Des médecins spécialistes en oncologie et en radiothérapie participant à une table ronde organisée, mercredi, à Tunis, sous le thème « Cancer du sein en Tunisie : renforcement du parcours patient», ont été unanimes à souligner la nécessité d’assurer un parcours de soins organisé et coordonné pour les patientes atteintes d’un cancer du sein, entre l’ensemble des intervenants, et ce, à partir du diagnostic et de la prise en charge médicale, en passant par l’accompagnement psychologique durant le traitement, jusqu’au suivi après la guérison.
Présentant un état des lieux des cas d’atteinte par le cancer du sein en Tunisie, la cheffe du service d’oncologie médicale de l’Institut Salah Azaïez Henda Raïs, a appelé l’ensemble des femmes à effectuer un dépistage précoce et à ne pas craindre cette démarche qui permet, selon elle, de détecter la maladie à un stade précoce et d’augmenter ainsi les chances de guérison.
Le parcours de soins des femmes souffrant d’un cancer du sein reste difficile et peut durer plusieurs mois, a-t-elle fait remarquer, estimant que les défis auxquels elles sont confrontées ne se limitent pas à l’aspect médical, mais englobent également des dimensions psychologiques et sociales profondes.
Elle a, dans ce contexte, mis l’accent sur l’importance de bien communiquer l’information médicale à la patiente, d’une manière qui tienne compte de son état psychologique au moment de l’annonce du diagnostic et lui permette de comprendre pleinement le parcours thérapeutique qu’elle devra suivre, précisant que celui-ci s’étend en moyenne sur cinq mois.
Évoquant la situation épidémiologique du cancer du sein en Tunisie, la responsable a fait état de 4 500 nouveaux cas en 2024, estimant que ce chiffre pourrait atteindre 6 000 cas à l’horizon 2030.
Elle a précisé que les études scientifiques menées en Tunisie ont montré que les femmes âgées de 35 à 40 ans sont désormais les plus touchées par le cancer du sein, alors qu’auparavant, les femmes âgées de 49 à 50 ans étaient les plus exposées à cette maladie.
Selon elle, l’évolution du profil d’âge des femmes atteintes d’un cancer du sein est due à l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance ainsi qu’au dépistage précoce.
Elle a rappelé que les facteurs de risque sont notamment liés à l’âge, au sexe, aux facteurs hormonaux et génétiques, au mode de vie, à la sédentarité, à une ménopause tardive et au stress chronique.
Le dépistage précoce, un facteur clé de guérison
De son côté, Jamel Daoud, professeur en radiothérapie et représentant de l’association « Dar Al Amal » de lutte contre le cancer, a indiqué que les études scientifiques nationales sur le cancer du sein ont démontré que de nombreuses données ont évolué au cours des 25 dernières années, une évolution qui s’explique, selon lui, par une meilleure sensibilisation et le développement du dépistage.
Il a ainsi précisé que la taille moyenne de la tumeur est passée de 4,5 mm à 3 mm actuellement, tandis que les formes avancées de la maladie et les atteintes importantes du sein ont également diminué grâce au dépistage régulier, effectué tous les deux ans, et à la détection précoce dès l’apparition de symptômes.
D’après lui, le dépistage précoce offre de meilleures chances de guérison, ajoutant que le parcours thérapeutique n’est pas facile pour la patiente et peut avoir des répercussions sur différents aspects de sa vie. Il a, à cet égard, insisté sur l’impératif pour sa famille de l’accompagner dès l’annonce du diagnostic et tout au long du traitement.
D’autre part, Daoud a évoqué les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes vivant dans les régions reculées pour assurer leur parcours thérapeutique, pour des raisons financières ou sociales, ou encore en raison des difficultés de déplacement vers les hôpitaux de la capitale, notamment à cause du manque de moyens.
Il a, dans ce sens, présenté l’expérience de plusieurs associations qui assurent l’hébergement de cette catégorie de patientes atteintes de cancer et leur fournissent des services d’accompagnement, notamment dans les grandes villes et à proximité des établissements hospitaliers de Tunis.
Il a également rappelé qu’une étude menée par son association avait révélé que près de 30 % des patients atteints d’un cancer dans les années 1990 avaient interrompu leur traitement médical en raison de l’éloignement des centres de santé de leur lieu d’habitation.
(D’après TAP)
