Les effets du changement climatique ne relèvent désormais plus d’un scénario exceptionnel, ils s’imposent progressivement comme une réalité concrète de notre quotidien. Partout dans le monde, les signes du dérèglement climatique se multiplient, avec une hausse des températures, une fréquence accrue des épisodes de chaleur extrême et des phénomènes météorologiques de plus en plus intenses.
La Tunisie n’échappe pas à cette réalité climatique. L’été 2026, marqué par des températures exceptionnellement élevées, des épisodes de chaleur intense et une demande énergétique record, en a apporté la preuve.
Une interrogation s’impose désormais, si les effets du changement climatique sont déjà perceptibles aujourd’hui, que nous réservent les prochains mois et, surtout, les prochaines années ?
Face à ces interrogations, Hamdi Hached, ingénieur en environnement, a estimé dans une interviewaccordée au journal «Le Temps», que l’inquiétude suscitée par l’ampleur des bouleversements climatiques actuels est parfaitement légitime.
«Même en tant qu’expert, je dois reconnaître que je suis quelque peu préoccupé par les évolutions auxquelles nous sommes confrontés et, surtout, par leurs impacts. Ce qui m’inquiète davantage, c’est l’absence, jusqu’à présent, d’actions suffisamment concrètes et visibles pour faire face à cette situation», a-t-il relevé.
Un été 2027 potentiellement plus chaud et plus intense
S’agissant des perspectives pour les prochains mois et les prochaines années, l’ingénieur estime que l’été 2027 pourrait être difficile, voire «historique», avec un risque de températures encore plus élevées que celles enregistrées durant l’été 2026. Les vagues de chaleur pourraient également être plus longues et plus intenses que celles observées cette année.
«Mais le véritable enjeu ne réside pas uniquement dans l’évolution des températures. Il concerne surtout leurs conséquences et l’ampleur des impacts qu’elles pourraient avoir sur la population, les ressources naturelles, les infrastructures et les différents secteurs», a-t-il souligné.
À court terme, les effets des épisodes de chaleur enregistrés durant l’été pourraient également se faire sentir au cours des prochains mois.
L’expert met notamment en garde contre les mois de novembre, décembre et janvier, qui pourraient connaître des épisodes climatiques particulièrement marqués. Ceux-ci pourraient prendre différentes formes, allant de précipitations très importantes à des périodes de chaleur inhabituelle durant l’hiver.
Selon lui, il ne s’agirait pas nécessairement de vagues de chaleur au sens strict du terme, mais plutôt de températures exceptionnellement élevées par rapport aux normales saisonnières. Autrement dit, même durant les mois d’hiver, la Tunisie pourrait connaître des épisodes de chaleur inhabituels, avec des températures supérieures à celles généralement enregistrées à cette période de l’année.
Au-delà de ce constat, Hamdi Hached appelle à renforcer la réponse institutionnelle face à l’urgence climatique. Il estime ainsi qu’il est désormais temps d’envisager la proclamation d’un «état d’urgence climatique» en Tunisie. «40 pays à travers le monde ont déjà proclamé un état d’urgence climatique», a-t-il indiqué.
Une telle décision, d’après lui, permettrait notamment de faciliter et d’accélérer les procédures administratives nécessaires au développement et à l’adaptation des infrastructures, afin de mieux répondre aux nouvelles contraintes imposées par le changement climatique.
«Les changements observés ne relèvent pas d’un phénomène temporaire»
«Malheureusement, les changements observés aujourd’hui ne relèvent pas d’un phénomène temporaire. Cette évolution s’inscrit dans une tendance qui a commencé à se manifester plus nettement dès 2021-2022, avec ce que l’on peut qualifier d’accélération climatique», a expliqué Hamdi Hached.
Il a indiqué que la période de la Covid-19 a pu, dans une certaine mesure, retarder certains effets du dérèglement climatique. «Depuis 2021, nous observons une augmentation progressive de l’intensité des phénomènes extrêmes», a-t-il ajouté.
Il ne s’agit donc plus d’événements isolés ou exceptionnels, mais d’une évolution qui semble s’inscrire dans la durée et à laquelle les sociétés devront désormais apprendre à s’adapter.
«Cette situation n’est pas irréversible et peut être mieux anticipée et gérée, à condition de s’y préparer dès aujourd’hui. Cela passe notamment par le renforcement de la sensibilisation, mais aussi par une meilleure compréhension des phénomènes et des risques auxquels nous sommes exposés», a-t-il ajouté.
«La réponse doit avant tout être scientifique»
Face à cette nouvelle réalité, Hamdi Hached plaide pour une approche fondée sur les données scientifiques. Selon lui, il est essentiel d’observer les évolutions à l’échelle mondiale, de s’appuyer sur des données fiables et d’exploiter les informations disponibles afin d’identifier des solutions concrètes et de les mettre en œuvre.
L’objectif est ainsi de s’appuyer sur les connaissances scientifiques disponibles pour orienter les décisions et adapter progressivement les politiques publiques, les infrastructures et les comportements à une réalité climatique en pleine évolution.
«Moi, comme d’autres experts, nous sommes au service de l’État et, surtout, de la société», insiste-t-il. L’enjeu est désormais de mettre l’expertise scientifique au service de l’action publique, mais aussi d’accompagner la société dans la compréhension des changements en cours et dans la recherche de solutions concrètes.
Adapter les infrastructures, changer les comportements
Face à l’ampleur des défis à venir, la question n’est plus seulement de constater les effets du changement climatique, mais de déterminer concrètement ce qui peut être fait pour en limiter l’impact.
Pour Hamdi Hached, l’adaptation doit être pensée comme une responsabilité collective, impliquant à la fois les pouvoirs publics et les citoyens, chacun devant agir à son niveau.
Du côté des autorités, plusieurs leviers peuvent être mobilisés. Il s’agit notamment de renforcer et de développer les infrastructures, en particulier dans les secteurs de l’énergie, de l’électricité et de l’eau, mais également dans celui de l’assainissement. L’extension des espaces verts, ainsi que l’entretien et la préservation des forêts doivent également occuper une place centrale dans cette stratégie d’adaptation.
Dans cette même logique, les campagnes de reboisement et de plantation d’arbres ne devraient plus être considérées comme de simples initiatives ponctuelles. Elles doivent, selon le spécialiste, s’inscrire dans une politique durable et devenir progressivement une véritable culture collective.
Mais l’adaptation ne peut reposer uniquement sur les décisions publiques. Elle suppose également une évolution des comportements et des habitudes quotidiennes, notamment en matière de consommation énergétique. Il devient ainsi essentiel d’ancrer une véritable culture de l’économie d’énergie.
À l’échelle individuelle, les citoyens disposent eux aussi de plusieurs leviers d’action. L’ingénieur évoque notamment une utilisation plus rationnelle de l’énergie et de l’eau.
Selon Hamdi Hached, cette adaptation concerne également la manière dont nous concevons et aménageons nos bâtiments. Le recours, autant que possible, à des experts et à des solutions adaptées aux nouvelles conditions climatiques devient de plus en plus nécessaire. «Parmi les pistes évoquées figure notamment l’ombrage des bâtiments, qui peut contribuer à réduire sensiblement la chaleur à l’intérieur des habitations», a-t-il souligné.
Nouha MAINSI
