L’UNICEF a publié une analyse documentaire intitulée «Changing Behaviours, Shifting Norms to End Violent Discipline in the Middle East and North Africa) («Changer les comportements, faire évoluer les normes pour mettre fin aux pratiques disciplinaires violentes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord»).
Mettre fin aux pratiques disciplinaires en changeant les comportements et en faisant évoluer les normes est l’un des objectifs d’une analyse documentaire de l’UNICEF se basant sur des données probantes.
Cette analyse se veut examiner l’ampleur, les facteurs et les conséquences des pratiques disciplinaires violentes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), en mettant l’accent sur la manière dont les approches de communication pour le changement social et comportemental peuvent contribuer à la prévention et à la prise en charge.
S’appuyant sur des enquêtes nationales, des publications scientifiques, des rapports de l’UNICEF et des données régionales, l’analyse montre que les pratiques disciplinaires violentes demeurent très répandues dans la région, affectant les enfants à la maison, à l’école et au sein de leur communauté. Elle souligne comment les châtiments corporels, les agressions psychologiques et les châtiments corporels sévères sont influencés par une interaction complexe de facteurs individuels, familiaux, communautaires, institutionnels et sociétaux, notamment le stress parental, les normes sociales et de genre, la pauvreté, les conflits, la faiblesse des protections juridiques et l’accès limité à un soutien à la parentalité positive.
Cette analyse sert d’appui à un guide des méthodes et des normes, ressource pratique pour les équipes, les partenaires et les praticiens de l’UNICEF œuvrant à la prévention et à la réduction des violences disciplinaires grâce à des approches de communication pour le changement social et comportemental.
Il définit des normes de qualité minimales, des étapes pratiques, des exemples, des indicateurs et des listes de contrôle adaptables aux différents contextes nationaux et aux différentes phases de programmation, mettant l’accent sur une action à plusieurs niveaux, s’inscrivant dans le Modèle socio-écologique, depuis les personnes s’occupant d’enfants et les familles jusqu’aux écoles, aux communautés, aux institutions, aux politiques publiques et aux normes sociales en général, et ce, pour renforcer la qualité, la cohérence et l’impact des programmes de communication pour le changement social et comportemental afin de mettre fin aux disciplines violentes et de garantir le droit de chaque enfant à grandir à l’abri de la violence.
L’analyse documentaire rappelle que, chez nous, une étude menée, en 2018, dans six écoles publiques d’une de nos villes, auprès du personnel et de la communauté scolaire, a révélé que 37% des enfants avaient déclaré avoir été victimes de violences physiques ou verbales.
Selon des données pour la même année, la prévalence de la violence chez nous était de 88%, l’agressivité psychologique de 84 %, les châtiments corporels de 72% et les châtiments corporels sévères de 23%.
Interdiction totale des châtiments corporels
Cependant, et c’est ce qui n’est pas mentionné dans l’analyse, en 2024, les résultats de la cinquième enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS), mettant en lumière le bien-être des mères et des enfants dans le pays, a révélé une tendance positive en matière de protection de l’enfance, indiquant une réduction du recours aux pratiques disciplinaires violentes passant de 94% en 2012 à 81% en 2023. Malgré ces progrès, les données ont soulignent que 8 enfants sur 10 chez nous étaient toujours confrontés à des méthodes disciplinaires violentes.
L’analyse documentaire insiste sur le fait que des réformes juridiques globales ont été menées dans notre pays et que les cadres institutionnels solides existent bel et bien, comme l’interdiction des châtiments corporels en milieu scolaire.
D’ailleurs, le document mentionne qu’en novembre 2022, sur 64 pays du monde, le nôtre était le seul dans la région MENA à avoir adopté une interdiction totale des châtiments corporels.
Cependant, l’expérience de notre pays montre que même les cadres juridiques les plus solides doivent s’accompagner de stratégies de mise en œuvre exhaustives. Pour progresser, il faudra un engagement soutenu de la part des gouvernements, un financement adéquat et une collaboration continue avec les communautés, tout en restant attentif au contexte culturel propre à la région MENA.
Un ajustement régulier permet de garantir que les programmes restent fidèles à la culture locale tout en faisant progresser la protection de l’enfance. Lorsque les données de notre pays ont montré que le fait de se concentrer uniquement sur les mères ne réduisait pas le recours à la discipline violente, les programmes ont été élargis pour inclure les pères et les grands-parents, reconnaissant ainsi leur rôle crucial dans la prise de décision au sein des familles de la région MENA.
Zouhour HARBAOUI
