Dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, les équilibres du tourisme international pourraient être bousculés. Fermetures d’espaces aériens, perturbations du transport aérien, hausse possible des coûts énergétiques et effets psychologiques sur les voyageurs sont autant de facteurs susceptibles d’influencer les flux touristiques. Cette guerre peut-elle provoquer un effet d’amalgame géographique chez certains touristes internationaux et impacter les réservations vers la Tunisie, malgré son éloignement direct du conflit ?
Le phénomène de contagion psychologique est bien documenté dans le secteur du tourisme. Quand un conflit touche une région qui est, plus largement, considérée comme culturellement ou géographiquement homogène (par exemple, la région MENA – Moyen-Orient et Afrique du Nord), des segments de voyageurs peuvent confondre des zones proches et lointaines et réduire leur intention de voyager vers des destinations qui n’ont en réalité aucun risque direct lié au conflit. La Tunisie est éloignée des zones de combat et n’a fait l’objet d’aucune alerte officielle de sécurité. Elle pourrait tirer parti des recompositions en cours sur le marché touristique international, dans un contexte marqué par les tensions liées au conflit en Iran. Selon une analyse d’Oxford Economics, la Tunisie figure parmi les destinations susceptibles de capter une partie des flux redirigés par les voyageurs, aux côtés de la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Egypte. Ainsi aux côtés de pays du sud de l’Europe et d’Afrique du Nord, elle apparaît comme une alternative crédible pour les touristes en quête de destinations perçues comme plus stables. Cette reconfiguration intervient alors que certaines zones traditionnellement fréquentées pourraient voir leur attractivité temporairement affectée par les incertitudes géopolitiques. Le Directeur Général de l’Office National du tourisme tunisien Mehdi Haloui se veut rassurant « cette crise n’a pas encore impacté le tourisme tunisien. Une légère baisse (0,8%) du nombre de touristes a été enregistrée depuis le début de l’année en cours par rapport à la même période de 2025, contre une hausse des touristes européens (environ 5%). Il n’y a pas eu d’annulations de réservations mais une certaine lenteur de leur rythme. Nous avons intensifié à cette occasion la communication et le marketing de la destination pour rassurer les voyageurs ».
Un marché dans l’attente, plus qu’un vrai report des vacances !
La Tunisie, est une vraie alternative pour les voyageurs du Moyen-Orient. Son positionnement repose sur plusieurs atouts, à commencer par la diversité de son offre touristique, la proximité de l’Europe, le rapport qualité-prix et sa connectivité aérienne et ses capacités d’accueil, ce qui lui permet de se positionner rapidement sur des flux supplémentaires.. La Tunisie s’inscrit ainsi parmi les destinations les mieux placées pour capter cette redistribution des flux à court terme.Les spécialistes du tourisme estiment que des destinations européennes comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce bénéficieront de cette situation, tandis que l’Égypte, le Maroc et la Tunisie constituent également de réelles alternatives. Sur le terrain, le diagnostic est clair : les clients attendent de voir comment évolue la situation, et ne réservent pas de vacances. . Les gens ne se projettent pas. Ils sont attentistes, bien plus que dans une logique de report. Les annulations restent limitées. Ce n’est pas la hausse tarifaire qui bloque, c’est la guerre. Résultat : les délais de réservation s’allongent et les décisions se prennent plus tard, signe d’un climat d’incertitude. À l’inverse, face à ces incertitudes, certaines destinations tirent leur épingle du jeu. Les données confirment cette tendance. La Tunisie résiste mieux que d’autres marchés. Le pourtour méditerranéen va clairement bénéficier de la situation.L‘un des avantages concurrentiels de la Tunisie est la sécurité. En période d’incertitude, cette réputation renforce la position de notre pays en tant qu’option de voyage fiable pour les visiteurs internationaux. Nous allons assister dans les prochains mois à un déplacement des flux touristiques vers des destinations perçues comme plus sûres en Méditerranée occidentale, et au Maghreb .En outre, il est possible que davantage d’Européens choisissent de passer leurs vacances près de chez eux plutôt que de voyager sur des vols long-courriers, en particulier si les liaisons aériennes deviennent plus longues ou plus chères .L’intérêt pour la Tunisie à la veille des vacances d’été reste fort sur plusieurs des marchés émetteurs analysés. Le pays pourrait notamment capter une partie de la demande en provenance d’Europe occidentale et du Maghreb.Pour rassurer ses visiteurs, il est essentiel que les autorités tunisiennes élaborent et déploient une communication internationale très claire et spécifique à travers des messages publics cohérents sur les plateformes officielles de tourisme et des campagnes d’information dans les marchés clés pour assurer que les messages de sécurité et d’ouverture d soient diffusés de manière ciblée.Une telle communication doit non seulement affirmer la réalité objective de la sécurité en Tunisie, comme l’a confirmé récemment une mise à jour des conseils de voyage, qui classe le pays comme ouvert et sûr, mais aussi contextualiser la logique géographique pour que les voyageurs comprennent intuitivement que la Tunisie n’est pas impliqué dans le conflit.
L’aérien impacté par la hausse du prix du pétrole
Le conflit au Moyen Orient a des répercussions sur le trafic aérien. Mais dans quelle mesure une flambée durable des prix de l’énergie et du transport aérien pourrait-elle peser sur la compétitivité de la Tunisie par rapport à d’autres destinations méditerranéennes? Historiquement, les tensions dans cette région influent directement sur les cours du pétrole et des carburants. La guerre entraîne une hausse du prix du pétrole, donc du kérosène, donc des billets d’avion. La guerre en Iran désorganise la structure des flux de trafic entre l’Europe, le Moyen-Orient, l’Inde, l’Asie… Aussi, si le prix du baril restait plusieurs mois autour de 100 dollars (environ 87 euros). Le kérosène représente une part importante des dépenses des compagnies aériennes. Des hausses durables du prix de l’énergie peuvent faire augmenter les coûts d’exploitation des vols ce qui conduit à une hausse des tarifs des billets d’avion et à une réduction de la demande de voyages internationaux, surtout sur les segments sensibles au prix.Pour un pays comme la Tunisie, qui dépend en partie du transport aérien pour relier ses principales destinations touristiques aux marchés émetteurs européens et internationaux, cette flambée des coûts pourrait diminuer sa compétitivité relative par rapport à des destinations méditerranéennes proches, accessibles par des trajets moins coûteux ou via des liaisons terrestres ou maritimes.
Kamel Bouaouina
