Le Casino d’Hammam-Lif, bâti en 1904 par l’occupant français, est depuis des décennies en état de dégradation totale, sous le regard des citoyens qui ne peuvent rien y faire, sinon pousser des cris d’indignation et de douleur : «Quelle horreur !» ou «Ça fait mal au cœur !» ou encore «Voilà qu’un patrimoine national s’en va !». Véritable joyau architectural, cet édifice ne cesse de tomber en ruine, faisant fondre les cœurs nostalgiques et mobilisant les défenseurs du patrimoine national.
En effet, depuis plusieurs années, des voix s’élèvent pour demander aux autorités locales et nationales de sauver ce monument historique de la ville. De nombreusespétitions de citoyens et d’associations ont été adressées aux autorités locales et nationales réclamant leur intervention pour la restauration de cet édifice. Ce n’est que depuis 2022 qu’un contrat de restauration a été enfin signé entre la municipalité d’Hammam-Lif et d’autres partenaires nationaux et internationaux en vue de restaurer ce monument. Et voilà qu’aujourd’hui, fin 2025, le projet de restauration va se réaliser !
La municipalité d’Hammam-Lif vient d’annoncer le démarrage imminent des travaux de restauration de ce site historique qui menace ruine depuis des décennies. Et c’est ainsi que le Casino de la ville va renaître de ses cendres. Les habitants d’Hammam-Lif osent enfin espérer voir le lancement effectif de ce projet de restauration, initié par la commune de leur ville et porté conjointement par le ministère des Domaines de l’État et des Affaires foncières, l’Instance générale des partenariats public-privé, l’Institut national du patrimoine, avec l’appui du projet Patrimoine 3000, mis en œuvre par Expertise France dans le cadre du programme Tounes Wijhetouna, cofinancé par l’Union européenne.
Histoire d’un monument légendaire
Le Casino de la ville est un bâtiment qui donne sur la mer. C’est un monument de style néo-mauresque qui a été durant plus d’un siècle un lieu phare de la ville et qui a participé ainsi à l’âge d’or de la banlieue-sud. Comme beaucoup d’autres monuments situés dans cette ville du Grand Tunis, il est connu pour son architecture unique alliant le style européen et le style mauresque. Vieux de plus de 120 ans, il nécessite une restauration immédiate en raison de la place qu’il occupe dans la mémoire des habitants et de son emplacement idéal, en face de la mer.
A ses débuts, cet édifice comprenait un hôtel, un casino, un théâtre, ainsi qu’un petit zoo. Plus tard, il connaîtra une première fermeture puis changera souvent de mains jusqu’à son expropriation par l’Etat tunisien en 1964. Depuis, le casino a connu diverses fortunes. Après avoir accueilli des bals populaires et les élections de miss locales, il abritera des fêtes de mariage et sera ensuite aménagé en bar-restaurant. Il commença à perdre de sa splendeur et de son rayonnement architectural quand, au début des années 70, des immeubles ont été construits tout autour. Il a été fermé depuis 2010, exposé aux actes de vandalisme.
Mais il faut mentionner que d’autres lieux non moins importants sur les plans historique, culturel et patrimonial, connaissent encore le même sort depuis des décennies sans aucune mesure de restauration ou de sauvegarde de la part des autorités, à savoir le Palais beylical à l’entrée de la ville, la Sirène sur la plage et le Chalet vert sur la montagne, trois sites historiques qui ont marqué la splendeur et la gloire de la ville.
Bientôt le démarrage des travaux
Pour le grand bonheur des habitants d’Hammam-Lif, et même des banlieusards du Sud de la capitale, les travaux de la restauration commencent déjà. Des efforts ont été consentis depuis quelques années pour faire renaître ce monument de ses cendres, suggérant un projet de restauration ou de réhabilitation ambitieux pour ce site historique. Il est à noter que la restauration du Casino vise à la fois l’intégrité architecturale du bâtiment, la sauvegarde de son authenticité patrimoniale, ainsi que la reconversion aux nouvelles fonctionnalités permettant l’exploitation du monument à des fins culturelles et touristiques. Une fois rénové, le Casino aura un nouveau visage tourné cette fois vers la culture et le tourisme.
Selon les déclarations des responsables municipaux, «les travaux de restauration, d’une durée estimée à 18 mois, ont été confiés aux entreprises tunisiennes BIRC et ENIBTP, sous le permis de construire n° 1825 délivré le 11 juillet 2025. Le budget alloué à ce projet est estimé à 2,3 millions de dinars tunisiens (hors taxes), financé par l’Union européenne. Ce projet vise à réhabiliter cet important monument historique afin de lui redonner son rôle essentiel dans la région, en le transformant en un pôle culturel, touristique et social.»
«Ce projet constitue une étape cruciale dans la préservation du patrimoine historique local et national. Ce sera l’occasion de dynamiser le développement de la ville, renforcer son attractivité, valoriser son patrimoine unique et stimuler son dynamisme économique, social et culturel. Ce projet illustre la réussite d’un partenariat entre différents acteurs œuvrant à la promotion du patrimoine national et à la réalisation d’un développement durable à l’échelle locale», peut-on lire dans le communiqué municipal.
Hechmi KHALLADI
