Par Slim BEN YOUSSEF
Qui a gagné ? La question masque l’essentiel. Cette guerre n’est pas terminée : il ne s’agit que d’une trêve. Et dans cette suspension, un fait brut s’impose : la première puissance mondiale a demandé la pause.
Un détail ? Non. Un aveu.
L’Amérique a cédé la première, enclenchant un cessez-le-feu qu’elle ne peut ni revendiquer comme une victoire, ni réellement maîtriser. En revenant à la table sur des bases fixées par Téhéran, l’administration américaine entérine un basculement. La séquence parle d’elle-même : le rapport de force s’inverse.
Au cœur du basculement, Ormuz. Le passage devient verrou. Le verrou, péage. L’Iran contrôle, trie, taxe. Les exportations énergétiques du Golfe passent par Ormuz — et Ormuz reste sous sa main. La trêve n’y change rien. Le contrôle tient. C’est un acquis. Et cet acquis pèse.
Quels étaient les objectifs ? Pour Téhéran, ils étaient simples : ne pas tomber. Résister à l’agression, préserver l’État, éviter l’effondrement. Rester debout. C’est fait. L’essentiel est ailleurs.
Dans cette guerre, l’Iran n’a pas seulement résisté : il a pris. Pris ce qu’il ne détenait pas : la capacité de peser directement sur les flux mondiaux de l’énergie. Oui, c’est un acquis. Un acquis stratégique, concret, immédiatement opérant. L’Iran a encaissé. Il n’a pas cédé. Il sort avec davantage qu’il n’avait en entrant.
Washington visait l’inverse. Asphyxier, isoler, contraindre. Couper Pékin de ses flux, reprendre le contrôle des routes énergétiques, prolonger une mécanique déjà à l’œuvre ailleurs. Après le Venezuela, l’Iran devait être un jalon de plus. Il devient une fracture.
Le résultat est sans détour : à défaut de mettre la main sur le pétrole iranien, les États-Unis voient se refermer l’accès au pétrole arabe. Ce qu’ils cherchaient à capter leur échappe. Ce qu’ils entendaient bloquer continue de circuler. Étrangler la Chine ? Ils contribuent à la servir. Le retournement est là.
Il faut considérer ceci : Téhéran n’agit pas seul. Pékin paie, Moscou soutient. Les flux changent de main, les circuits se redessinent. Le pétrodollar perd sa prise — là même où il imposait sa loi. Tout se joue dans les cargaisons, les devises, les routes. Et sur ce terrain, Washington ne commande plus.
La puissance militaire demeure. Elle ne suffit plus. Agresser n’impose plus. Dominer n’ordonne plus. L’Amérique peut encore ouvrir le feu. Elle ne peut plus fermer le jeu.
Qui a gagné ?
Le monde unipolaire se termine. Un autre, multipolaire, s’organise. Et il ne se commandera plus d’un seul centre.
C’est un monopole qui s’achève. Le Sud a gagné.
