Les femmes jouent un rôle essentiel mais souvent invisible tout au long de la chaîne de valeur du secteur de la pêche, tant en Tunisie qu’à l’échelle internationale. Elles jouent un rôle important dans les nombreuses tâches liées à la pêche Outre les activités nécessaires de la production et de la récolte, elles sont largement impliquées dans tous les travaux qui se déroulent à terre comme la réparation des filets de pêche, le tri, le séchage, la transformation, la vente, la dégustation, la gestion administrative et comptable, etc. Mais elles restent plus particulièrement impliquées dans les activités spécifiquement côtières et les pêcheries artisanales de taille modeste.
Etre pêcheur n’est pas facile, et Alia le sait très bien. Il faut se lever tôt le matin, avoir les bons outils, être en tenue adéquate et affronter les vagues. Mais pour Alia, c’est un travail gratifiant. La pêche lui permet de nourrir sa famille et de contribuer à l’économie de son île.Même si la pêche était, pendant longtemps, perçue comme un métier d’homme. C’est un métier qui peut être exercé par tous, sans distinction de genre ! C’est pourquoi l’’événement » l « Woman together in fisheries » organisé du 5 au 7 octobre 2026 à Tunis en présence de 80 femmes issues de plus de 10 pays méditerranéens a appelé à renforcer le rôle des femmes, leur leadership et leur autonomisation économique dans le secteur de la pêche et de l’économie bleue ,partager les savoir-faire traditionnels, les expériences et les solutions pour des communautés côtières plus résilientes et structurer un réseau méditerranéen solide entre les femmes. Organisé par le WWF Afrique du Nord en partenariat avec l’Initiative marine méditerranéenne du WWF (WWF Mediterranean Marine Initiative), cet événement de trois jours a constitué un espace de dialogue, d’échange d’expériences, d’apprentissage mutuel et de réflexion collective sur le rôle et le leadership des femmes dans le secteur de la pêche et au sein des communautés côtières méditerranéennes.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
La première journée, intitulée « Où en sommes-nous aujourd’hui ? », a été consacrée à un état des lieux de la situation des femmes dans le secteur de la pêche en Tunisie et en Afrique du Nord, mettant en lumière leurs multiples contributions qui vont bien au-delà des activités directement liées à la pêche. Les discussions ont porté sur le rôle des femmes dans la préservation des savoirs et pratiques traditionnels liés à une pêche durable, les activités post-capture, la transformation et la commercialisation des produits de la mer, le développement de coopératives et d’initiatives féminines, la contribution à la gestion des ressources, ainsi que la diversification des moyens de subsistance et l’adaptation au changement climatique. La première journée a également permis d’examiner les principaux défis auxquels les femmes sont toujours confrontées dans le secteur de la pêche maritime, notamment en matière d’accès au financement, aux marchés, aux services, aux compétences et aux opportunités économiques, ainsi que concernant la représentation, la participation et l’influence limitées des femmes au sein des mécanismes de gouvernance du secteur. Les discussions ont souligné l’importance de renforcer l’autonomisation économique des femmes, de soutenir leur participation effective aux processus décisionnels et de mieux reconnaître leur expertise, leurs savoirs et leurs contributions à la durabilité des ressources marines et à la résilience des communautés côtières. Les participantes se sont rendues à Ghar El Melh pour une visite du port de pêche et des échanges avec des femmes impliquées dans les activités post-capture ainsi qu’avec des membres des coopératives locales. Elles ont identifié notamment les changements prioritaires, les actions concrètes à engager, les acteurs à mobiliser et les premières étapes nécessaires. Les discussions ont porté également sur les possibilités économiques pour les femmes, l’accès aux ressources, leur participation à la gouvernance et la manière dont les savoirs traditionnels peuvent contribuer à l’innovation et à la résilience des communautés côtières.
Le « World Café » (Café du monde) intitulé « Où en sommes-nous aujourd’hui ? » a offert un espace interactif réunissant les participantes autour de quatre axes majeurs : l’économie bleue, l’autonomisation économique, l’influence et la gouvernance, ainsi que le patrimoine et l’avenir. Cette approche participative a permis aux participantes d’échanger leurs expériences et leurs points de vue sur divers sujets : les domaines où les femmes contribuent à la création de valeur au sein de l’économie bleue ; les obstacles limitant leur capacité à développer des moyens de subsistance plus durables ; les moyens de renforcer leur présence et leur influence dans la prise de décision ; et enfin, les savoirs, compétences et pratiques traditionnelles qu’il convient de préserver et de transmettre aux générations futures.À travers les différentes sessions et discussions, il est apparu essentiel de placer les expériences et les savoirs locaux des femmes au cœur de la réflexion sur l’avenir du secteur de la pêche maritime et des communautés côtières, et de transformer ces expertises en priorités communes, en solutions concrètes et en nouvelles voies de coopération.
L’implication des femmes dans la lutte contre la pollution marine
Véritable fléau pour l’écosystème marin, la pollution est déplorée par les pêcheuses. Elles sont toutes conscients de l’importance de la préservation de l’environnement pour la pérennité de leurs activités et sont convaincues que la pêche doit être effectuée dans le respect de l’environnement pour assurer une production durable et de qualité..C’est pourquoi la troisième et dernière journée, le 7 octobre, a été consacrée à la pollution plastique, à l’économie circulaire et aux moyens de subsistance des femmes dans les communautés côtières. Les participantes ont pu découvrir différentes approches liées à l’innovation et aux technologies de lutte contre les déchets marins, ainsi que des exemples de transformation des déchets en produits, revenus et nouvelles opportunités économiques.Les échanges ont permis également d’identifier les conditions nécessaires pour développer les solutions locales d’économie circulaire et de mettre en lumière le rôle que les femmes peuvent jouer dans la transformation des communautés côtières.Ainsi,l ‘initiative « Women Together in Fisheries 2026 » souligne que l’autonomisation des femmes, ainsi que le renforcement de leur leadership et de leur participation à la prise de décision, constituent des piliers fondamentaux pour bâtir un secteur de la pêche plus durable, équitable et résilient, et pour garantir un avenir meilleur aux communautés côtières de la région méditerranéenne.
Kamel Bouaouina
