Il fallait que cela arrive un jour parce que, justement, tout a une fin, et seul Dieu est éternel. Bacem Sobki, coach de l’Espérance Sportive de Tunis, est, sans doute, le premier à ne pas dire le contraire, puisqu’il s’est avéré qu’il sera partant, le 30 juin prochain, date de l’expiration de son contrat. Pour en connaître la ou les raisons, nous avons contacté le président de la section du club, Kaïs Attia, qui nous a officialisé la nouvelle, imputant cette rupture à«l’impossibilité pour cet entraîneur de prolonger légalement pour une année supplémentaire sa mise en disponibilité par son employeur en Égypte, la compagnie aérienne locale».
Autour d’un dîner cairote
Revenons maintenant aux archives pour savoir quand et comment Bacem Sobki a débarqué à l’aéroport de Tunis-Carthage. Tout a commencé, il y a cinq ans, lorsque l’équipe de Bab Souika était dans l’obligation de trouver un successeur à l’entraîneur Nejib Ben Thayer qui n’a pu, en dépit deshuit titres qu’il avait engrangés, résister aux sirènes des pétrodollars, succombant au pont d’or que lui a offert le club saoudien d’Al Ittihad Jeddah. Prenant le dossier en main après avoir bénéficié d’un blanc-seing de Hamdi Meddeb, Kaïs Attia commençait aussitôt à tendre ses filets de pêche en Europe, avant de se rabattre soudainement sur l’Égypte dont les techniciens de handball avaient, alors, la cote. S’inspirant, peut-être, de cette phrase légendaire de la non moins légendaire personnalité politique indienne Indira Ghandi «Les opportunités ne s’offrent pas, mais s’arrachent», l’émissaire«sang et or», le flair et le sens du professionnalisme aidant, jeta son dévolu sur le coach égyptien Bacem Sobki, déjà fortement sollicité par des clubs locaux et du Golfe. Qu’à cela ne tienne. 48 heures après le premier pas entre les deux hommes, Kaïs Attia rallie le Caire. Une longue séance de négociations autour d’un dîner sur les rives du Nil et voilà le tour joué. Bacem Sobki sera tunisois.
14 titres en cinq ans
Dès son atterrissage dans nos murs, l’ex-titi d’un quartier pauvre du Caire se met au travail, non sans susciter des réserves auprès d’une frange de supporters espérantistes qui contestaient cette transaction, sous prétexte que cet entraîneur n’a pas un CV rassurant. Le début de ce qui sera undéluge de cinglants démentis leur sera balancé dès la première saison, avec un joli doublé. Depuis, et en l’espace de cinq ans, Bacem Sobki a conduit l’EST vers 14 sacres (sur 17 possibles) dont trois titres africains et deux titres arabes. Avait-il une baguette magique pour réussir une moisson si abondante ? Absurde, oserions-nous répondre, tout simplement parce que le coach égyptien, n’en déplaise aux hypocrites et xénophobes, aura eu le mérite, l’immense mérite, de pouvoir gérer, avec une main de fer dans un gant de velours, un effectif presque exclusivement constellé d’internationaux comblés de gloire et d’argent. Ainsi, «la guerre des stars» qui allait précipiter son limogeage n’a pas eu lieu. Et c’est tout à son honneur.
Mohsen ZRIBI
