Porte d’entrée du Cap Bon, Nabeul est le lieu incontournable de la gourmandise tunisienne. Une destination qui fait le bonheur des férus de patrimoine ainsi que des épicuriens avec son fameux marché hebdomadaire des épices. Une charmante et conviviale ville, à l’identité unique qui célèbre avec passion ses produits du terroir du mai.. L’avènement du printemps donne lieu, dans la région , à toutes sortes de réjouissances saluant le retour du soleil et la réviviscence des verts pâturages.
De nombreuses familles profitent, en effet, de ce mayou pour « déferler » par grappes entières vers la campagne ou vers des coins de verdure, pas trop éloignés de la ville, pour se ressourcer, oublier le tintamarre des ensembles urbains et s’offrir un moment de villégiature et surtout déguster ces mets de printemps.
Mues par le souci de préserver le patrimoine culinaire local de l’oubli, mais aussi de protéger cet héritage contre toute tentative d’appropriation à l’heure où tout s’expose sur les réseaux sociaux, des chefs cuisiniers et des passionnés de cuisine essaient de partager désormais des recettes anciennes. Ils proposent une scène culinaire qui séduit autant les palais que les sens, dans un cadre où la vue sur la mer ou les ruines ajoute à l’ambiance printanière.Du côté de l’espace le Bigaradier, nous avons pu découvrir et déguster les merveilleux plats tunisiens que l’on prépare chaque année au mois de mai : Ojjet Mayou de Nabeul, couscous de Mayou de Dar Chaabane, tajine, le Makoud, la Ménina (tajine) et la pkaïla , ce traditionnel ragoût de bœuf aux épinards .Les pains artisanaux ne sont pas en reste et connaissent un véritable regain d’intérêt. La large variété de galettes, les pains feuilletés à l’huile d’olive, les pains aux herbes ou à base de différentes céréales, ainsi que les pains à pâte levée, trônent sur les tables .Les gâteaux traditionnels viennent compléter cette large palette gustative patrimoniale. A l’occasion de cette fête de Mayou, femmes au foyer et passionnés de l’art culinaire se replongent dans les vieux livres de cuisine ou sollicitent la mémoire des aînées de la famille. L’objectif est de dénicher la recette originelle d’un mets oublié pour le préparer ou le partager.

« Il ne s’agit plus seulement de cuisiner, mais de documenter ce patrimoine immatériel transmis oralement et de le protéger contre toute tentative d’appropriation par d’autres cultures » souligne le chef, Rafik Tlatli. De son côté, Taieb Felfel, universitaire, remarque que beaucoup ont compris l’importance de mettre en avant cette richesse durant le mois de mai avec les noms, les modes de préparation et les ingrédients précis tels qu’ils étaient utilisés jadis. C’est une démarche de préservation de cette richesse culinaire qui est aussi un levier pour la promotion du tourisme », dira-t-il.Au-delà de la quête des saveurs d’antan, ce retour aux sources témoigne d’un attachement profond des familles à leur patrimoine. La table du mai à Nabeul devient ainsi le miroir d’une identité plurielle et d’un patrimoine riche et diversifié.
Certes comme l’a précisé Zeineb, « cette cuisine nabeulienne est basée sur les traditions culinaires berbères, elle a subi avec le temps des influences ottomanes, espagnoles et françaises, ce qui a donné lieu à une gamme variée de saveurs méditerranéennes parfumés d’arômes, d’herbes et d’épices » Caroline, une française résidente à Nabeul, apprécie beaucoup cette cuisine nabeulienne, transmise oralement de génération en génération où les recettes sont souvent farouchement gardées. Bref, Cette fête culinaire du printemps continue d’avoir des adeptes restés fidèles aux traditions ancestrales. Une fête célébrée avec faste dans chaque coin de Nabeul.C’est aussi le moment de rompre avec la monotonie, de se retrouver et de renouer avec les amis et les proches à une époque où le « chacun pour soi » semble avoir supplanté la vie en communauté et la convivialité qui ont de tous temps caractérisé l’art de vivre à la tunisienne.
Kamel Bouaouina
