Par Ahmed NEMLAGHI
La visite surprise effectuée lundi 10 août 2026 par le Président de la République, Kaïs Saïed, à Gabès, s’inscrit dans une démarche qui semble désormais caractériser son mode d’intervention dans les régions : aller directement sur le terrain, écouter les citoyens, constater les difficultés et rappeler aux responsables publics la nécessité d’agir. Cette nouvelle visite prend d’autant plus de relief qu’elle intervient après d’autres déplacements présidentiels effectués de manière inopinée, notamment à Sbikha et à Radès. Dans ces régions, les dossiers abordés sont différents, mais une même préoccupation apparaît : confronter l’action administrative à la réalité vécue par les citoyens et faire en sorte que les problèmes signalés trouvent enfin des réponses concrètes.
De Radès à Sbikha puis à Gabès, le Chef de l’État entend ainsi donner une dimension territoriale à son action et rappeler que les préoccupations des citoyens ne peuvent rester enfermées dans les rapports administratifs ou dans les promesses de programmes à venir.
Les déplacements inopinés du Président de la République répondent à une logique de proximité.
En se rendant sans annonce préalable dans une région, Kaïs Saïed cherche à voir par lui-même les conditions dans lesquelles vivent les citoyens et à entendre directement leurs doléances.
Cette méthode vise notamment à réduire la distance qui peut exister entre les responsables administratifs et les populations.
Dans de nombreuses régions, les citoyens connaissent parfaitement les problèmes auxquels ils sont confrontés : routes dégradées, difficultés d’approvisionnement en eau, transports insuffisants, pollution, déchets, chômage ou retards dans la réalisation des projets.
Ces problèmes ont souvent été signalés depuis longtemps, d’autres le seront immanquablement. Mais la question n’est pas toujours celle de leur identification, mais celle de leur traitement.
C’est précisément sur ce point que les visites présidentielles prennent une dimension particulière. Elles viennent rappeler que l’administration ne peut se satisfaire du constat d’une difficulté et qu’elle doit être en mesure de proposer des solutions et de les mettre en œuvre.
Gabès : la pollution au cœur de l’intervention présidentielle
La visite de Gabès constitue, à cet égard, un précédent particulièrement significatif.
Cette région, confrontée depuis des années aux conséquences environnementales liées à l’activité industrielle, fait partie des dossiers sur lesquels le Président de la République a régulièrement insisté.
La situation environnementale de Gabès ne constitue pas seulement un problème écologique, elle touche directement à la santé des habitants, à leurs conditions de vie, à l’agriculture, à la mer et aux perspectives de développement de toute une région. La démarche présidentielle consiste à considérer la protection de l’environnement comme une obligation de l’État et non comme une question secondaire. Le même raisonnement était apparu lors de la visite à Radès, lorsque Kaïs Saïed s’était intéressé à l’état de l’oued Méliane, à la pollution et à la dégradation du littoral.
Dans ces différents cas, le Président de la République ne se limite pas à dénoncer les difficultés. Il demande aux structures publiques compétentes d’assumer leurs responsabilités et de transformer les orientations en interventions concrètes.
À Sbikha, les problèmes sont d’une autre nature, mais ils renvoient à la même question fondamentale, celle de l’équité territoriale.
La délégation fait face à des difficultés importantes dans plusieurs domaines : transport des ouvrières agricoles, approvisionnement en eau potable, retards dans certains projets d’infrastructure, développement industriel et gestion des déchets.
Ces dossiers concernent directement la vie quotidienne de la population.
La question du transport des ouvrières agricoles est notamment révélatrice des difficultés sociales persistantes dans les régions rurales.
Ces femmes participent à l’activité agricole et à la création de richesse, mais restent exposées à des conditions de déplacement qui soulèvent des préoccupations en matière de sécurité et de dignité.
Le développement régional ne peut donc être envisagé sans améliorer les conditions de travail et de déplacement des populations qui contribuent à l’économie locale.
L’eau, une urgence commune
Entre Gabès, Sbikha et d’autres régions du pays, la question de l’eau apparaît comme un fil conducteur.
La Tunisie est confrontée à une pression croissante sur ses ressources hydriques, aggravée par la sécheresse et les températures élevées.
Dans certaines zones, les citoyens doivent faire face à des coupures ou à des difficultés d’approvisionnement qui affectent aussi bien les ménages que les activités agricoles.
À Sbikha, comme ailleurs, l’accès à l’eau potable constitue une exigence fondamentale.
Le Président de la République a régulièrement insisté sur la nécessité de garantir ce service essentiel et de mettre fin aux situations où les citoyens subissent durablement les conséquences de dysfonctionnements administratifs ou techniques.
Cette question rejoint directement la conception de l’équité sociale défendue par Kaïs Saïed : le droit à un service public essentiel ne doit pas dépendre du lieu où vit le citoyen.
Des projets qui ne doivent plus rester bloqués
L’autre enseignement des visites présidentielles concerne les projets de développement.
À Sbikha, les retards enregistrés dans certains projets d’infrastructure, notamment ceux liés à l’autoroute Tunis-Jelma, constituent un sujet de préoccupation.
Un grand projet routier n’est pas seulement une infrastructure supplémentaire. Il peut modifier les conditions d’accès d’une région aux marchés, faciliter les déplacements, attirer des investisseurs et rapprocher les populations des principaux centres économiques.
Lorsqu’un tel projet prend du retard, ce sont donc plusieurs dimensions du développement régional qui sont affectées. La présence du Président de la République peut, dans ce contexte, avoir une fonction d’accélérateur. Elle rappelle aux responsables concernés que les décisions prises au niveau central doivent être suivies d’effets et que les blocages administratifs ou techniques doivent être levés.
Les visites à Radès, Gabès et Sbikha mettent également en évidence l’importance de la question environnementale.
À Gabès, il s’agit principalement de pollution industrielle et de ses conséquences. À Radès, la situation de l’oued Méliane et du littoral a attiré l’attention présidentielle. À Sbikha, la gestion des déchets constitue l’un des problèmes auxquels les autorités doivent apporter une réponse.
Ces situations ont cependant un point commun : elles nécessitent une responsabilité à la fois institutionnelle et citoyenne. L’État doit assurer ses missions de contrôle, de collecte, d’entretien et de protection de l’environnement. Mais les citoyens ont également un rôle à jouer dans la préservation de leur cadre de vie. La lutte contre la pollution ne peut être efficace si elle repose uniquement sur des opérations ponctuelles menées après l’apparition du problème. Elle doit devenir une politique permanente.
Une même philosophie : l’État doit être présent
À travers ses déplacements dans les régions, Kaïs Saïed cherche à donner corps à une conception de l’État dans laquelle les services publics doivent être présents là où les citoyens rencontrent des difficultés. Cette présence ne signifie pas seulement l’existence de structures administratives. Elle implique que ces structures fonctionnent, répondent aux demandes et rendent effectivement les services attendus. C’est ici que se situe l’un des principaux enjeux de la méthode présidentielle. Une administration peut disposer de compétences et de moyens, mais si ses décisions restent sans effet sur le terrain, la confiance des citoyens s’érode. Les visites présidentielles cherchent précisément à rappeler cette exigence de résultat.
Une politique de proximité au service de l’équité territoriale La succession de ces déplacements révèle ainsi une volonté de porter la question des disparités régionales au plus haut niveau de l’État.
Gabès possède un potentiel industriel, maritime et touristique considérable. Kairouan dispose d’importantes ressources agricoles, historiques et humaines. Radès occupe une position stratégique dans le Grand Tunis. Chacune de ces régions présente des caractéristiques propres.
Mais toutes partagent une même attente : bénéficier pleinement des services publics et des investissements nécessaires à leur développement.
L’équité territoriale ne signifie pas que chaque région doive recevoir exactement les mêmes projets. Elle signifie que chaque territoire doit pouvoir valoriser ses potentialités et offrir à ses habitants les conditions nécessaires à une vie digne.
Cette approche rejoint la conception de l’État social mise en avant par Kaïs Saïed, dans laquelle la réduction des disparités entre les régions constitue une condition de la justice sociale.
Le véritable test : ce qui se passe après la visite
Toutefois, la portée de ces visites ne pourra être véritablement mesurée qu’à travers leurs conséquences. Une visite présidentielle peut attirer l’attention sur un problème, provoquer une réunion, accélérer une décision ou pousser une administration à intervenir. Mais le véritable résultat doit être durable.
À Sbikha, les habitants attendent des améliorations dans l’approvisionnement en eau, les transports, les infrastructures, l’activité économique et la gestion des déchets.
À Gabès, les populations attendent des solutions durables à la pollution et une amélioration tangible de leur environnement. À Radès, les questions liées à l’oued Méliane et au littoral appellent également des réponses palpables.
Dans toutes ces situations, les citoyens ne demandent pas seulement des déclarations, ils attendent des résultats.
C’est finalement cette articulation entre la parole et l’action qui donne tout son sens à la démarche présidentielle. En se rendant directement auprès des populations, Kaïs Saïed rappelle que les problèmes du pays ne peuvent être résolus uniquement depuis les bureaux de l’administration centrale. Ils doivent être observés, compris et traités au plus près du terrain.
Mais cette méthode impose également une obligation aux administrations : traduire rapidement les orientations présidentielles en programmes, en interventions et en résultats mesurables.
De Radès à Sbikha, et désormais à Gabès, le message apparaît ainsi constant : aucun territoire ne doit être oublié et aucune difficulté affectant directement la vie des citoyens ne doit être considérée comme secondaire. La visite présidentielle n’est donc pas une fin en soi, elle constitue un signal adressé à l’ensemble de l’administration : les problèmes doivent être identifiés, les responsabilités assumées et les solutions mises en œuvre. C’est à cette capacité à transformer le constat en action que pourra véritablement se mesurer la politique d’équité territoriale et sociale voulue par le Président de la République.
