Par Wahid SMAOUI
A une ou deux exceptions près, tous les sélectionneurs qui ont eu à veiller sur les destinées techniques des «Aigles de Carthage» ont prêté un serment solennel d’allégeance à l’instance faîtière de notre football ou à un despote qui usait de ses privilèges pour faire mainmise, pour faire main basse sur le ballon rond tunisien au profit de sa dulcinée de club.
Mais quand un certain Sabri Lamouchi déboula, nous crûmes que notre football s’était enfin émancipé des fers de la monocratie fédérale, du caporalisme de l’oppresseur. Ses premiers discours, imprégnés de perspicacité et de sagacité, oints de maîtrise et d’expertise corroborèrent l’élogieux a priori. A notre plus grand ébahissement toutefois, lors de la récente conférence de presse divulgatrice de la fameuse liste en partance pour la triade mondialiste Etats-Unis-Canada-Mexique, les masques sont tombés, la vérité s’est déshabillée. Et s’il est vrai que qui dit sélection dit exclusion, le plus souvent dans la douleur, il est des lignes de décence, de bienséance et de convenance qu’il serait scandaleux et licencieux de transgresser. Sous la sanction immédiate d’être flanqué de l’étiquette d’inféodé, de vassal, d’enchaîné. Et c’est l’impression qui a, à l’unanimité, prévalu à l’issue de cet asticotant point de presse, générateur de huées et de broncas.
Pour circonscrire notre fielleuse et caustique critique à deux noms seulement, nous citerons Ghaith Zâalouni et Noureddine Farhati. Au nom de quel bon sens ces deux joueurs ne feront pas partie de l’odyssée américaine ? Le premier est l’auteur d’une prodigieuse saison, ponctuée par un but d’anthologie synonyme de couronnement et, surtout, agrémenté d’une lecture statistique quant à la teneur athlétique d’une chevauchée éperdue et épique de 70 mètres à la… 105’ qui ferait piquer un fard à d’illustres stars. Sa pimpante tenue physique et technique ferait cramoisir plus d’un parmi nos expatriés qui n’ont comme as dans leur manche que le fait d’évoluer en Europe mais qui, pour la plupart, se «prévalent» d’un rang de sous-fifre. Le second est, d’une seule voix, qualifié sinon de meilleur gardien du pays, du moins d’ayant droit le plus méritant à l’heureuse triplette de portiers.
Mais le sieur Lamouchi lui a préféré Sabri Ben Hassen, un goaleur qui, sans conteste, force le respect mais qui, après avoir réalisé une saison des plus honorables, a connu une fin d’exercice calamiteuse, sa cage s’étant transformée en véritable passoire. Faisant les frais de l’incroyable décrépitude de son club, il a énormément perdu de ses moyens. Et comme le principal critère présidant à la convocation d’un joueur est la forme du moment, la décision de Lamouchi a suscité toutes les suspicions du monde. N’ayant nullement besoin d’être cartomoncien, le Tunisien lambda a pointé son index vers des pontifes fédéraux connus pour leur sordide pouvoir de manipulation.
Alors, notre quidam de Lamouchi, pourtant éduqué à l’excellence et à la dignité professionnelles de l’Occident, aurait-il ployé à leurs malicieux désidératas ? Allusion à l’alléchante gratification pécuniaire dont jouira tout club-employeur d’un international (quelque 800.000 dinars tunisiens, le jackpot de Chaouat compris pour notre cas de figure).
Et comme l’écurie en question patauge dans l’impécuniosité la plus indigente, il ne s’agit pas d’être diseur de bonne aventure pour démêler l’écheveau. Outre l’argument d’une désespérante ineptie que le sélectionneur, dont l’ADN de Tunisien a triomphé de son pendant français, a invoqué : «Ben Hassen, que j’ai titularisé en amical contre Haïti, a donné satisfaction. Si Farhati avait été aligné à sa place avec la même réussite, je l’aurais retenu pour le Mondial». Mais palsembleu, comment se permet-il de bouter hors liste un joueur sans lui avoir offert l’opportunité de prouver toute l’étendue de son mérite ? 90’ de jeu contre un comparse du circuit international valent-ils mieux que le rendement de mise sur l’ensemble de toute une saison ?
Après la hideuse enfilade de forces de l’ordre, l’outrageante escouade de troupiers surarmés ayant servi de haie d’interposition entre les joueurs du Club Africain et de l’Espérance Sportive de Tunis dans le hall des vestiaires lors du récent derby, et qui a fait ignominieusement le tour du monde, après le paysage dantesque, la vision apocalyptique lors du craquage indu des supporters clubistes, de quoi avoir la berlue, après la sidérante course-poursuite, la chasse à l’homme de Tougaï vis-à-vis de Mehdi Miled ponctuée par un magistral Tobi Geri, ce spectaculaire coup de pied sauté, après l’ostracisme qui a frappé notre arbitrage… nous pouvons certifier que décidément, on n’a toujours rien à cirer de ce réprouvé football qui enténèbre nos cieux et qu’on n’est toujours pas sorti du bois.
