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Accueil » Climatisation : des degrés qui font grimper la facture d’électricité
SOCIETE dimanche, 12 juillet, 2026,09:267 Mins Read

Climatisation : des degrés qui font grimper la facture d’électricité

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Dès que les températures grimpent, le même réflexe s’installe dans les foyers, les bureaux et les commerces : fermer les fenêtres, saisir la télécommande et allumer le climatiseur. En quelques années, cet appareil est devenu presque incontournable pendant l’été tunisien. Face à des épisodes de chaleur plus difficiles à supporter, la climatisation n’est d’ailleurs plus toujours perçue comme un simple confort. Mais son utilisation intensive a un coût qui se révèle souvent au moment de recevoir la facture d’électricité.

Le problème ne réside pas seulement dans le fait d’allumer un climatiseur, mais aussi dans la manière de l’utiliser. Une température très basse, un appareil qui fonctionne pendant de longues heures, des fenêtres mal isolées ou un logement exposé au soleil peuvent considérablement augmenter les besoins en énergie. À l’échelle d’un seul foyer, la différence peut sembler limitée. Mais lorsque les climatiseurs fonctionnent simultanément dans des centaines de milliers de logements, leur impact se fait sentir sur l’ensemble du système électrique. Les documents de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie soulignent d’ailleurs que la généralisation de la climatisation entraîne des pointes de surconsommation électrique. Le phénomène est particulièrement visible pendant les périodes de forte chaleur, lorsque la demande augmente brutalement à certaines heures de la journée. La STEG a elle aussi, dans plusieurs de ses rapports d’activité, directement associé les pointes estivales à la forte sollicitation des équipements de climatisation. 

Le thermostat, ce petit réglage qui change beaucoup de choses

Lorsqu’il fait très chaud, la tentation est grande de régler le climatiseur sur une température particulièrement basse. Beaucoup espèrent ainsi rafraîchir la pièce plus vite. Pourtant, le thermostat ne fonctionne pas comme un bouton permettant d’accélérer instantanément le refroidissement. Il indique surtout à l’appareil la température qu’il doit tenter d’atteindre et de maintenir. Plus l’écart entre la chaleur extérieure et la température demandée à l’intérieur est important, plus le système de climatisation est sollicité. Dans une pièce exposée au soleil, mal isolée ou traversée par des entrées d’air chaud, l’appareil peut alors fonctionner pendant de longues périodes pour essayer de maintenir la température choisie. Cette durée de fonctionnement supplémentaire se traduit directement par une consommation d’électricité plus élevée. La qualité du logement joue donc un rôle aussi important que le climatiseur lui-même. Le ministère chargé de l’Énergie distingue deux grands leviers d’efficacité énergétique dans les bâtiments. Le premier est passif et concerne notamment l’orientation, l’isolation thermique et l’étanchéité. Le second est actif et repose sur la performance des équipements, leur régulation et le comportement des utilisateurs. Autrement dit, même un appareil efficace consommera davantage s’il doit continuellement lutter contre la chaleur qui pénètre dans le logement. 

Fermer les fenêtres lorsque la climatisation fonctionne, limiter l’exposition directe au soleil ou encore éviter de refroidir inutilement des pièces inoccupées ne relève donc pas seulement du bon sens. Ces gestes agissent sur la durée pendant laquelle l’appareil doit fonctionner. L’ANME rappelle d’ailleurs dans ses guides consacrés aux logements économes en énergie que la climatisation suppose de maintenir portes et fenêtres fermées pendant son fonctionnement et que sa consommation électrique reste importante. Cette question prend une dimension particulière dans les logements anciens ou mal conçus pour faire face aux fortes chaleurs. Dans certains appartements, les murs et les toitures accumulent la chaleur pendant la journée avant de la restituer le soir. Le climatiseur doit alors compenser les faiblesses du bâtiment. Le problème énergétique ne commence donc pas toujours avec la télécommande : il peut être inscrit dans la conception même du logement.

L’étiquette énergétique, un détail qui n’en est pas un

Tous les climatiseurs ne consomment pas la même quantité d’électricité pour fournir un service comparable. C’est précisément pour permettre au consommateur de distinguer les appareils les plus performants des plus énergivores que la Tunisie a instauré un système de certification et d’étiquetage énergétique. Le dispositif officiel comprend huit classes. La classe 1 correspond aux équipements les plus économes en énergie, tandis que la classe 8 désigne les plus consommateurs. Pour les climatiseurs, l’étiquetage énergétique est encadré par la réglementation depuis 2009. La Tunisie a ensuite progressivement interdit la commercialisation des appareils les moins performants : les classes 6, 7 et 8 ont été écartées du marché en 2009, la classe 5 en 2010 et la classe 4 en 2011. Cette réglementation montre à quel point le choix de l’appareil constitue un enjeu national. Lors de l’achat, le prix reste naturellement un critère déterminant pour les familles. Mais le coût réel d’un climatiseur ne se limite pas à la somme payée en magasin. Il faut aussi tenir compte de l’électricité consommée pendant plusieurs étés.

Un appareil moins performant peut sembler plus économique au moment de l’achat tout en coûtant davantage sur la durée. À l’inverse, un équipement plus efficace peut réduire les besoins en électricité à service comparable. L’étiquette énergétique devient ainsi un outil de comparaison aussi important que la puissance, la marque ou le prix. La question de la puissance mérite également une attention particulière. Un climatiseur doit être adapté à la taille de la pièce, à son exposition et aux caractéristiques du bâtiment. Le fonctionnement énergétique dépend donc d’un ensemble de facteurs qui vont bien au-delà du simple choix d’une température sur la télécommande.

Quand le confort individuel devient un enjeu collectif

L’impact de la climatisation ne s’arrête pas à la porte du logement. Lorsque la chaleur touche simultanément tout le pays, des milliers d’appareils se mettent en marche au même moment. La consommation augmente alors rapidement et le réseau électrique doit répondre à une demande particulièrement forte. Ce phénomène est ancien et documenté. Les rapports de la STEG ont déjà montré que les conditions climatiques estivales influencent directement les appels de puissance. Une année marquée par une forte vague de chaleur entraîne une sollicitation plus importante de la climatisation, tandis qu’un été plus clément peut limiter la demande. Le défi consiste donc à concilier deux réalités. D’un côté, il serait irréaliste de demander aux ménages de renoncer à la climatisation alors que les périodes de forte chaleur rendent parfois les logements difficiles à supporter. De l’autre, l’usage massif et peu maîtrisé de ces appareils alourdit les factures et accentue les pointes de consommation. La réponse ne passe pas nécessairement par la privation. Elle repose davantage sur une meilleure utilisation des équipements et sur des bâtiments mieux adaptés au climat. La politique tunisienne d’efficacité énergétique dans le secteur résidentiel s’appuie d’ailleurs sur ces deux dimensions : améliorer les qualités du bâtiment lui-même et optimiser les équipements ainsi que les usages. 

À l’échelle d’un foyer, fermer une fenêtre ou choisir un appareil performant peut sembler dérisoire. Pourtant, la consommation électrique nationale est précisément la somme de millions de gestes individuels. Pendant les journées les plus chaudes, quelques heures de fonctionnement supplémentaires dans chaque logement peuvent devenir une charge considérable pour l’ensemble du réseau. La climatisation restera sans doute l’un des équipements les plus utilisés des étés tunisiens. La véritable question n’est donc plus de savoir s’il faut ou non l’allumer, mais comment éviter qu’un besoin légitime de fraîcheur ne se transforme en surconsommation. Entre le choix de l’appareil, l’état du logement et le réglage du thermostat, quelques décisions apparemment mineures peuvent peser lourd. Car en été, les degrés que l’on cherche à gagner sur le thermomètre finissent souvent par se retrouver, eux aussi, sur la facture.

Leila SELMI

 

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