Le port de La Goulette est-il devenu le lieu préféré des prétendants à la migration clandestine vers l’Europe ? D’après ce que rapportent les autorités portuaires, chaque jour permet de découvrir de nouveaux candidats à la migration dont l’aventure prend fin avant son début grâce à la vigilance des agents de douane et de sécurité. Que faut-il encore faire pour éloigner ces jeunes rêveurs de migration vers l’Italie ou la France et entamer leur audace qui dépasse parfois les frontières de la raison ?
C’est un vrai secret de Polichinelle que de révéler que le port de La Goulette, situé dans la banlieue nord de Tunis, constitue un point chaud et stratégique de la migration clandestine en Tunisie en raison de ses liaisons maritimes directes avec l’Europe (notamment l’Italie et la France).
C’est que l’audace de ces prétendants à la migration clandestine dépasse l’ordinaire avec des jeunes qui, poussés par l’espoir d’une vie meilleure ailleurs et le désir de changer de destin, vont jusqu’à s’introduire dans les zones de départ du port pour tenter de se cacher dans les conteneurs, les espaces de chargement des camions de marchandises, voire dans des camionnettes ou des voitures stationnées à proximité des navires, dans l’attente de leur embarquement.
Pour y arriver, ces jeunes usent de pratiques différentes selon les circonstances et de formes bien distinctes :
– L’intrusion dans l’enceinte portuaire : les candidats à l’exil tentent d’escalader les clôtures ou de franchir le périmètre de sécurité pour s’introduire dans le port de commerce ou de passagers.
– Le ciblage des navires : l’objectif principal est de se faufiler à bord des navires de commerce, des cargos ou des ferries en partance pour l’Europe. Les migrants tentent de se cacher dans les structures des navires, les cales ou les remorques de camions.
– La dissimulation dans des véhicules : les autorités interceptent régulièrement des personnes (parfois mineures) cachées dans des coffres ou des compartiments aménagés de voitures de particuliers embarquant sur les ferries.
Des gamins parmi les prétendants
Ce qui est encore plus surprenant, c’est que le nombre de mineurs parmi ces «harakas» est en constante progression. Les interceptions menées par la Direction générale de la sûreté nationale révèlent une proportion importante de mineurs et d’adolescents (parfois âgés de 13 à 17 ans) originaires de divers gouvernorats tunisiens.
Ainsi, il y a toujours de très jeunes prétendants qui tentent, quasiment chaque jour, ou nuit, de se faufiler parmi les véhicules et les marchandises, jouant au chat et à la souris avec les policiers et les agents des douanes. Leur détermination est souvent manifeste, tout comme leur volonté de saisir la moindre occasion pour monter clandestinement à bord des bateaux. Dans certains cas, les agents se retrouvent face à des gamins de douze ou treize ans, ce qui interpelle et renvoie à plusieurs interrogations.
Qu’on le veuille ou pas, nous nous retrouvons face à des jeunes dont la détermination cache souvent une réalité beaucoup plus amère : une jeunesse qui rêve d’un avenir autrement radieux ailleurs et qui aspire à une vie meilleure en Europe. Certes, la réalité est autre car dan la rive nord de la Méditerranée, ce n’est guère le paradis sur terre, mais il va falloir les convaincre et leur prouver qu’ils ont tort de se laisser attirer par de telles aventures qui tournent souvent, et malheureusement, au drame.
C’est que cette audace peut rapidement se transformer en une aventure aux conséquences dramatiques. En essayant de se dissimuler dans des espaces confinés, des conteneurs ou sous des véhicules, ces jeunes s’exposent à l’arrestation, à l’enfermement, au manque d’air, aux chutes, aux blessures et, dans les cas les plus graves, à des accidents pouvant mettre leur vie en danger.
Pis encore, le phénomène constitue également un véritable problème de sécurité, aussi bien pour les voyageurs, les chauffeurs et les transporteurs que pour les jeunes eux-mêmes. La présence clandestine de jeunes qui essayent de se dissimuler dans des véhicules ou des cargaisons peut en effet provoquer des situations dangereuses et imprévisibles au moment des contrôles, des manœuvres ou de l’embarquement.
Renforcer le contrôle et les campagnes de sensibilisation
Face à cette situation, le renforcement de la surveillance et des contrôles aux abords du port de La Goulette et de ses différents accès apparaît nécessaire, ce qui est fait avec beaucoup de sérieux et de métier par les autorités sécuritaires sur place. A cet effet, les contrôles douaniers et les patrouilles de la police des frontières s’intensifient en coordination permanente avec le ministère public afin de sécuriser les terminaux et les zones d’embarquement.
En parallèle, les unités de la police des frontières et de la Garde nationale mènent des opérations continues aux abords immédiats du complexe portuaire. Ces interventions conduisent régulièrement à la mise en échec de tentatives d’exode, impliquant parfois des mineurs qui sont ensuite pris en charge par les structures de protection sociale.
Toutefois, la seule réponse sécuritaire ne saurait suffire car elle constitue une des actions qu’il va falloir développer pour tenter de mettre fin à l’ampleur de ce phénomène ou, du moins, l’atténuer. Il est tout aussi important de sensibiliser ces jeunes aux dangers réels auxquels ils s’exposent et de responsabiliser davantage les parents, afin d’éviter que des enfants et des adolescents ne se retrouvent livrés à eux-mêmes dans une quête aussi périlleuse et qui, pour la plupart de ces candidats à la migration clandestine, ne mène à rien.
Kamel ZAIEM
