Les enseignants du secondaire détachés auprès des 24Instituts supérieurs des études technologiques (ISET) ont exprimé, dans une pétition rendue publique, leur refus d’être réintégrés dans les établissements éducatifs placés sous la tutelle du ministère de l’Éducation, après de longues années de travail et de stabilité au sein des établissements d’enseignement supérieur.
«La décision de réintégrer les enseignants du secondaire détachés auprès des ISET au sein du ministère de l’Éducation risque de provoquer un profond bouleversement dans leur situation sociale, familiale et professionnelle. Elle porterait également atteinte à leur droit légitime à la stabilité d’emploi, forgée au cours de décennies de travail continu à l’université», souligne cette pétition. Et d’ajouter : «L’intégration des enseignants détachés auprès des ISET s’est faite dans le respect de procédures administratives et légales régulières. Une part importante d’entre eux a passé la majeure partie de sa carrière au sein de l’université, avec une durée de détachement qui dépasse les vingt-cinq ans pour certains, alors que d’autres se trouvent désormais aux portes de la retraite après avoir consacré le meilleur de leur vie au service de l’université tunisienne, contribuant à l’encadrement de générations d’étudiants et participant à diverses activités pédagogiques, scientifiques et administratives».
Les enseignants «technologues» ont également indiqué qu’ils se sont «pleinement intégrés dans ses spécificités pédagogiques, scientifiques et organisationnelles, contribuant avec dévouement et responsabilité à la continuité et au bon fonctionnement du service public universitaire», tout en notant que la fin de leur détachement pourrait avoir des répercussions négatives sur les établissements universitaires eux-mêmes, qui perdraient ainsi des compétences et des expériences accumulées faisant désormais partie de leur capital humain et pédagogique. Ils rappellent, d’autre part,qu’ils n’ont commis aucun manquement professionnel, faute grave ou dépassement administratif susceptible de justifier une mesure d’une telle gravité.
Soulignant la nécessité de préserver leur dignité professionnelle, les enseignants du secondaire détachés auprès des Instituts placés sous la tutelle de la Direction générale des études technologiques (DGET) du ministère de l’Enseignement supérieur ont appelé les autorités de tutelle à lancer un «dialogue sérieux et responsable avec les représentants de leur corps sur la révision des choix adoptés afin de garantir la reconnaissance de leur rôle et leur intégration dans une vision de réforme globalede l’enseignement supérieur».
Réduire le chômage des titulaires du doctorat
Selon des sources proches du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, la décision relative à la fin de détachement des enseignants du secondaire exerçant dans les établissements d’enseignement supérieur, notamment dans les ISET, et à leur réintégration au ministère de l’Éducation s’inscrit au cœur d’une équation socio-économique et administrative complexe.
Plusieurs facteurs clés expliquent cette orientation du gouvernement. Il s’agit, en premier lieu, de la hausse du chômage dans les rangs des titulaires du Doctorat. Les coordinations de docteurs chômeurs exercent une pression constante sur le ministère de l’Enseignement supérieur pour obtenir des postes de titulaires ou des contrats, expliquant que le maintien en poste d’enseignants issus du secondaire bloque des postes budgétaires et des heures de cours qui devraient, selon eux, revenir de droit à des profils purement universitaires et académiques.
Le ministère de l’Enseignement supérieur affiche une volonté politique d’élever les standards académiques au sein des universités et des instituts supérieurs des études technologiques. Il souhaite privilégier le recrutement de profils titulaires d’un doctorat pour dynamiser la recherche scientifique, ainsi que l’encadrement des thèses et des projets de fin d’études. De plus, le fait d’augmenter le ratio de docteurs au sein du corps enseignant des ISET permet de mieux s’aligner sur les normes d’accréditation internationales et d’améliorer le classement des établissements tunisiens.
D’autre part, le détachement est par définition une mesure temporaire. En prolongeant ces détachements sur des décennies, l’administration s’est retrouvée face à des anomalies statutaires.
La décision vise par ailleurs à récupérer des enseignants très expérimentés pour renforcer l’encadrement ou le corps d’inspection au sein des lycées et collèges, qui font parfois face à des manques d’effectifs et de compétences. En somme, cette mesure constitue une tentative de «faire d’une pierre deux coups» : réduire le chômage des docteurs et restructurer les ministères, mais cela pourrait se faire au détriment de la stabilité professionnelle et familiale d’enseignants qui ont dédié la majeure partie de leur carrière à bâtir le réseau des ISET.
Walid KHEFIFI
