Alors que la Tunisie enregistre une forte affluence touristique en cette période estivale, les professionnels du secteur doivent composer avec un défi de taille : les coupures répétées d’eau et d’électricité. Dans plusieurs régions du pays, ces interruptions perturbent le fonctionnement des établissements hôteliers, qui s’efforcent malgré tout de garantir un service à la hauteur des attentes des visiteurs.
Entre coûts supplémentaires, équipements mis à rude épreuve et risques pour l’image de la destination tunisienne, la situation suscite une vive inquiétude chez les acteurs du tourisme. Le secteur hôtelier est particulièrement vulnérable à ce type de perturbations. Climatisation, ascenseurs, cuisines, chambres, blanchisserie, piscines ou encore systèmes informatiques dépendent tous d’une alimentation continue en eau et en électricité. En pleine haute saison, lorsque les hôtels affichent des taux d’occupation élevés, la moindre interruption peut rapidement affecter le confort des clients et compliquer le travail des équipes.
Des établissements contraints de fonctionner en mode dégradé
Face aux coupures, de nombreux hôtels ont recours à des groupes électrogènes et à des réserves d’eau afin d’assurer la continuité des services essentiels. Toutefois, ces dispositifs atteignent aujourd’hui leurs limites. À Djerba, plusieurs propriétaires d’établissements hôteliers ont indiqué que les générateurs électriques et les réservoirs d’eau ne suffisent plus à répondre aux besoins lorsque les interruptions se répètent ou se prolongent. Ils expliquent également que les coupures soudaines compliquent considérablement la gestion des clients et rendent difficile le maintien d’une qualité de service conforme aux standards du secteur. Les conséquences ne se limitent pas au confort des vacanciers. Les restaurants des hôtels sont eux aussi touchés. Les professionnels signalent des dommages sur certains équipements ainsi que des pertes de denrées alimentaires dues aux interruptions répétées de l’alimentation électrique. Les arrêts brutaux fragilisent également les installations techniques et augmentent les besoins de maintenance, générant des dépenses supplémentaires pour des établissements déjà confrontés à la hausse des coûts d’exploitation. Les responsables d’hôtels estiment par ailleurs que l’imprévisibilité des coupures complique davantage la situation. Selon eux, les horaires et les zones annoncés ne correspondent pas toujours aux interruptions effectivement constatées, ce qui rend difficile l’organisation du travail, la planification des activités et la protection des équipements sensibles.
Une expérience touristique fragilisée
Pour les touristes, ces perturbations peuvent rapidement transformer un séjour de détente en source de désagréments. Une chambre privée de climatisation en pleine période de fortes chaleurs, une interruption de l’alimentation en eau, un ascenseur immobilisé ou encore des services temporairement suspendus suffisent à altérer l’expérience des visiteurs. Les conséquences commencent d’ailleurs à se faire sentir. Dans le gouvernorat de Nabeul, un groupe de onze touristes italiens a écourté son séjour à Kélibia en raison des coupures répétées d’eau et d’électricité affectant leur hébergement. Cet épisode illustre les répercussions que peuvent avoir ces perturbations sur l’image de la destination tunisienne, alors même que le pays cherche à consolider la reprise de son secteur touristique. Les professionnels redoutent que la multiplication des témoignages négatifs sur les plateformes de réservation et les réseaux sociaux ne nuise durablement à la réputation des établissements concernés. Dans un secteur où la satisfaction des clients constitue un levier essentiel de fidélisation et de promotion, chaque incident peut avoir des effets bien au-delà de la durée du séjour.
Entre contraintes énergétiques et impératifs économiques
Ces difficultés interviennent dans un contexte marqué par une forte pression sur le réseau électrique national. Les vagues de chaleur enregistrées cet été ont entraîné une hausse exceptionnelle de la consommation, principalement en raison de l’utilisation intensive des climatiseurs. La STEG explique que cette situation nécessite ponctuellement des réductions de charge afin de préserver l’équilibre du réseau et d’éviter un black-out généralisé. Dans ce contexte, la société a récemment appelé certains établissements hôteliers à réduire temporairement leur consommation d’électricité pendant les heures de pointe. L’objectif est de limiter la demande sur le réseau tout en assurant la continuité de l’alimentation électrique à l’échelle nationale. Pour les hôteliers, cette demande ajoute une contrainte supplémentaire à une activité déjà fortement dépendante de l’énergie, notamment pour la climatisation, indispensable durant les périodes de canicule.
Si les professionnels du tourisme reconnaissent les difficultés auxquelles fait face le réseau électrique, ils plaident néanmoins pour une meilleure anticipation des coupures et une communication plus précise afin de leur permettre d’organiser leurs services et de limiter les conséquences sur les clients. À l’heure où la Tunisie mise sur la réussite de la saison estivale pour soutenir son économie, garantir la continuité des services essentiels apparaît comme un enjeu majeur. Au-delà du confort des vacanciers, c’est aussi l’image du pays, sa compétitivité touristique et la confiance des visiteurs qui se jouent à travers la capacité des établissements à offrir un séjour répondant aux attentes d’une clientèle de plus en plus exigeante.
Leila SELMI
