La CESAO vient de publier des fiches d’information par pays RICCAR, initiative régionale pour l’évaluation des impacts du changement climatique sur les ressources en eau et la vulnérabilité socioéconomique dans la région arabe. Cette initiative constitue le premier cadre régional coordonné permettant de comprendre comment le changement climatique remodèle les pays arabes. Qu’en est-il de la Tunisie ?
Les fiches d’information par pays RICCAR ont été élaborées à partir d’ensembles de modèles climatiques régionaux à haute résolution. Ces fiches documentent un net réchauffement historique, une augmentation des températures extrêmes et de forts contrastes spatiaux dans les régimes de précipitations, et ce, pour des climats allant des systèmes de pluies hivernales méditerranéennes et des influences de la mousson de la mer d’Oman aux vastes déserts hyperarides de la région.
Cette série de fiches d’information fournit collectivement des données probantes pour la coordination des politiques, l’évaluation des risques climatiques et la planification de l’adaptation dans les 22 États arabes.
Avant toute chose, il faut savoir que deux scénarios RCP (Representative Concentration Pathways/Trajectoires représentatives de concentration) ont été utilisés dans la fiche de notre pays, et ce, afin de définir une fourchette plausible de conditions climatiques futures.
Le premier (le plus optimiste), le RCP2.6, est un scénario à faibles émissions et à forte atténuation, compatible avec une décarbonation rapide et une diminution du forçage radiatif au cours du siècle.
Le second (le plus pessimiste), le RCP8.5, est un scénario à fortes émissions et à forçage élevé, reflétant un avenir marqué par une croissance continue des émissions et des interventions limitées en matière de politique climatique.
La fiche pour notre pays présente une synthèse des projections climatiques futures.
Ainsi, il est indiqué que la température devrait augmenter dans tous les scénarios : de 0,7 °C selon le scénario RCP2.6 et de 0,9 °C selon le scénario RCP8.5 à court terme, et de 0,9 °C selon le scénario RCP2.6 et de 1,7 °C selon le scénario RCP8.5 à moyen terme.
Des contrastes spatiaux restent importants
Le réchauffement est le plus marqué dans les régions intérieures occidentales, où les conditions continentales, la faible humidité et les intrusions d’air saharien amplifient la sensibilité par rapport à la côte méditerranéenne.
La fiche précise que, chez nous, l’on compte, actuellement, en moyenne 61 jours de forte chaleur, c’est-à-dire supérieure à 35 °C, par an, avec une forte variabilité spatiale. À court terme, les projections indiquent une augmentation uniforme d’environ 14 jours dans les deux scénarios, qui s’accentuera à moyen terme pour atteindre 16,1 jours dans le scénario RCP2.6 et 28,3 jours dans le scénario RCP8.5.
Cela représente une évolution marquée vers des épisodes de chaleur plus fréquents, plus longs et plus étendus.
L’amplitude thermique diurne (l’écart entre la température la plus basse enregistrée le matin et la température la plus haute observée l’après-midi d’une même journée) est en moyenne de 11,2 °C, avec une fourchette comprise entre 8,7 et 12,8 °C, et ne devrait varier que très légèrement, plus ou moins 0,3 °C.
Cependant, les contrastes spatiaux restent importants : l’amplitude thermique diurne s’élargit à l’intérieur des terres, tandis que le long du golfe de Gabès, elle se rétrécit dans le scénario RCP8.5, les températures nocturnes augmentant plus rapidement.
Baisses pour les précipitations
L’on peut lire, sur la fiche, que les précipitations pendant la saison des pluies s’élèvent en moyenne à 23 mm par mois. Les projections indiquent des baisses médianes de 1,4 à 1,5 mm par mois à court terme et de 1,2 à 1,6 mm par mois à moyen terme.
Les précipitations de la saison sèche sont déjà faibles, avec des baisses modestes de 0,3 à 1,0 mm par mois à court terme et de 1,3 mm par mois à moyen terme.
Selon la fiche, ces changements reflètent un affaiblissement des trajectoires des tempêtes méditerranéennes à court terme, tandis qu’un réchauffement plus marqué dans le scénario RCP8.5 pourrait compenser en partie la baisse des précipitations en augmentant la disponibilité de l’humidité atmosphérique.
La sécheresse, mesurée en jours secs consécutifs (correspondant au plus grand nombre de jours d’affilée durant lesquels les précipitations quotidiennes sont inférieures à 1 mm), s’élève en moyenne à 97 jours par an.
À court terme, elle devrait augmenter de 8,6 jours dans le scénario RCP2.6 et de 7,6 jours dans le scénario RCP8.5.
À moyen terme, l’augmentation prévue est de 7,5 jours dans le scénario RCP2.6 et de 16,0 jours dans le scénario RCP8.5, en raison d’une diminution de la fréquence des précipitations.
Il est ajouté que l’évaporation s’élève en moyenne à 16 mm par mois et est limitée par l’humidité. Les projections indiquent des baisses de 0,8 mm par mois dans le scénario RCP2.6 et de 0,6 mm par mois dans le scénario RCP8.5 à court terme, et de 1,0 mm par mois dans les deux scénarios à moyen terme.
Sous le scénario RCP8.5, l’évaporation diminue de plus de 5 mm par mois dans les zones intérieures, tandis que de légères augmentations sont observées le long de la côte en raison d’une plus grande disponibilité en humidité provenant de la mer Méditerranée.
L’humidité relative (rapport entre la quantité de vapeur d’eau présente dans l’air et la quantité maximale que l’air peut contenir à la même température, exprimé en pourcentage) s’établit en moyenne à 52% et diminue de 0,8% dans le scénario RCP2.6 et de 0,3% dans le scénario RCP8.5 à court terme, puis de 0,9% dans le scénario RCP2.6 et de 0,5% dans le scénario RCP8.5 à moyen terme.
Zouhour HARBAOUI
