Le phénomène s’est amplifié durant le weekend et s’est prolongé jusqu’à hier lundi. L’approvisionnement en eau minérale a connu un coup d’arrêt et une rupture de stocks a été révélée par les responsables des grandes surfaces où toutes les livraisons effectuées ont été totalement écoulées. En ces temps où quelques pénuries sont annoncées sous forme de rumeurs, les autorités compétentes sont appelées à intervenir pour éclairer la lanterne du citoyen, désorienté face à de telles situations, surtout lorsqu’il s’agit d’eau…
Durant le weekend dernier, l’approvisionnement en eau minérale a connu un trou qui s’est prolongé jusqu’à lundi. C’est que depuis samedi, plusieurs grandes surfaces ont limité le nombre de bouteilles pouvant être achetées par client, tandis que de nombreuses épiceries et superettes de quartier signalent des ruptures de stock. Du coup, dans certains magasins et points de vente, les livraisons effectuées ce dimanche ont été toutes écoulées en quelques heures seulement. S’agit-il d’une réelle pénurie liée à la vague de chaleur qui a sévi pendant une dizaine de jours ou d’une fausse alerte alimentée par des rumeurs sur une probable rupture de stocks et arrêts de production ?
Pour le moment, ces interrogations demeurent sans réponses puisque les autorités compétentes n’ont pas daigné bouger et publier une mise au point qui mette ce manque dans son véritable cadre et pour éviter de voir les rumeurs prendre le dessus sur la réalité.
Une telle pénurie, que certains imputent aux récentes coupures de courant électrique qui ont causé des retards dans la production et la livraison, n’a pas lieu d’être dans le contexte actuel même si la consommation double pendant la saison estivale. Expliquons-nous par les chiffres et les données du secteur.
Une production de 500.000 bouteilles par heure et 3 milliards de litres annuellement
Le secteur des eaux embouteillées en Tunisie se porte parfaitement et continue de démontrer sa vitalité économique et son importance stratégique. Avec 30 unités d’embouteillage réparties dans 13 gouvernorats, la Tunisie dispose d’une capacité de production atteignant 500.000 bouteilles par heure, ce qui a permis d’atteindre un volume total de 3 milliards de litres produits en une seule année. Le secteur emploie directement près de 4.000 personnes, et 15.000 autres indirectement, confirmant son rôle moteur dans l’économie locale.
Du côté de la demande, la consommation moyenne annuelle par habitant tunisien s’élève désormais à environ 250 litres d’eau embouteillée, un chiffre révélateur à la fois de l’accessibilité du produit et des habitudes de consommation, notamment en période estivale ou en l’absence d’eau potable dans certaines régions.
4e pays au monde en matière de consommation d’eau en bouteille
Selon l’expert en développement et en gestion des ressources, Hussein Rhaïli, la Tunisie se classe au quatrième rang mondial en termes de consommation d’eau en bouteille rapportée au nombre d’habitants, avec une moyenne d’environ 250 litres par personne et par an. Il a précisé que cette consommation représente un coût mensuel estimé entre 135 et 140 dinars pour une famille moyenne. Rhaïli a souligné que cette forte dépendance à l’eau embouteillée traduit une méfiance envers la qualité de l’eau du robinet, et que seule une amélioration significative de cette dernière, nécessitant d’importants investissements, pourrait inverser cette tendance.
Ces chiffres qui ne manquent pas de surprendre dans un petit pays comme le nôtre, sont la conséquence directe de certains vecteurs qui donnent à réfléchir.
Tout d’abord en ce qui concerne les causes, et là, on ne peut que citer, en premier lieu, la qualité du réseau de distribution de l’eau potable, devenu peu à peu très peu potable, ce qui explique le recours massif des citoyens à l’eau minérale en raison de la baisse de confiance envers l’eau du robinet distribuée par la SONEDE. En plus de cette défaillance à laquelle l’Etat peine à remédier, ce sont les périodes de sécheresse, devenues plus longues, et les perturbations d’approvisionnement qui renforcent l’achat d’eau conditionnée.
Toutefois, cette option est en train de causer des conséquences environnementales fâcheuses avec des centaines de milliers de tonnes de plastique générées chaque année par cette industrie avec une grande partie de ces emballages qui se retrouve dans la nature ou nécessite des efforts accrus de recyclage.
Revenons à la pénurie que le marché a connue ces trois derniers jours en eau minérale pour condamner certaines pratiques constatées à chaque fois qu’un produit de consommation manque. Durant ces derniers jours, les autorités ont mis la main sur plusieurs dépôts utilisés pour stocker de grandes quantités d’eau minérale, ce qui conduit à dire que la pénurie, bien qu’existante, a été amplifiée par ces spéculateurs qui vident le marché et diffusent des rumeurs sur d’éventuelles pénuries pour gagner plus d’argent. De même, on a vu des épiciers et des points de vente livrer des bouteilles d’eau minérale à des prix majorés et non réglementaires.
Dans l’attente du rétablissement d’une distribution régulière et normale, les citoyens sont appelés à ne pas verser dans la surconsommation car il s’agit d’une pénurie temporaire qui va sûrement être dépassée au cours de cette semaine, d’autant plus que le climat s’annonce clément pour le reste de cette semaine et que les coupures de courant, qui peuvent provoquer des arrêts de production, se font de plus en plus rares.
Kamel ZAIEM
