Les prix de l’or en Tunisie rechutent après avoir atteint des niveaux record en raison de la hausse des prix sur le marché mondial. La baisse enregistrée ces dernières semaines au niveau mondial va rendre l’or, logiquement, moins cher dans nos bijouteries, mais est-ce suffisant pour booster un commerce qui n’est plus aussi florissant qu’avant en raison de nouvelles pratiques sociales qui changent avec le temps ? Pour les professionnels du secteur, il s’agit d’une occasion propice pour acquérir de l’or à des prix abordables, mais sur le plan pratique, ça ne se passe pas comme le souhaitent les artisans et les commerçants de l’or…
C’est le président de la Chambre syndicale nationale des commerçants de bijouterie, Hatem Ben Youssef, qui donne le ton. Il estime que la période actuelle offre une opportunité particulièrement favorable pour acheter de l’or en Tunisie. Selon lui, les prix ont sensiblement reculé par rapport aux années précédentes et devraient désormais se maintenir à leur niveau actuel, une nouvelle baisse importante étant peu probable.
Lors d’une récente intervention médiatique, Ben Youssef a indiqué que le prix de référence du gramme d’or 18 carats, homologué par la Banque centrale de Tunisie, s’établit actuellement autour de 285 dinars. Sur le marché, les consommateurs peuvent acquérir le gramme entre 340 et 370 dinars, contre plus de 500 dinars il y a quelque temps.
Évoquant la situation du secteur, il a expliqué que le marché tunisien est alimenté par trois catégories d’or. La première est constituée de l’or poinçonné, conforme aux normes en vigueur et directement commercialisable. La deuxième regroupe l’or non poinçonné, ou «or cassé», destiné au recyclage. Celui-ci provient notamment d’anciens bijoux vendus par des particuliers, des achats effectués auprès des Tunisiens résidant à l’étranger, ainsi que des visiteurs algériens, libyens et des pèlerins. La troisième catégorie est celle de l’or issu de la contrebande, considéré comme la principale menace pour le secteur en raison de son rôle dans l’alimentation de l’économie parallèle.
Face à cette situation, Hatem Ben Youssef a appelé les autorités, en particulier le ministère des Finances, à prendre des mesures rapides pour rouvrir le Bureau de garantie (Dar El Tabaa), actuellement fermé. Il estime que la remise en service de cette structure permettrait de lutter plus efficacement contre la fraude et le commerce illicite, d’accroître les recettes fiscales de l’État et de mieux encadrer le marché, contribuant ainsi à une plus grande stabilité des prix.
Et en toute logique commerciale et professionnelle, le président de la Chambre syndicale a lancé un appel aux citoyens, notamment les futurs mariés, à profiter de cette conjoncture favorable, rappelant que l’or reste une valeur refuge et qu’il est désormais possible d’acquérir une parure de bonne qualité à partir d’environ 5.000 dinars, un budget qu’il juge relativement accessible au regard des prix pratiqués au cours des dernières années.
Quel or préfèrent les Tunisiens ?
En Tunisie, les carats d’or les plus couramment utilisés sont le 18 carats, suivi du 14 carats et, dans une moindre mesure, du 24 carats. Le 18 carats est le choix préféré de nombreux Tunisiens, car il offre un bon équilibre entre durabilité et richesse en or pur. Avec 75% d’or pur et 25% d’autres métaux, l’or 18 carats est souvent utilisé pour la fabrication de bijoux délicats et de haute qualité.
Le 14 carats est également populaire, surtout parmi ceux qui recherchent un coût inférieur tout en conservant un certain pourcentage d’or. Composé de 58,3% d’or pur, il est résistant et donc adapté à une utilisation quotidienne. Les bijoux en 14 carats se déclinent en une variété de styles, attirant les jeunes et les moins jeunes.
Enfin, le 24 carats, qui est de l’or pur à 99,9%, est moins courant pour les bijoux en raison de sa douceur, mais il est prisé pour des investissements ou des pièces spécifiques. Bien qu’il soit utilisé dans certaines traditions, sa fragilité le rend moins adapté à un usage quotidien.
Comment est fixé le prix de l’or sur le marché tunisien ? Ce prix est influencé par plusieurs facteurs économiques et par le marché mondial. Tout d’abord, le prix international de l’or, qui est fixé sur les marchés de Londres et de New York, joue un rôle crucial. Lorsque le prix de l’or augmente au niveau mondial, il en résulte généralement une augmentation des prix sur le marché tunisien, ce qui est tout à fait logique. Et c’est justement du côté du marché mondial qu’il faut aller chercher les raisons de cette valse vertigineuse des prix de l’or entre hausse vertigineuse, parfois, et chute inattendue, d’autres fois. De plus, la demande et l’offre sur le marché local influencent également les prix. Pendant les périodes de crise économique ou d’instabilité politique, la demande pour l’or peut augmenter, ce qui pousse les prix à la hausse et vice-versa.
Une crise et de nouvelles pratiques
Du côté des professionnels, le diagnostic est clair. Ainsi, Hatem Ben Youssef, le président de la Chambre nationale des marchands de bijoux, rappelle que la situation en Tunisie n’est pas différente de ce qu’elle est dans le monde et qu’elle demeure dépendante de ce qui se passe sur le marché mondial. A ce propos, il ne manque pas de tirer la sonnette d’alarme : «Le secteur connaît une récession sans précédent, même pendant le mois de Ramadan et l’Aïd al-Fitr, la majorité des magasins étant fermés».
Eh oui, la réalité est bien là et elle est amère puisque de nombreux commerçants sont au bord de la faillite, à cause du manque d’intérêt des familles tunisiennes pour l’achat de l’or, en raison du coût élevé de la vie et de la baisse de leur pouvoir d’achat, en plus des changements des pratiques anciennes qui faisaient de l’or une condition incontournable pour les prétendants au mariage, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec de nouveaux besoins et une autre mentalité.
Kamel ZAIEM
