Par Ahmed NEMLAGHI
La participation de la Tunisie à la 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine, tenue à Addis-Abeba, ne relève pas d’un simple rendez-vous diplomatique inscrit au calendrier continental. Elle s’inscrit dans une orientation plus globale de la politique étrangère tunisienne qui, depuis plusieurs années, accorde une place croissante au continent africain et entend renforcer les partenariats avec les États voisins ainsi qu’avec les principales institutions de l’Union africaine.
À travers les entretiens menés par le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, avec le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, ainsi qu’avec plusieurs de ses homologues africains, la Tunisie a réaffirmé des positions constantes : attachement à la souveraineté des États, soutien au règlement pacifique des conflits, consolidation de la coopération Sud-Sud et volonté de contribuer davantage à la stabilité du continent.
Cette démarche s’inscrit dans les orientations diplomatiques régulièrement exprimées par le président de la République, Kaïs Saïed, qui met l’accent sur le renforcement des relations avec les pays africains, considérant que l’avenir économique et stratégique de la Tunisie est étroitement lié à celui de son environnement régional et continental.
Lors de son entretien avec Mahmoud Ali Youssouf, Mohamed Ali Nafti a réaffirmé l’engagement de la Tunisie à soutenir les efforts de réforme de l’Union africaine.
Cette réforme vise principalement à améliorer le fonctionnement de l’organisation, renforcer son efficacité décisionnelle et lui permettre de répondre plus rapidement aux nombreux défis auxquels le continent est confronté.
La Tunisie a également exprimé sa volonté de poursuivre son soutien aux institutions africaines installées sur son territoire, illustrant ainsi sa détermination à demeurer un partenaire actif du processus d’intégration continentale.
Au-delà des déclarations de principe, cette position traduit la volonté de consolider la place de Tunis comme plateforme de coopération régionale entre l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et l’espace méditerranéen.
La souveraineté des États au cœur de la doctrine tunisienne
L’un des fils conducteurs de la diplomatie tunisienne demeure la défense de la souveraineté nationale.
À Addis-Abeba, le ministre des Affaires étrangères a rappelé que les crises africaines ne pouvaient trouver de solutions durables que dans le dialogue entre les parties concernées, sans ingérence extérieure.
Cette approche rejoint les positions régulièrement exprimées par la présidence de la République concernant les crises régionales, notamment en Libye.
Depuis plusieurs années, Tunis défend le principe d’une solution exclusivement libyenne à la crise libyenne, estimant que seuls les Libyens sont en mesure de déterminer l’avenir de leur pays.
Cette doctrine repose sur une conviction constante : la stabilité durable ne peut être imposée de l’extérieur mais doit résulter d’un processus politique accepté par les peuples concernés.
Les responsables tunisiens ont également attiré l’attention sur la multiplication des menaces transnationales. Le terrorisme demeure évidemment une préoccupation majeure. Mais d’autres phénomènes prennent désormais une importance croissante : prolifération des armes, criminalité organisée, trafic d’êtres humains, cybercriminalité ou encore conséquences sécuritaires du changement climatique. La Tunisie considère que ces défis dépassent largement les frontières nationales et nécessitent une réponse collective. Le partage du renseignement, la coopération judiciaire, le renforcement des capacités sécuritaires et la coordination entre États africains apparaissent aujourd’hui comme des priorités incontournables.
Une solidarité constante avec la cause palestinienne
À Addis-Abeba, Mohamed Ali Nafti a également réaffirmé le soutien de la Tunisie aux droits du peuple palestinien. Cette position demeure inchangée depuis plusieurs décennies. La Tunisie continue de défendre l’établissement d’un État palestinien indépendant avec Al-Qods-Est pour capitale, conformément aux résolutions internationales. Le ministre a salué la position de solidarité adoptée par l’Union africaine sur cette question. Pour Tunis, la défense du droit international constitue un principe fondamental qui doit s’appliquer à l’ensemble des conflits.
Le dossier migratoire a également occupé une place importante dans les discussions. La Tunisie défend une approche fondée sur le partage des responsabilités entre les pays d’origine, de transit et de destination. Elle insiste également sur la nécessité de renforcer les programmes de retour volontaire réalisés en coopération avec l’Organisation internationale pour les migrations. Cette vision s’inscrit dans une approche globale de la migration, considérée non seulement comme une question sécuritaire mais aussi comme un enjeu économique, social et humain.
En marge des travaux de l’Union africaine, Mohamed Ali Nafti s’est entretenu avec plusieurs ministres africains, notamment ceux du Sénégal et de l’Angola.
Ces rencontres illustrent la volonté tunisienne de renforcer les échanges bilatéraux dans plusieurs secteurs : commerce, agriculture, énergie, enseignement supérieur, santé, numérique et investissements.
Depuis plusieurs années, les autorités tunisiennes encouragent les entreprises nationales à mieux s’implanter sur les marchés africains.
Un potentiel considérable
Le continent africain représente aujourd’hui l’une des régions du monde connaissant la plus forte croissance démographique et offrant d’importantes perspectives économiques. Pour la Tunisie, cette ouverture constitue un levier de diversification de ses partenariats extérieurs.
Au-delà des grandes orientations géopolitiques, la diplomatie tunisienne privilégie une coopération fondée sur le dialogue permanent avec les pays africains. Cette méthode repose sur la multiplication des échanges bilatéraux, la participation active aux organisations continentales et le développement de partenariats concrets. Elle vise également à renforcer la voix de l’Afrique dans les grandes négociations internationales portant sur le climat, la sécurité alimentaire, le développement durable ou encore la réforme de la gouvernance mondiale.
La participation tunisienne aux travaux de l’Union africaine confirme la volonté des autorités de consolider la présence du pays sur la scène continentale.
À travers les positions défendues à Addis-Abeba, la Tunisie réaffirme son attachement à une Afrique davantage intégrée, capable de répondre elle-même aux défis auxquels elle est confrontée, tout en développant des mécanismes de coopération fondés sur le respect mutuel, la souveraineté des États et la solidarité entre les peuples.
Dans cette perspective, la diplomatie tunisienne entend poursuivre le renforcement de ses partenariats avec les institutions africaines et les États du continent, en privilégiant une approche fondée sur le dialogue politique, la coopération économique, la solidarité régionale et la sécurité collective. L’objectif affiché est de contribuer à l’émergence d’une Afrique plus stable, plus intégrée et davantage en mesure de faire entendre sa voix sur la scène internationale, tout en consolidant la place de la Tunisie comme acteur pleinement engagé dans les dynamiques continentales.
Respect de la souveraineté de l’Etat
Cette orientation s’inscrit dans la continuité des choix diplomatiques affichés depuis l’accession de Kaïs Saïed à la magistrature suprême en 2019. Les autorités tunisiennes mettent régulièrement en avant une politique étrangère fondée sur le respect de la souveraineté des États, le refus des ingérences extérieures, le règlement pacifique des différends par le dialogue et la recherche de partenariats équilibrés répondant aux intérêts mutuels. Cette ligne est également présentée comme un moyen de renforcer les relations de la Tunisie avec son environnement naturel, au premier rang duquel figurent le Maghreb, le monde arabe et le continent africain.
Au fil des années, cette vision s’est traduite par une présence plus soutenue de la Tunisie au sein des instances africaines et par une volonté affirmée de développer les échanges politiques, économiques, commerciaux, universitaires et culturels avec les pays du continent. Elle s’accompagne d’un soutien constant aux initiatives africaines en faveur de la paix, de la sécurité, du développement durable et de l’intégration régionale, dans la conviction que les défis auxquels l’Afrique est confrontée appellent avant tout des réponses élaborées par les Africains eux-mêmes, avec l’appui de leurs partenaires.
Au-delà des déclarations de principe, cette orientation traduit l’ambition de positionner la Tunisie comme un trait d’union entre l’Afrique, le monde arabe et l’espace méditerranéen. Forte de sa tradition diplomatique et de son attachement au multilatéralisme, elle entend contribuer à la construction d’un partenariat continental fondé sur la confiance, la complémentarité et le respect mutuel. Dans un contexte international marqué par de profondes recompositions géopolitiques, cette stratégie vise enfin à renforcer le rôle de la Tunisie au sein de son environnement régional tout en participant aux efforts collectifs destinés à promouvoir une Afrique plus unie, plus résiliente et plus influente dans les grands équilibres internationaux. Elle traduit la volonté des autorités tunisiennes de faire de la coopération africaine un levier de développement partagé, de stabilité régionale et de prospérité commune.
