Producteur et bâtisseur de festivals depuis plus de vingt-cinq ans, Mourad Mathari a fait venir en Tunisie quelques-uns des plus grands noms de la scène mondiale — de James Brown à Sting, de Herbie Hancock à Dee Dee Bridgewater, de Seal à Eros Ramazzotti. À travers Jazz à Carthage, Mûsîqât et le Tabarka Jazz Festival, il a porté une certaine idée de l’exigence culturelle. Homme de terrain, observateur lucide d’un secteur qu’il connaît de l’intérieur, il revient pour Le Temps sur son parcours, ses souvenirs et l’avenir des grands rendez-vous tunisiens. Entretien.
– Pour commencer, si vous nous parliez de votre parcours scolaire et universitaire ?
– Je suis né dans un environnement où l’art et le sport étaient partout : une famille d’artistes, un grand-père sportif. J’ai fait mes études au lycée Carnot, puis au lycée Cailloux de La Marsa, avant de partir à Paris pour entamer des études de gestion à la Sorbonne, à Tolbiac. Rien, sur le papier, ne me destinait à la culture — à part, peut-être, cet héritage familial. Ce métier, je l’ai appris sur le terrain, souvent dans des conditions difficiles, avec très peu de moyens mais énormément de passion et d’obstination. À une époque où faire venir des artistes internationaux en Tunisie relevait presque de l’aventure, nous avons construit des projets qui ont fini par rayonner bien au-delà de nos frontières.
– Vous vous définissez comme un «agitateur culturel». Est-ce votre premier travail ?
– Non, loin de là. Avant la culture, j’ai fait du commerce international, de la publicité, j’ai été consultant pour de grandes marques technologiques, j’ai organisé des salons professionnels. Tout cela m’a appris une rigueur de gestion qui manque souvent dans notre secteur. «Agitateur culturel» me convient parce que la formule dit l’essentiel : un organisateur gère, un agitateur, lui, provoque des rencontres, crée des dynamiques et, parfois, dérange un peu les habitudes. La culture ne doit pas seulement divertir — elle doit déplacer les lignes et ouvrir des horizons.
– Comment devient-on agitateur culturel ?
– On ne le décide pas un matin. Cela se construit, édition après édition. J’ai commencé dans les années 80 par la danse — j’ai contribué à institutionnaliser sa pratique, en créant une association puis une fédération, et nous avons formé des dizaines de danseurs qui ont fait carrière à l’international. Puis, dans les années 90, je suis venu à la musique et au jazz. Il faut aimer la scène, bien sûr, mais aussi savoir lire un contrat, négocier avec un agent à l’étranger, monter un budget, rassurer un sponsor, gérer une logistique technique au cordeau. C’est un métier de patience et d’obstination, beaucoup plus que de coups d’éclat.
– J’imagine que les débuts n’ont pas été faciles…
– Ils ne le sont jamais. Beaucoup imaginent les festivals comme un univers glamour ; en réalité, c’est souvent une succession de nuits blanches, de risques financiers et de problèmes à résoudre dans l’urgence. Produire un événement culturel en Tunisie, c’est avancer sans filet : financements incertains, marges minces et un imprévu qui peut tout faire basculer la veille au soir. Mais c’est précisément ce qui forge un savoir-faire.
– Quel est votre premier grand événement, celui qui vous a fait connaître du grand public ?
– Plusieurs en réalité, mais la première édition du Tabarka Jazz Festival, en 1997, a été le véritable déclencheur. C’est là que le grand public a commencé à associer mon nom à une exigence de programmation et à une certaine idée du jazz en Tunisie. Le public de la danse me connaissait déjà, mais Tabarka m’a donné une autre dimension.
– Parmi les festivals que vous avez organisés, lequel a eu une véritable ampleur internationale ?
– Jazz à Carthage, sans hésiter. Pendant près de quinze ans, des artistes qui remplissaient les plus grandes scènes du monde sont venus jouer chez nous : Postmodern Jukebox, Vaya Con Dios, Dianne Reeves, Dee Dee Bridgewater, et tant d’autres. Et c’est là l’essentiel : lorsque Herbie Hancock, Sting, Seal ou Diana Krall jouent en Tunisie, ce n’est pas seulement un concert, c’est un message envoyé au monde sur l’image, la stabilité et l’ouverture du pays. C’est une forme de diplomatie culturelle et une visibilité qu’aucune campagne publicitaire ne peut acheter. Les agents étrangers nous disaient souvent que nous étions parmi les plus professionnels du bassin méditerranéen — et c’est, croyez-moi, la plus belle des récompenses.
– On a vu défiler de grands noms à Tabarka, à Carthage, au Stade d’El Menzah. Quels artistes vous ont marqués ?
– James Brown reste un choc, artistique et humain. On avait face à nous une légende vivante et pourtant, une discipline de travail impressionnante. Il y a eu aussi Herbie Hancock, Al Jarreau, Diana Krall, Youssou N’Dour, Cesária Évora… Et puis, tous ces artistes moins connus du grand public mais extraordinaires humainement, avec qui de vraies relations se sont nouées au fil des années. Ce sont souvent eux qu’on n’oublie pas.
– Quel a été l’artiste le plus difficile à gérer ?
– Par respect pour les artistes, je préfère ne pas citer de nom. Disons que les plus grands talents s’accompagnent parfois des exigences les plus fortes, et que c’est précisément au producteur d’absorber ces tensions pour que, le soir venu, le public ne voie que la magie de la scène.
– Quel est votre meilleur souvenir ?
– Le concert de Sting, au Stade olympique d’El Menzah. Il y a des soirs où quelque chose se passe entre un artiste et un public, une émotion qui dépasse la musique elle-même. Ce soir-là, on sentait que tout le monde vivait le même instant, au même moment. Ce sont des minutes qu’on ne fabrique pas : elles arrivent, et on sait qu’on s’en souviendra toute sa vie. Pour un producteur, c’est la récompense ultime de tous les efforts qui ne se voient pas.
– On a l’impression que la Tunisie n’attire plus les artistes de renommée mondiale comme avant. Pourquoi ?
– Plusieurs facteurs se conjuguent. Aujourd’hui, les grands artistes internationaux fonctionnent dans une logique industrielle extrêmement structurée : leurs agents recherchent des marchés stables, des garanties financières solides et une visibilité à long terme. Or les cachets ont explosé alors que nos budgets n’ont pas suivi ; le dinar s’est affaibli, et une fiscalité parfois inadaptée aux réalités de la production internationale renchérit encore les coûts ; et la Tunisie souffre malheureusement d’une image d’incertitude administrative et budgétaire. À cela s’ajoute une concurrence régionale féroce, du Golfe et du Maroc, qui met des moyens que nous n’avons pas. Et pourtant, nous possédons l’un des meilleurs publics et les plus beaux sites de la région. Il nous manque simplement une politique de soutien à la hauteur.
– Les grands festivals — Tabarka, Jazz à Carthage, Mûsîqât — n’ont pas eu une longue vie. Pourquoi ?
– Parce qu’un festival de ce niveau ne survit pas sur la seule passion. Il lui faut une continuité de financement, un cadre administratif favorable, une visibilité pluriannuelle, une vraie stabilité. Jazz à Carthage, qui était devenu un rendez-vous international reconnu, s’est arrêté depuis 2021 ; Mûsîqât, qui préservait un patrimoine musical rare, a connu le même sort quelques années plus tôt. Mais le plus grave n’est pas seulement la disparition des festivals emblématiques, c’est la perte progressive des compétences tunisiennes dans la production, la technique, la programmation et les réseaux internationaux. Un savoir-faire met vingt ans à se construire et peut disparaître en quelques saisons. Un festival, c’est une marque, mais c’est surtout une équipe et une mémoire : l’interrompre, c’est repartir presque de zéro.
– Après la révolution, les attentats et la pandémie, comment avez-vous vécu ces années ?
– Très durement, comme tout le secteur. Beaucoup de structures culturelles ont tout simplement disparu. Nous avons survécu dans un environnement extrêmement fragile, où chaque édition pouvait être la dernière. Mais ces épreuves nous ont aussi appris la résilience et l’importance vitale de préserver les espaces culturels. Quand un pays traverse des crises, la culture n’est pas un luxe, c’est ce qui maintient un lien, une respiration, une dignité.
– Un bras de fer semble opposer le privé et le public dans l’organisation des festivals. Qu’en est-il ?
– Je ne le vois pas comme un bras de fer, mais comme un sérieux malentendu à dissiper. Le public et le privé ne sont pas concurrents, ils sont complémentaires. L’État a une mission de service culturel et de maillage du territoire ; le privé apporte la réactivité, le sens du risque, le réseau international et une gestion rigoureuse. Opposer les deux, c’est faire perdre tout le monde. Et il faut le dire clairement : quand le privé réussit, c’est aussi l’image du pays qui gagne.
– On parle de carte professionnelle pour les artistes. Même un virtuose comme Anouar Brahem devrait constituer un dossier pour l’obtenir. Qu’en est-il ?
– Le principe d’une reconnaissance du statut d’artiste est légitime, et même souhaitable : il protège des droits sociaux, et il était très attendu. Mais l’application doit être intelligente. Quand un artiste de la stature de celui que vous citez, respecté dans le monde entier, devrait théoriquement passer par une procédure administrative pour avoir le droit de jouer, on mesure le décalage entre l’intention et la réalité. Il faut protéger les artistes sans transformer la création en parcours bureaucratique excessif.
– On estime que le ministère de la Culture ne peut pas tout monopoliser. Qu’en pensez-vous ?
– C’est une évidence de bon sens. Aucun ministère au monde ne peut tout produire, tout programmer et tout financer seul. Le rôle de l’État, c’est de fixer un cadre, de soutenir, de réguler et de garantir l’accès à la culture partout, sur tout le territoire — pas de se substituer aux opérateurs. Plus on ouvre le champ à des acteurs privés sérieux, plus l’offre s’enrichit, au bénéfice du public. Et l’État pourrait alors se concentrer sur ce qu’il fait le mieux : la formation, la régulation et la diplomatie culturelle.
– Quelle est l’importance du privé dans l’organisation des festivals ?
– Elle est déterminante — ou plutôt elle devrait l’être. C’est souvent le privé qui prend le risque financier, qui va chercher les artistes à l’international, qui noue les partenariats avec les sponsors et qui apporte une exigence de gestion. Dans beaucoup de pays, les plus grands festivals sont construits par des opérateurs privés avec le soutien stratégique de l’État. La Tunisie gagnerait à dépasser une certaine méfiance historique envers l’initiative privée culturelle. L’objectif ne devrait pas être de contrôler la culture, mais de créer les conditions pour qu’elle rayonne. Les opérateurs privés demandent avant tout un environnement stable, lisible et professionnel.
– Personnellement, est-ce que vous vous en sortez ?
– Disons que j’ai appris, avec le temps, à choisir mes combats et mes projets. Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, ce sont les projets qui ont du sens, artistiquement et humainement. Je n’ai jamais cessé de travailler, parfois plus discrètement. Je mène notamment GrassrEUts, un programme qui révèle de jeunes talents tunisiens et les fait jouer sur de grandes scènes européennes. La passion est intacte, et les projets ne manquent pas.
– Le Maroc semble avoir trouvé la bonne voie, alors qu’il nous enviait autrefois. Pourquoi pas nous ?
– Le Maroc a compris une chose essentielle : la culture n’est pas une dépense, c’est un investissement stratégique en image, en tourisme et en influence. Il a fait ce choix politique avec des moyens à la hauteur et de la continuité. Et vous avez raison de le rappeler : il fut un temps où c’est nous qui faisions référence dans la région. Rien n’est perdu — la Tunisie a les compétences, les sites, l’histoire. Ce qui manque, c’est une volonté affirmée et inscrite dans le temps.
– Le Président de la République a tenu deux réunions avec la ministre de la Culture pour relancer certains grands rendez-vous. Cela a-t-il servi ?
– Les signaux envoyés récemment au plus haut niveau de l’État vont dans le bon sens. L’attention portée à la culture est, en soi, encourageante. Ce qui comptera, ce sont les actes : des budgets, un calendrier, des règles. J’ai cru comprendre que le Tabarka Jazz Festival, abandonné ces dernières années par le secteur du tourisme, pourrait revenir sous l’impulsion du ministère des Affaires culturelles, ce qui serait une excellente nouvelle pour la région et pour la culture tunisienne. Je l’espère sincèrement et je souhaite surtout que les moyens nécessaires, et d’abord les moyens humains, soient réellement mis en place. On jugera sur les résultats, pas cette année mais dans une ou deux années.
– Que pensez-vous des prix des billets aujourd’hui ? Exorbitants ou justifiés ?
– Les deux perceptions peuvent coexister. Derrière un billet de concert, le public ne voit pas toujours les coûts qui s’envolent : les transports, les visas, les assurances, la technique, la sécurité, les taxes, les hôtels. Quand on connaît ce coût réel, un prix élevé peut être parfaitement justifié. À cachet égal, le prix du billet peut varier du simple au quintuple entre la Tunisie, la France ou le Maroc — simplement parce que la taille du marché et le pouvoir d’achat ne sont pas les mêmes. Mais le vrai problème n’est pas seulement le prix, c’est l’absence d’une économie culturelle structurée qui permettrait d’amortir ces coûts par le sponsoring, le tourisme et les partenariats. Car un grand festival ne produit pas que des concerts, il génère des nuitées d’hôtel, des vols, de la restauration, du transport, de l’emploi technique et une visibilité internationale qu’aucune publicité ne peut acheter. La solution n’est pas de brader, c’est de bâtir une tarification intelligente, avec des paliers, pour que la culture reste accessible sans mettre en péril l’équilibre d’une production.
– Les artistes de la rive nord de la Méditerranée se font rares. Est-ce pour ces raisons ou parce que les goûts changent ?
– Un peu les deux. Le coût et les contraintes pèsent, c’est certain. Mais les goûts évoluent aussi : une nouvelle génération écoute différemment, tournée vers d’autres scènes et d’autres esthétiques. Le rôle d’un programmateur, c’est justement de tenir l’équilibre entre ce que le public réclame et ce qu’il faut continuer à lui faire découvrir.
– Comment voyez-vous les choses dans les mois, voire les années à venir ?
– Avec un optimisme prudent. Les difficultés sont réelles, mais je crois aux cycles : la Tunisie a déjà su rebondir. La condition, c’est de sortir d’une logique de gestion saisonnière et événementielle pour construire une véritable industrie culturelle : des mécanismes de financement adaptés, des partenariats public-privé, une fiscalité pensée pour le secteur, des outils de sponsoring modernes, des formations aux métiers techniques et de la production, et une vraie stratégie d’export pour nos artistes. Si l’on réunit ces conditions, je suis convaincu que nous pourrons retrouver des rendez-vous de premier plan.
– Le public tunisien est particulier — on lui propose Bryan Adams et on juge qu’il aurait fallu l’inviter plus jeune. Avez-vous connu ce type de remarques ?
– Bien sûr, et cela fait partie du jeu. Le débat culturel en Tunisie a toujours été passionné, parfois exigeant, mais cela traduit aussi un véritable attachement du public et des professionnels à la qualité artistique. On ne contente jamais tout le monde : certains réclament les têtes d’affiche du moment, d’autres regrettent qu’on n’ait pas invité tel artiste dix ans plus tôt. C’est le signe d’un public qui aime la culture et la musique, et qui s’investit.
– Un souvenir de spectacle raté ?
– Tout producteur en a connu — une météo capricieuse, un avion manqué, une panne technique le soir J, un artiste qui se désiste à la dernière minute. On apprend à gérer ces moments à froid, parce que le public, lui, a acheté son billet et attend son concert. Avec le recul, ce sont souvent ces nuits-là, les plus difficiles, qui forgent le métier — et dont on rit, des années plus tard.
– Votre avis sur la programmation des festivals d’été : Carthage, Hammamet, Bizerte, Dougga ?
– Ce sont des institutions précieuses, avec des sites parmi les plus beaux de la Méditerranée. La programmation oscille parfois entre exigence artistique et recherche du grand public — un équilibre toujours difficile. Mon souhait serait qu’on assume davantage une identité forte pour chacun, plutôt que des programmations qui finissent par se ressembler.
– Quels sont vos projets pour le futur ?
– Consolider les projets en cours, accompagner l’émergence de nouveaux talents tunisiens et continuer à construire des passerelles culturelles entre la Tunisie, l’Europe et l’Afrique. Accompagner aussi, si les conditions le permettent, le retour du Tabarka Jazz Festival. Et poursuivre la modernisation du secteur : la numérisation et les nouvelles technologies, y compris les outils d’intelligence artificielle appliqués à la production, à la diffusion et à la billetterie — avec la plateforme tunisienne que nous avons développée. Mais surtout, ne m’engager que dans des projets qui ont du sens, artistiquement et humainement.
– En dehors du travail, que faites-vous de votre temps libre ?
– Le sport, d’abord — j’ai gardé ma passion pour le football. Le cinéma, la géopolitique, le jardinage, mes animaux et bien sûr, la musique sous toutes ses formes. Observer le monde, c’est aussi une façon de comprendre la Tunisie autrement. L’art et le sport ont ceci en commun : ils fédèrent, ils dépassent les clivages.
– Si vous n’étiez pas le Mourad Mathari qu’on connaît, quel métier auriez-vous exercé ?
– Sans doute quelque chose lié au soin, au fait de soulager les autres. J’aurais peut-être aimé être guérisseur — réparer, apaiser. Au fond, ce n’est peut-être pas si loin de ce que fait la culture : elle aussi répare et apaise, à sa manière.
– Le mot de la fin ?
– La Tunisie n’a jamais manqué de talent. Elle manque surtout de continuité, de stratégie et de confiance dans ses propres compétences. Le jour où nous considérerons enfin la culture comme un secteur stratégique, au même titre que le tourisme ou le numérique, nous retrouverons naturellement notre place culturelle en Méditerranée et en Afrique. Le talent existe, le public existe, les sites existent, l’histoire existe. Libérons les énergies : le reste suivra.
Propos recueillis par Mourad AYARI
Mini-questionnaire pour mieux connaître Mourad
Le principal trait de votre caractère : la ponctualité.
La qualité que vous désirez chez un homme : la parole donnée.
La qualité que vous désirez chez une femme : la franchise.
La qualité que vous appréciez chez vos amis : la sincérité.
Votre principal défaut : perfectionniste, parfois jusqu’à l’épuisement.
Votre occupation préférée : jouer au foot… et écouter de la musique.
Votre rêve de bonheur : un jardin fleuri et bien entretenu.
Ce que vous voudriez être : guérisseur.
La couleur que vous préférez : le Turquoise
Été ou hiver : hiver.
Le pays où vous désireriez vivre : le Japon.
Ce que vous porteriez sur une île déserte : une chemise en lin… et de la musique.
