Par Slim BEN YOUSSEF
Que signifie être allié ? La guerre américano-sioniste contre l’Iran rouvre cette question de fondation : des décennies durant, l’abri s’échangeait contre la loyauté, l’alliance promettant que l’obéissance serait le prix de la protection. Une hiérarchie verticale distribuait alors les dépendances et les parts de souveraineté, fixait les préséances et mesurait les latitudes permises. Et chacun connaissait son rang.
Ce catéchisme a survécu à la guerre froide, mais, privé de sa netteté, il s’est chargé d’intérêts impérialistes beaucoup plus cyniques et de « valeurs » supposées universelles, tant et si bien qu’en Occident cette légende d’ordre néocolonialiste, quand bien même elle se perpétuerait par réflexe, semble aussi survivre par rémanence, adossée à l’inertie des institutions globalistes et à la fable tutélaire d’une victoire toujours tenue pour acquise.
C’est que l’Occident demeure captif de sa propre liturgie unipolaire et persiste à se penser comme un ensemble structuré. Le serment y défie les humiliations tues : les États-Unis y occupent la position du tuteur, du « suzerain » ; les Européens, celle des obligés, entendez les « vassaux ».
Or, en agressant l’Iran, l’Amérique déclenche l’incendie, puis distribue les seaux. À Ormuz, il n’est plus seulement question de principes vassaux, mais de cargaisons, de crise énergétique, de sujétions très concrètes.
Les vassaux sont sommés de « protéger » ce qui a été mis en péril par leur suzerain. Le pacte féodal quitte le cérémonial : suivre une guerre que l’on n’a pas choisie, ou s’en tenir à distance au prix d’une félonie.
Dans le Golfe, le blindage sonne d’autant plus creux. Les bases installées au nom de la sécurité attirent le feu iranien. Sur les terres des « alliés » arabes, le dispositif devient cible. La protection, une vulnérabilité.
Qu’est-ce que la servitude volontaire ? Avoir peur. Prendre l’habitude. Désirer être conduit. Ou, si l’on tentait l’euphémisme : considérer qu’une allégeance est légitime. Entendez cette paresse atavique de remettre à plus puissant que soi le soin de décider.
Voici la question revenue par son envers : qu’est-ce qui fait durer l’obéissance lorsque la protection qui la justifiait disparaît ?
L’énigme se retourne contre son maître : comment une seule puissance peut-elle dominer une multitude qui possède pourtant la force de cesser de lui obéir ?
Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres.
