L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a mis en garde, dans un bulletin spécial publié le mercredi 6 mai, contre une nouvelle invasion de criquets pèlerins dans les pays d’Afrique du Nord, dont les régions situées dans le Sud de la Tunisie.
«En avril, une nouvelle génération de groupes de criquets pèlerins est apparue sur de nombreux sites à travers le Maroc, tandis que les groupes d’adultes en reproduction ont diminué. Au Sahara occidental, les groupes d’adultes ont diminué à mesure que la reproduction locale prenait fin. Quelques groupes d’adultes en reproduction ont été observés en Algérie durant la troisième décade», a-t-elle souligné. Et d’ajouter : «De nouveaux groupes d’ailés immatures pourraient se déplacer vers le nord-est, en direction de l’Oriental et de l’ouest de l’Algérie, où la reproduction printanière pourrait se poursuivre en juin, tandis que d’autres pourraient se diriger vers le sud et jusqu’en Mauritanie. Une reproduction printanière pourrait également avoir lieu dans le Centre et l’Est de l’Algérie, le Sud de la Tunisie et l’Ouest de la Libye».
L’Organisation a précisé qu’aucun criquet n’a été signalé dans les gouvernorats de Médenine, Tataouine, Kébili, Tozeur, Gafsa ou Sidi Bouzid. Elle a cependant noté qu’une reproduction pourrait avoir lieu dans le Sud-Est de la Tunisie, alors que des pluies se sont poursuivies dans le Nord de la Libye et dans la majeure partie de l’Algérie, le Nord du Mali et le Sud de la Tunisie durant la dernière décade du mois d’avril. Les trajectoires migratoires devraient être influencées par les précipitations et la présence d’une végétation favorable au développement des acridiens.
La FAO a également noté la possibilité de la présence de criquets dans les régions occidentales de la Libye, où la reproduction printanière pourrait se poursuivre à une échelle limitée, recommandant la réalisation de prospections et d’opérations de lutte à un rythme soutenu dans les zones touchées.
Dans les pays d’Afrique du Nord, les criquets pèlerins font partie des principaux ravageurs de cultures alors que la campagne 2025/2026 de récolte des céréales, dont l’orge et le blé, et des plantes fourragères est sur le point de démarrer. La menace est d’autant plus sérieuse que l’ensemble des pays de la région tablent sur une forte hausse de leur production céréalière à la faveur d’une année pluvieuse. A titre d’exemple, le ministère tunisien de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche prévoit une campagne céréalière très prometteuse, avec une production de plus de 20 millions de quintaux, un niveau largement supérieur à celui enregistré durant la campagne 2024/2025.
Une invasion acridienne maîtrisée en 2025
D’après les calculs de la FAO, un essaim moyen de 40 millions de criquets pèlerins peut consommer jusqu’à 80 tonnes de végétation quotidiennement, ce qui représente un risque potentiel pour les cultures et les pâturages dans les régions menacées.
Entre mars et septembre 2025, la Tunisie a fait face à une invasion de criquets pèlerins en provenance de Libye et d’Algérie, qui a concerné essentiellement les gouvernorats du Sud tels que Médenine, Tataouine, Kébili, Tozeur et Gabès. Des mesures d’urgence comme les pulvérisations d’insecticides et la surveillance ont permis de contrôler la situation, surtout que la reproduction locale n’était pas significative. Les opérations de traitement pour la lutte contre les criquets pèlerins, dont les premiers groupes ont été détectés le 12 mars dans le Sud de la Tunisie, avaient touché 20.800 hectares, ciblant les criquets à tous les stades de leur développement, des adultes ailés aux larves.
Étant donné que la Tunisie est membre de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale de la FAO, les autorités avaient alors travaillé en étroite coordination avec l’Algérie, la Mauritanie et les instances spécialisées de l’organisation.
À partir de la seconde moitié du mois de juin, la sécheresse du sol, la hausse des températures et le dessèchement progressif de la végétation dans le Sud tunisien ont contribué au départ progressif des groupes résiduels de criquets pèlerins vers la zone de reproduction estivale habituelle située dans les pays du Sahel tels que le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad.
L’invasion acridienne enregistrée durant l’année écoulée n’est pas un phénomène isolé. La Tunisie a, en effet, connu plusieurs invasions, dont les plus sévères remontent aux années 1987-1988 et 2004-2005, durant lesquelles des pertes agricoles significatives ont été enregistrées. Les experts s’attendent cependant à ce que les invasions acridiennes deviennent plus fréquentes et plus sévères dans les pays d’Afrique du Nord durant les prochaines décennies, dans un contexte d’accélération du changement climatique.
Walid KHEFIFI
