Un nouveau roman de l’écrivain Hédi Thabet intitulé « Trilogie de la Douleur » vient d’être publié aux éditions Moovma Crea. Dans ce roman, l’auteur aborde un thème universel commun à toute l’humanité, à savoir la douleur (souffrance physique ou morale) et la façon dont chacun l’affronte. Surtout que cette douleur est causée par la perte d’un proche ou suite à un drame terrible qui pourrait bouleverser toute la vie de l’individu. Peut-on jamais vraiment se réconcilier avec sa douleur ? Doit-on l’affronter ou s’y résigner ? Quelles solutions peut-on apporter pour l’apaiser ?
Ce thème de la douleur et la façon dont on la traite semble de prime abord comme un sujet scientifique qui est strictement l’apanage des médecins et des hommes de sciences. Or, l’auteur examine ce phénomène sous forme romanesque où l’on découvre à quel point la douleur peut mener à la dépression, à l’idée de suicide, parfois même au repli sur soi et au refus du monde extérieur. Mais aussi on y découvre les principales approches adoptées par l’homme pour affronter les événements douloureux dans sa vie. Le roman parle de deux pratiques : l’une est traditionnelle, ancestrale qui repose sur des rituels magiques, mystérieux et occultes ; l’autre est scientifique qui se rapporte sur la psychologie expérimentale.

Les personnages du roman sont vraisemblables : deux familles, vivant en France, l’une est marocaine et s’attache à ses origines berbères ; l’autre est d’origine tunisienne dont le chef est spécialiste en psychologie. « Talila » est la fille du couple marocain et « Chiheb » est le fils du couple tunisien. Les deux adolescents, fréquentant la même école, se rencontrent et expriment mutuellement leur grand amour naissant. Après cette rencontre, sur le chemin de retour, le jeune garçon, imprudent, a été écrasé par un train de chemin de fer. La jeune fille n’aura appris la mauvaise nouvelle que plus tard et dès lors elle est atteinte d’une dépression nerveuse, refusant toute discussion avec ses parents. Ces derniers, inquiets pour l’état de santé dégradant de jour en jour de leur fille, appelle un médecin qui fait de son mieux pour la calmer, mais en vain. C’est alors que sa mère opte pour des pratiques « religieuses » pour apaiser les douleurs de sa fille, comme on en fait au Maroc. Sans résultat !
Chez la famille de « Chiheb », c’est la souffrance qui s’installe. Depuis sa mort, le père « Abderrahim » refuse d’aller au travail, la mère est plongée dans la tristesse et le deuil. Et c’est grâce à des amis tunisiens qu’on arrive à convaincre « Abderrahim » à revenir à son travail et que le Centre psychiatrique a énormément besoin de ses services, sachant qu’il est spécialiste dans le traitement du traumatisme et des dépressions nerveuses chez les adolescents. Peu à peu, il reprend son travail qui consiste à utiliser la musique dans son traitement psychologique. Et comme « Talila » est parmi les patientes, il finit à la guérir progressivement et la sortir de son repli et de son refus de l’entourage et ce, grâce à des méthodes psychologiques modernes. Et dire que la famille de « Talila » ignore complètement que la souffrance de leur fille est à l’origine de la mort tragique de « Chiheb », le fils du médecin traitant.
Au niveau de l’écriture, le romancier adopte un style simple et clair, marqué par des phrases courtes qui donnent un rythme rapide au récit. Les phrases sont plutôt courtes et le vocabulaire utilisé et riche et bien soigné. Les passages narratifs et descriptifs créent des émotions fortes chez le lecteur.
Le roman montre que les gens réagissent à la douleur et à la souffrance de manière complexe et inégale, influencés par des facteurs biologiques, psychologiques, culturels et personnels. Les comportements varient du repli sur soi et de la plainte à l’agressivité, ou encore à la résilience et à l’acceptation d’avoir confiance en des thérapies psychologiques modernes.
En conclusion, l’homme peut affronter les événements douloureux de sa vie en combinant plusieurs approches complémentaires : accepter la douleur, chercher un sens, s’appuyer sur les autres, adopter des stratégies d’adaptation, prendre soin de soi et, éventuellement, nourrir une dimension spirituelle. Cette démarche intégrée suivie dans le traitement adapté par « Abderrahim » favorise la résilience, c’est-à-dire la capacité à se reconstruire et à évoluer malgré les dures épreuves.
Hechmi KHALLADI
