Le secteur de la recherche scientifique a souvent été, malgré son extrême importance, marginalisé et jamais classé parmi les priorités nationales. Toutefois, nous avons l’impression de voir que ça bouge beaucoup en cette année 2026 pour rattraper le temps perdu et pour ouvrir de nouveaux horizons devant les jeunes chercheurs avides de montrer ce dont ils sont capables. A ce propos, le programme de cette année vise à inciter les jeunes à s’impliquer dans la recherche scientifique compétitive en développant des projets d’envergure internationale.
Il faut commencer par admettre que malgré la multitude des défis de développement auxquels est confronté notre pays et qui nécessitent la mobilisation de toutes les ressources conformément à la stratégie du «compter-sur-soi » prônée par la présidence de la république, la recherche scientifique supposée aider à résoudre les problèmes et améliorer la qualité de vie demeure sous-estimée.
Et les chiffres sont là pour le prouver. Pour l’année 2026, le budget qui lui est alloué par l’Etat serait de l’ordre de 222 millions de dinars, soit une somme très en deçà de ce que le Maroc, par exemple, a consacré dans sa loi de Finances de 2026 au titre du soutien spécifique à la recherche et l’innovation.
C’est que le royaume compte en effet débourser un milliard de dirhams, soit un peu plus de 350 millions de dinars tunisiens (près du double), pour accompagner les chercheurs et accélérer la transformation des écosystèmes d’innovation.
Avec des ressources limitées, les chercheurs tunisiens tentent alors de saisir toutes les opportunités qui s’offrent grâce à des combinaisons de fonds publics, de partenariats internationaux et de quelques contributions du secteur privé.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le programme d’encouragement des jeunes chercheurs initié par le ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui a lancél’appel à proposition pour l’année 2026 avec, au menu, des primes de 200 mille dinars à débloquer au profit des jeunes chercheurs qui présenteront les projets de recherche les mieux adaptés aux orientations et aux priorités du pays.
La nouvelle édition du programme d’encouragement des jeunes chercheurs vise, notamment, comme a tenu à le préciser le ministère dans un communiqué publié à cet effet, à inciter les jeunes enseignants-chercheurs à développer une recherche scientifique compétitive et à soumettre des projets d’envergure internationale.
Le programme, qui se veut également un outil pour stimuler l’implication des jeunes chercheurs dans des projets de recherche appliquée avec des retombées économiques, technologiques et sociales, cible toutes les disciplines scientifiques liées aux grands domaines de recherches scientifiques.
Il s’agit d’un large éventail de disciplines allant de la chimie, la biologie appliquée à l’environnement, jusqu’aux sciences médicales et sciences de la santé en passant par le social, l’économie, les technologies et l’agriculture.
Le programme entend aussi, et c’est là l’un de ses axes les plus structurants, favoriser les interactions entre les chercheurs et le monde socioéconomique, tout en responsabilisant les premiers par la gestion autonome de leurs projets.
Une attention particulière est en outre accordée aux chercheurs issus des régions intérieures du pays, moins bien dotées en infrastructures de recherche, ainsi qu’aux travaux relevant des sciences humaines et sociales, historiquement sous-représentées dans les dispositifs de financement public.
Durée et soutien financier
La durée du projet est de deux (2) ans. Le budget total maximal octroyé pour chaque projet est de 200.000 DT pour les deux ans. Il servira à :
– couvrir les frais de réalisation du projet (100.000 DT pour les deux ans),
– établir des contrats de recherche pour les post-docs (100.000 DT max pour les deux ans).
La première tranche budgétaire (2026) est débloquée à la signature de la convention de financement du projet.
Le déblocage de la deuxième tranche (2027) est strictement conditionné par :
– la remise des rapports d’avancement demandés par le MESRS et ce, conformément aux dispositions des conventions établies fixant les obligations de chaque partie intervenante au projet,
– le nombre de contrats post-docs accordé.
C’est dire que nous attendons avec beaucoup d’espoir la publication des projets sélectionnés qui seront, à coup sûr, très prometteurs, selon les prévisions des experts du secteur.
Une nouvelle orientation et des opportunités à saisir
Ce sont ces mêmes experts qui le confirment. En 2026, la recherche scientifique en Tunisie traverse une phase de profonde restructuration stratégique axée sur la modernisation, le financement international et la valorisation économique. Voici, par ailleurs, les dynamiques majeures et opportunités actuelles du secteur :
*Refonte du modèle d’évaluation de la recherche : l‘Agence Tunisienne d’Évaluation et d’Accréditation (ATEA) a lancé une révision complète de ses critères. L’objectif est d’instaurer un système plus transparent, aligné sur les standards internationaux, mettant l’accent sur l‘impact économique et social direct des travaux de recherche, la promotion de la Science Ouverte (Open Science) et la valorisation concrète des résultats auprès du tissu entrepreneurial.
Ce processus est notamment soutenu par le projet de coopération bilatérale «Horizon Recherche» avec la France.
*Financements et Appels à Projets Majeurs : la Tunisie s’appuie fortement sur ses partenariats internationaux pour pallier les limites des financements publics nationaux.
Consortiums de Recherche (CDR) 2026 : le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a clôturé au printemps les candidatures pour la création de nouveaux consortiums visant à stimuler l’économie et le développement durable.
Horizon Europe – Initiative Afrique IV : En tant que pays associé à Horizon Europe, la Tunisie bénéficie d’une enveloppe de près de 605 millions d’euros ciblant la santé publique, la transition écologique et l’innovation technologique.
Bourses et Mobilités : des programmes actifs comme les bourses de recherche MENA ou les opportunités en santé publique (Berlin) continuent de soutenir la mobilité des chercheurs tunisiens.
Reconnaissance de l’élite scientifique : la résilience de la recherche tunisienne a été marquée en début d’année par la première édition des Tunisian Research Awards. Cet événement a honoré 81 chercheurs tunisiens figurant dans le Top 2% des scientifiques les plus influents au monde (classement Stanford/Elsevier), visant à jeter un pont entre la haute recherche et la vie économique du pays.
De ce fait, le secteur est en passe de faire un grand bond en avant avec des compétences que d’autres pays, même avancés, nous envient. L’Etat l’a compris et le chantier est à présent grand ouvert.
Kamel ZAIEM
