Par Slim BEN YOUSSEF
Il faut partir de là : l’Afrique n’attend plus qu’on pense à sa place. Le continent traverse une zone de secousses — conflits persistants, tensions politiques, pressions économiques, héritages coloniaux jamais refermés. Le diagnostic est connu, souvent répété, parfois instrumentalisé. Mais l’essentiel tient dans une bascule silencieuse : l’Afrique n’est plus disposée à déléguer la définition de ses propres solutions.
Car les crises ne suffisent plus à expliquer les impasses africaines. Ce qui pèse, plus profondément, ce sont les dispositifs qui prétendent les résoudre à sa place. Conditionnalités financières, modèles de gouvernance importés, accords déséquilibrés, dépendances organisées : sous couvert d’assistance, une tutelle persiste. Derrière l’aide, des conditions. Derrière les « partenariats », des asymétries durables. La dépendance s’organise, se contractualise, se normalise.
Aujourd’hui, cette mécanique s’enraye.
Dans un monde en recomposition, où l’ordre ancien se maintient comme un décor usé, les lignes bougent. Le Sud global affirme ses priorités, redéfinit ses alliances, réapprend à parler d’une voix qui ne demande plus validation. L’Afrique avance lorsqu’elle s’accorde sur cette évidence simple : aucune puissance extérieure ne saura penser le continent mieux que ceux qui y vivent. Les solutions durables naissent toujours du sol qui les porte.
Dans ce mouvement, la Tunisie assume sa place. Par sa géographie, par son histoire, par une diplomatie de la tempérance, elle s’inscrit dans cette ligne de continuité : celle des solutions africaines aux défis africains. Dans un contexte de fortes attentes en matière de financement, la tentation est grande d’accepter des trajectoires dictées de l’extérieur. Mais céder sur la décision, c’est céder sur l’essentiel. La souveraineté économique est, ici, une condition. Refuser les diktats. Décider. Choisir.
L’unité africaine, dans ce cadre, n’efface pas les singularités. Elle les protège. Elle offre au continent la cohérence nécessaire pour peser, non comme un bloc uniforme, mais comme une pluralité accordée.
Quelque chose s’achève. Un ordre qui distribuait les rôles et captait la lumière. Quelque chose commence : un continent qui reprend sa voix, et avec elle la maîtrise de son récit.
Un continent sans tutelle n’est pas isolé. Il se tient enfin debout.
Et debout, il ne mendie plus la lumière : il la produit.
