Dans peu de temps, la baguette ordinaire disparaitra des boulangeries. La décision a été prise et le pain de demain sera fabriqué avec du son qui prendra la place de la farine subventionnée. Le consommateur, habitué à son pain quotidien à la farine sera-t-il content de changer de goût et de forme ? Pas évident, en attendant l’arrivée de ce nouveau pain à base de son…
Le nouveau pain sera très bientôt au rendez-vous puisqu’il fera son apparition dans deux à trois semaines. La date a été fixée initialement pour la mi-avril 2026, mais les professionnels du métier ont exigé un petit report de deux ou trois semaines, le temps d’écouler leur stock de farine blanche ordinaire.
Ainsi, nos boulangeries vivront un changement discret mais important, s’agissant du lancement d’un genre de pain pas très consommé avant et qui, selon les nutritionnistes, présente des avantages appréciables pour la santé, ce qui en fait une réforme aux dimensions à la fois nutritionnelles et économiques.
Quels changements verra-t-on au niveau de la composition du nouveau pain et de son prix et qu’en pensent les experts ?
Selon l’institut national de nutrition : « Ce pain est fabriqué à partir de farine riche en fibres et en son, avec un taux d’extraction atteignant 85 %, ce qui permet de préserver la valeur nutritionnelle complète du grain de blé ». De son côté, le ministère du Commerce a indiqué que » l’État maintiendra les mêmes prix subventionnés : la baguette sera vendue à 0,190 dinar (0,066 dollar) et le grand pain à 0,230 dinar (0,080 dollar).
Une meilleure santé au même prix
Pour sa part, le président par intérim de la Chambre nationale des propriétaires de boulangeries, Yahia Moussa, estime que » l’orientation vers le remplacement du pain blanc classique par du pain au son riche en fibres permettra de distinguer la farine destinée au pain subventionné de celle utilisée pour la pâtisserie (non subventionnée), et de lutter contre la manipulation et l(exploitation illicite des produits subventionnés ».
Moussa à également précisé que » le nouveau pain sera plus sain et moins coûteux » , affirmant que le son utilisé pour sa fabrication est totalement différent de celui destiné à l’alimentation animale. Il aura de nombreux bienfaits pour la santé, notamment pour les personnes souffrant d’obésité, de diabète et de cholestérol, dont le nombre est assez élevé dans notre pays « .
La même source a aussi révélé qu’aucune modification de prix ne sera appliquée, le pain restant subventionné, et que la production de ce nouveau type de pain a déjà commencé dans deux boulangeries du gouvernorat de Gafsa (sud-ouest de la Tunisie).
Cette mesure, inscrite dans un arrêté conjoint publié au Journal officiel de la République tunisienne, vise à modifier la composition de la farine destinée exclusivement à la fabrication du pain subventionné, notamment la baguette vendue à 190 millimes et le pain de grand format commercialisé à 230 millimes. Les professionnels du secteur assurent être en phase de préparation afin de garantir une transition maîtrisée, dans l’attente du feu vert officiel du Ministère du Commerce tunisien.
Les minoteries n’ont pas encore entamé la production
Comme mentionné plus haut, il va falloir attendre encore quelque temps pour voir le pain au son garnir les étagères des boulangeries. A ce propos, Wadii Ghabri, le directeur de la Chambre nationale des minoteries, a précisé, lors d’une intervention médiatique, que les minoteries n’ont pas encore entamé la production à grande échelle de cette nouvelle farine. Les quantités actuellement évoquées relèvent, selon lui, de simples expérimentations menées par certaines unités à travers le pays.
Il a tenu, toutefois, à rassurer quant à la qualité du produit final. La farine standard reste inchangée, tandis que seule celle destinée aux pains subventionnés sera concernée par cette révision technique. L’objectif affiché est d’améliorer le rendement tout en maintenant un niveau de qualité acceptable pour le consommateur.
Il faut également mentionner que les boulangeries tunisiennes produisent quotidiennement 6,7 millions de pains, dont 3,9 millions de grands pains et 2,7 millions de petits pains (appelés localement « baguette »). Environ 6,5 millions de quintaux (65 000 tonnes) de farine sont consommés, selon des données officielles.
Qu’en pensent les nutritionnistes ?
Comme c’est le cas pour tout changement qui engage la santé du citoyen, les experts en nutrition ont également émis leur avis à propos de ce choix. Ainsi, Interrogé à ce sujet, Dr Ahmed Fouad Rekik n’a pas hésité à soutenir un tel changement de consommation : » Cette décision constitue une étape positive vers l’amélioration de la qualité de l’alimentation quotidienne des Tunisiens. L’augmentation du taux d’extraction de la farine à 85 % permet de conserver une plus grande partie des composants du grain entier, augmentant ainsi la teneur en fibres et en minéraux. De même, le pain riche en fibres améliore la digestion, procure une sensation de satiété plus durable et contribue à la prévention de maladies chroniques comme le diabète. La teneur en sel du nouveau pain sera également réduite d’environ 33 %, ce qui est très bénéfique pour la prévention des maladies ».
Et lorsqu’on parle de produits subventionnés, comme la farine et les autres dérivés céréaliers, on doit tenir compte des retombées financières d’un tel changement. A ce propos, l’expert bancaire, Houssine Chalghaf, tient à rassurer les citoyens à propos du coût : » Il faut mener des campagnes de sensibilisation afin d’expliquer ce choix aux consommateurs qui doit comprendre que cette option vers le pain à base de son n’affectera pas le pouvoir d’achat et n’aura aucun effet sur son budget ».
A noter que l’État tunisien détient le monopole de l’importation et de la distribution des produits céréaliers destinés à la fabrication du pain subventionné, via l’Office des céréales. Cet organisme public gère exclusivement les achats de céréales, que ce soit auprès des agriculteurs tunisiens ou par importation sur le marché international. La production de pain en Tunisie est répartie entre deux types de boulangeries : celles qui reçoivent de la farine subventionnée et respectent les prix fixés par l’État, et celles qui produisent du pain à prix libre.
Ainsi, en optimisant l’extraction de la farine, la Tunisie réduit considérablement sa facture d’importation céréalière. Le citoyen en sera-t-il convaincu par cette nouvelle orientation ? On attendra encore quelque temps pour en savoir plus.
Kamel ZAIEM
