La Tunisie aspire à hisser ses relations avec la Corée du Sud au rang de partenariat stratégique de plein exercice, en misant sur les secteurs à forte valeur ajoutée, le transfert de technologie, la formation, la santé et l’innovation. C’est le message que le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a livré dans une tribune publiée mardi par le quotidien sud-coréen Korea JoongAng Daily.
Dans cet article signé de sa main, le chef de la diplomatie tunisienne souligne que, malgré la distance géographique, Tunis et Séoul partagent des valeurs communes, des trajectoires historiques comparables et une même conviction : le capital humain est le moteur premier du développement. Il décrit un partenariat bilatéral « mature et tourné vers l’avenir » , fondé sur l’investissement dans les compétences, la connaissance et l’innovation.
La Tunisie souhaite tirer les leçons de la spectaculaire transformation économique sud-coréenne pour accélérer sa propre transition vers des industries à haute intensité technologique. Le ministre indique que le pays œuvre à la création d’écosystèmes favorables aux startups et à l’attraction des investissements directs étrangers, en s’appuyant sur ses acquis dans les composants automobiles et l’industrie aérospatiale.
Le chef de la diplomatie tunisienne plaide également pour un renforcement des échanges universitaires et scientifiques entre les deux pays. Il met en avant les partenariats et programmes de coopération établis avec le Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST) et d’autres établissements sud-coréens, appelant à faire de cette passerelle académique un vivier pour la prochaine génération d’innovateurs tunisiens.
Dans cette tribune, M. Nafti revient par ailleurs sur plusieurs réalisations concrètes de la coopération tuniso-coréenne. Dans le domaine de la gouvernance numérique, le système d’achats publics en ligne Tuneps a été conçu sur le modèle du KONEPS coréen, de même que le Système d’information foncière et la plateforme E-People, destinée à fluidifier les relations entre l’administration et les citoyens.
Sur le plan technologique, il met en lumière le projet de drones agricoles mené avec Busan Technopark, présenté comme un outil de modernisation du secteur agricole grâce à l’intelligence artificielle. Il évoque aussi l’introduction de technologies coréennes de chirurgie robotique, susceptibles de renforcer les capacités du système de santé tunisien et de faire du pays une plateforme régionale pour la diffusion de ces innovations en Afrique.
Dans le secteur industriel, Mohamed Ali Nafti cite l’exemple de Yura Corporation, dont les cinq usines de faisceaux de câbles implantées en Tunisie témoignent, selon lui, de l’attractivité du pays pour les entreprises coréennes à la recherche d’une base manufacturière compétitive, stable et dotée de ressources humaines qualifiées.
Inscrivant cette dynamique dans un cadre géopolitique plus large, le ministre affirme que « la Tunisie est prête à accompagner le renforcement de l’engagement stratégique de la Corée envers l’Afrique », dans la continuité du Sommet Corée-Afrique de 2024 et de la réunion ministérielle des Affaires étrangères achevée lundi à Séoul. Il se dit favorable à « une approche fondée sur le partenariat mutuellement bénéfique, rompant avec la logique traditionnelle de l’aide et de l’assistance ».
Le continent africain, conclut-il, représente pour la Corée un partenaire stratégique de premier ordre : l’essor de sa classe moyenne, la vitalité de sa jeunesse et son potentiel pour la diversification des chaînes d’approvisionnement mondiales en font un atout majeur à l’heure où la volatilité géopolitique, la fragmentation commerciale et les mutations technologiques redessinent l’ordre économique international.
(D’après TAP)
