vis et l’absence d’un cahier des charges. Mais ce cahier des charges, comme l’explique Nebil Sinaoui, président du Groupement professionnel des hébergements alternatifs à la Fi2T, tarde de paraître malgré les promesses du ministère du Tourisme d’accélérer le processus de sa publication. «Il faudrait résister encore pour relever le défi car ce cahier sera d’un grand apport pour la restructuration de la profession», dit- il.
Une plateforme digitale collaborative, «atout de taille»
Cette rencontre a essayé d’explorer les solutions et innovations permettant de booster ce tourisme durable, plus intelligent, plus respectueux où l’arrière- pays, les agricultures durables, l’artisanat, les patrimoines et les technologies responsables deviennent les piliers d’une nouvelle manière d’habiter et de parcourir le monde. Un plan d’action sera mis en place pour 2026-2028 dont la création d’un label «Circuits Tunisie Expérience» et d’une plateforme digitale collaborative. Avec une visibilité des offres d’hébergement, les plateformes numériques permettent aux voyageurs de disposer de nouveaux services à des prix attractifs. Pour une partie de la population, ils deviennent une alternative indispensable pour voyager. Dans une quinzaine de jours, cette plateforme internet regroupant l’ensemble de l’offre (maisons, gîtes et tables d’hôtes) sera mise en ligne. Il s’agira d’un site vitrine, avec pour ambition future d’y intégrer les transactions (réservation et paiement). Pour préserver sa culture, ses valeurs, ses traditions, son identité et son environnement, la Tunisie s’est engagée dans une démarche de développement touristique durable qui, selon Houssem Azouz et Amel Djaït, ne doit pas glisser vers le low-cost. Il faut instaurer un «label du tourisme responsable» qui sera attribué à tout professionnel adhérant à la Charte et respectant ses principes. Il constituera une première garantie pour les voyageurs souhaitant s’engager dans une démarche respectueuse des valeurs naturelles, humaines et culturelles du pays.
Kamel BOUAOUINA
